• Antoinette Fouque, l'héritage de l'indépendance des femmes.

    Au moment où Antoinette Fouque vient de nous quitter, je retiendrai d’elle avant tout sa volonté d’indépendance de pensée des femmes.

    Une indépendance linguistique, d’abord, de par le choix du vocabulaire, l’inventivité du langage :

    Préférer « misogynie à « sexisme », car le sexisme, comme le racisme, est réversible ; publier un essai de « féminologie », science des femmes, étude des femmes ; évoquer le « gynocide » ou le « féminicide » constant de ces meurtres de femmes, souvent au moment où elles allaient se libérer d’une relation mortifère, que les media qualifient complaisamment de « drame passionnel ».Ce vocabulaire nomme, qualifie, reconnait .

    Une indépendance politique, philosophique, essentielle : bien qu’ancré à gauche, le MLF n’a jamais été subordonné à aucun parti, et Antoinette Fouque s’est toujours réservé le choix de la critique ou de la distinction ; accueillant pour dialoguer toutes les femmes en voie de libération ;( sauf celles d’extrême-droite dont les idéologies sont incompatibles ; et qui n’ont jamais manifesté aucun désir de rapprochement !).

    Une indépendance vis à vis de ce qu’elle nommait « le féminisme d’Etat », c’est à dire celui qui croit pouvoir promouvoir l’égalité par l’abolition de différences pourtant irréductibles ; et n’est capable de voir dans toute différence que de l’infériorité.

    Celui qui nous incite à croire actuellement que le congé de paternité va avoir un impact sur ce qui se passe dans le corps des femmes, comme si les deux parents avaient le même rapport à la naissance. Celui qui parle d’une laïcité-bulldozer qui ne veut voir que l’apparence des femmes, souhaitée uniforme.

    Pour A. Fouque, le terme « misogynie » désignait le terme-clé de la haine universelle dont les femmes sont l’objet ; une haine pour les capacités de faire qu’ont les femmes : produire, à partir de leurs corps, des êtres vivants et pensants, la première des richesses humaines.

    A être jaloux de cette capacité, ou à la dénier, on peut être un homme ou une femme, l’expression de la misogynie n’a pas de sexe.

    Les capacités des femmes, productrices, créatrices, artistiques, culturelles ; elle n’a eu de cesse de les mettre à l’honneur, nous rendant plus fortes, plus fières de nous-mêmes.

    Plus armées pour tracer notre chemin, en dehors de toutes influences.

    Réfutant l’appellation de « féministe » trop galvaudée, elle mettait les femmes en garde contre « l’universalisme égalitaire » : ceux et celles qui dénient le principe de réalité humaine qui permet la pensée, la différence des sexes ; pour réduire l’Humain au monosexué, au sexe unique, le masculin, comme par hasard…selon cette idéologie pernicieuse « toute femme qui acquiert une gloire, une visibilité, devient un homme » (Il y a Deux Sexes, éd de 2004).

    Je ne souscris pas à son analyse que le christianisme serait un « filiarcat » qui exclurait les femmes.(voir ouvrage ibid) Cependant, elle a dénoncé à juste titre l’androcentrisme des religions, laissant là un champ en partie inexploré dont nous nous sommes saisies ici.

    Aussi, nous pouvons nous sentir ses héritières en ne nous laissant accaparer par aucune sphère d’influence, asséner sans analyse aucun dogme, récupérer par aucun courant de pensée pré-formaté.

    Merci à cette grande dame de nous laisser indépendantes à tout jamais !

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

    Antoinette Fouque,

    Petit historique ;  dates-clés du Mouvement des femmes.

    Naissance le 1er Octobre 1936 (née Grugnardi) à Marseille.

    1961/1964 : Etudiante, puis professeure à Paris,(elle écrit sa thèse sous la direction de Roland Barthes). Etudes supérieures de Lettres, doctorat en Sciences Politiques. Ecrit dans la Quinzaine Littéraire.

    1964, naissance de sa fille

    1968 :débute avec deux amies, Monique Wittig et Josiane Chanel, un mouvement non mixte le MLF, mouvement de libération des femmes, car le mouvement étudiant, trop « viriliste »,  laisse peu s’exprimer les femmes.

    Printemps 1970 : premier meeting public du MLF à Vincennes,

    26 Aout 1970 : 9 femmes issues de groupes féministes déposent symboliquement une gerbe à l’Arc de Triomphe sur la tombe de « la femme du soldat inconnu »

    Cette manifestation est souvent considérée à tort comme l’acte fondateur du MLF, mais il déclenche les échanges entre tous les courants féministes et de libération des femmes.

    1973 : création des éditions « Des Femmes », pour promouvoir l’expression artistique et culturelle des femmes,

    3 librairies « Des Femmes » sont ouvertes à Paris, Lyon, Marseille.

    6 Octobre 1979 : marche des femmes pour la liberté de la contraception et de l’IVG, pour le remboursement de l’IVG.

     

    1979 : Antoinette Fouque crée le groupe « Psychanalyse et Politique », qui s’oppose aux « féministes » (dont les « féministes révolutionnaires). Elle estime que celles-ci, dans le sillage de Simone de Beauvoir, dont elle ne conteste pas l’apport essentiel, veulent nier la spécificité féminine.

    « Egalité et différence ne sauraient aller l’une sans l’autre, ou être sacrifiées l’une à l’autre.

    Si on sacrifie égalité à différence, on revient aux positions réactionnaires des sociétés traditionnelles. Si on sacrifie la différence des sexes, avec la richesse dont elle est porteuse, à l’égalité, on stérilise les femmes, on appauvrit l’humanité toute entière ».

    Avec Antoinette Fouque : Hélène Cixous, Annie Leclerc, Luce Irigaray.

    Avec les « féministes révolutionnaires » Christine Delphy, Colette Guillaumin.

    Gisèle Halimi, de son côté, a fondé « Choisir », la cause des femmes.

     

    1980 : avec les femmes du MLF : création de l’hebdomadaire « des femmes en mouvements », puis du mensuel du même nom.

    En même temps, elle a l’idée d’une « bibliothèque des voix », les premiers audio-livres.

    1981 : campagne « d’initiative populaire » pour faire du 8 Mars une journée chômée et payée pour les femmes,

    8 Mars 1982 : grande manifestation pour l’indépendance politique, économique, et érotique des femmes,

    1986 : devient psychanalyste,

     

    1989 : fondation de « l’Alliance des Femmes pour la démocratie »

    1989 : création de l’Observatoire de la misogynie,

    8 Mars 1990 : Mise à l’honneur de 12 femmes exceptionnelles dans le monde, sous l’égide de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie : , Doina CORNEA ;Simone ROZES ;Kanitha WICHIENCHAOREN ;Ela BHATT, Charlotte PERRAND ;Marta MESZAROS ;

    Maria Jimena DUZAN ; Molly YARD ; Jeannie LONGO ; Albertina SISULU pour Adélaîde TOMBO ; Yvonne CHOQUET BRUHAT ; ELENA BONNER .

    Au cours de cette cérémonie, sous la présidence d’honneur de Simone Veil, celle- ci plaide que « les femmes ne doivent pas oublier que l’objet de leur lutte est la reconnaissance de ce qu’elles sont ».

     

    1994/ 1999 : Antoine Fouque siège au Parlement Européen ; elle s’y bat, entre autres, contre la normalisation de la prostitution et la traite des femmes en Europe.

    1995 : parution  chez Gallimard de son livre « Il y a deux Sexes », essai de « féminologie », constitué d’articles, de débats et d’interviews publiés entre 1980 et 1995. Cette édition sera revue et augmentée en 2004.

    1995 : Vice-présidente de la Commission des Droits des Femmes ; déléguée de l’Union Européenne à la Conférence mondiale des femmes de Pékin.

    Parallèlement : directrice de recherche à l’Université Paris VIII St Denis,

    2000 : création de l’Observatoire de la parité.

    2007 : soutient la campagne de Ségolène Royal aux présidentielles,

    2013 : dictionnaire des Femmes Créatrices, fruit de 5 ans de travail collectif,

    Mort le 20 Février 2014.

     

    Distinctions : Commandeur de la Légion d’Honneur, grand Officier de l’Ordre National du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres.

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :