• EST CE AINSI QUE LES FEMMES VIVENT ?  

     Certain(e)s de nos lecteurs /trices ont pu être surpris de ne voir aucun article sur ce blog à la suite de la déflagration de l’affaire Harvey Weinstein ; et de la déferlante des récits de harcèlement, d’agressions, et de viols qui s’est répandue dans le monde , surtout occidental.

     

    Car en Orient, en Afrique et en Asie, c’est tous les jours que les femmes sont agressées, et peu sortent de leur silence tant elles ont pu tout à la fois subir des pressions insupportables pour se taire, et intérioriser l’idée qu’il s’agit d’une fatalité.

    Récemment est paru le témoignage de jeunes femmes détenues en esclavages par Boko Haram, et enfin délivrées par l’armée nigériane…dont certains soldats auraient à leur tour abusé d’elles.

    Les femmes finissent par estimer constitutives de leur vie de fille et de femme les agressions physiques et sexuelles qu’elles peuvent subir, et les remiser dans un coin de leur mémoire.

    Lorsque ces agressions sont graves et/ou répétées ces souvenirs sont de véritables bombes à retardement qui peuvent influer durablement sur leur santé et leur développement. Voire leur espérance de vie.

    On commence seulement à s’en rendre compte, et à prendre au sérieux le syndrome post traumatique, évoqué pour les soldats en zone de conflits aigus ou les victimes d’attentats.

    Il est présent également chez les victimes de violences sexuelles.

    Les politiques modernes vivent une calculette à la main : or ce sont des milliards qui auraient pu être économisés si ces victimes avaient été écoutées, crues, soignées. Ce qui n’est pas le cas. La France est paraît il la championne de la consommation d’anxiolytiques. Y aurait il une relation de cause à effet ?

    J’ai attendu pour m’exprimer de lire les témoignages multiples de femmes de tous les âges et de tous les milieux, quasiment entre 7 et 77 ans comme jadis les lecteurs de Tintin.

    J’ai fini par y ajouter le mien, n’ayant hélas pas échappé à la loi commune.

    Ces témoignages sont effarants par leur nombre, et la certitude d’impunité des agresseurs.

    Les statistiques, nous les avions déjà :

    En France en 2016, 225 000 femmes entre 18 et 75 ans ont été victimes de violences, DONT 30 000 uniquement sexuelles et 32 000 à la fois physiques et sexuelles. 70% de ces violences ont été subies de façon répétées.

    84 000 femmes ont été victimes de viols ou tentatives de viol ; seules 10% ont porté plainte.

    Sur ces 10% de plaintes, la moitié a été classée sans suite ou a été correctionnalisée.

    Lorsqu’on établit des équivalences en termes de population, pour avoir une idée claire du phénomène, 225 000 femmes , c’est le chiffre de la population de la ville d’Annecy !

    31 000, c’est la population de la ville de Dreux.

    Mais ces crimes et délits massifs demeurent impunis.

    Pendant que défilaient les témoignages sur « #Me Too »(Moi aussi), nous avons entendu avec ahurissement les verdicts de deux affaires de viol sur mineures : une fillette de 11 ans et une jeune fille de 13 avaient été jugées « consentantes » et leurs abuseurs condamnés à des peines légères avec sursis. Il y avait bien «Quelque chose de pourri au Royaume du Danemark »pour citer Shakespeare.

    Les réactions masculines ont été frileuses, parfois violentes, mais souvent sournoisement dubitatives. De nombreux hommes ont déclaré « Harceler, moi, jamais ! ». D’autres se sont évertué à démontrer « Qu’il y avait des types bien », ce dont personne ne doute !

    Et enfin est venu l’argument le plus spécieux : la crainte d’une « délation » généralisée.

    Qu’est ce qu’une délation ? selon le Larousse, c’est une « dénonciation faite dans un mauvais dessein, probablement pour obtenir des avantages ou de l’argent ».

    On peut raisonnablement se demander quels avantages , financiers ou autres ont bien pu tirer de leur récit les milliers de femmes courageuses qui ont livré leur intimité, de manière généralement anonyme, c’est à dire sans nommer leur agresseur.

    Cette supposition est offensante, presque insultante, et elle insinue , encore et toujours que les femmes sont menteuses, manipulatrices, et peut être vénales.

    Faisant monter la misogynie d’un cran supplémentaire particulièrement odieux, d’aucuns ont osé la comparaison avec les dénonciations de Juifs aux autorités de Vichy et d’Occupation entre 1941 et 1944. Oubliant par là même que les Juifs n’avaient RIEN fait que d’être eux mêmes, alors que les violeurs ont commis un crime ; les agresseurs un délit.

    Peut on imaginer de semblables discours pour d’autres transgressions de la loi ?

    Alors qu’en ce moment même, associations et travailleurs sociaux bataillent justement pour ne pas être contraints à la « dénonciation »  de sans-abris en situation irrégulière….

    Le concept de délation semble être à géométrie variable.

    Dans quelle société vivons nous, je vous en laisse juges, toutes et tous, en espérant que nous continuerons à lutter pour la rendre meilleure, sans nous décourager.

     

     

    Michelle.C. DROUAULT


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