• Faudra-t-il être en colère ce Noël ?

    J’aurais aimé passer sans arrière-pensée un Noël paisible en famille, entre ma crèche et mon sapin, avec la porte ouverte pour les amis qui vont et viennent ; Joyeux Noël, Joyeux Noël !

    Mais l’actualité et la lecture de la presse m’ont fait bouillir d’indignation ; et retrouver ma sérénité sera difficile…..

    Oui, aux Etats-Unis, il y aura tous ces petits qui ne verront pas Noël….

    Et dans mon pays ?

    La France serait-t-elle un champ de bataille idéologique perpétuel ?

    Toute intention de loi qui rentre dans le cadre d’un projet de société rencontre inévitablement un système binaire de deux camps irréductibles qui montrent les crocs sans vraiment débattre.

    Il y a les partisans et les opposants, sans nuances.

    Or le sort de l’Humain mérite des nuances !

    Depuis des mois, nous voilà sommés de choisir un camp au sujet du mariage pour tous ; et cela menace de récidiver avec la « mort assistée » que l’on est en passe de vouloir faciliter.

    Les favorables à l’un et à l’autre projet sont présentés comme « de gauche », et les opposants « de droite ».

    Mais être de gauche et mettre des bémols sur certaines des conséquences dérivées du mariage, comme l’adoption et la procréation assistée ; se positionner clairement contre la gestation pour autrui, tout cela est suspect : ne serait-t-on qu’un-e affreux-se réactionnaire masqué-e ?

    Etre de droite, et mettre en avant l’incontournable nécessité d’égalité des citoyens devant la loi, et la lutte contre l’homophobie par l’officialisation des unions , ne vous vaut pas meilleur traitement : ne serait -t-on qu’un-e horrible débauché-e aux tendances gauchisantes inavouées ?

    Les cases sont toutes prêtes, et voir que certains commençaient à ruer dans les brancards a été pour moi un soulagement !

    Les grands absents des polémiques ont été les enfants, auxquels les adultes ont encore et toujours le plus grand mal à s’identifier.

    De même il est à craindre que les absents de la seconde polémique qui commence à poindre soient les malades.

    Ayant travaillé en milieu hospitalier auprès de grands malades, je peux témoigner de l’insuffisance dramatique, voici encore quelques années, de structures de soins palliatifs.

    Des collègues médecins m’ont confié les lacunes de leur formation en psychologie. Appréhender la fin de vie, et sa signification pour le malade et sa famille, provoquaient chez certains des attitudes de défense, de rigidification, compréhensibles, mais évitables avec un bon soutien psychologique. Quant à la volonté du malade, comme elle est difficile à saisir ! Souvent la maladie grave est source de dépression ; le malade dépressif n’a plus la force de lutter contre sa maladie, c’est là qu’il peut réclamer une mort qu’il ne souhaitera plus du tout après un léger traitement antidépresseur et un entourage plus attentif et à l’écoute de ses angoisses…

    Et comme le disait un professeur d’un hôpital public, lorsque le malade ne peut plus s’exprimer, est ce que c’est aux demandes de la famille qu’on consent ? Or celle ci ne peut se substituer à la volonté du patient.

    Donner la mort est une facilité, et ne saurait être envisagé que si une politique antérieure de mise en place d’un soulagement véritable de la souffrance, et d’accompagnement de la fin de vie, a été fermement suivie.

    Tout cela nécessité des budgets. Alors, on est pris d’un doute, un doute que j’aimerais ne pas avoir : n’est ce pas plus économique de mettre fin délibérément à la vie ?

    Le film « Solient Green » a été rediffusé l’autre soir. Sans aller jusqu’à cette épouvantable science-fiction, le fait qu’une personne âgée puisse demander d’elle même à arrêter une vie dont elle a assez dans un centre spécialisé, à l’aide d’une simple piqûre, interroge. Le livre a été écrit dans les années 50 par un auteur qui voulait alerter sur un tel avenir.

    On ne cesse de nous rabâcher que nous vivons plus vieux , que la dépendance coûte cher : en même temps, dans beaucoup de pays européens, les retraites sont misérables :quelle vieillesse offrons nous aux aînés, quel espoir, quelle joie de vivre ?

    « Une mort douce » titrait un quotidien. La mort n’est jamais douce. C’est une violence inéluctable. Nous ne voulons pas la voir, nous détournons le regard.

    « Regarder la mort en face », sans nous bander les yeux, en osant poser le pied sur le chemin qui y mène, pour que lui soit plus doux, ce serait déjà pas mal…

     

    Retournons vers le sapin et la crèche, où chrétienne, je déposerai à minuit le symbole d’un enfant porteur d’un immense espoir.

    Joyeux Noël à vous toutes, c’est à dire, un bel Espoir pour vous toutes, même si pour vous ce jour n’est pas une fête religieuse !

     

    Michelle.C.Drouault.

     

     


  • Commentaires

    1
    carabelle
    Dimanche 30 Décembre 2012 à 21:34

    je me retrouve vraiment dans ce texte; un grand merci pour cette palette de nuances tant nécessaire  à notre réflexion. Oui, rien n'est tout noir ou tout blanc.... Si vous me le permettez, j'ajouterai un bémol à la façon dont la veillesse doit être accompagnée... Il y a certes beaucoup de nos aînés dont la veillesse est l'aboutissement d'une vie riche et remplie d'amour, mais d'autres ont "consommés" leur vie, en oubliant les autres et en faisant l'autruche sur ce temps qui conclut toute vie... Si dans le premier cas, nous les jeunes générations sommes prêts à des efforts pour accompagnner ce chemin vers le crépuscule, dans le deuxième cas, il est difficile de porter l'insouciance de ces aînés qui ont profité de la vie pour eux-même, parfois dans l'égoïsme le plus affligeant. Cela peut créer du ressentiment entre générations. Là aussi, il faut une palette de nuances.

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