• La théologie féministe, oui, elle existe ( 2ème) partie

    Nous continuons à publier la conférence que Juan Jose Tamayo a prononcée à l'inauguration d'une faculté consacrée à la théologie féministe au Salvador, le 28 Juin 2013.

    On peut lire le texte original espagnol sur:http://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=ES&cod=76112  

    et la traduction anglaise sur:

    http://iglesiadescalza.blogspot.fr/2013_06_30_archive.html

    Voici  la traduction française faite par Michelle C.Drouault qui est aussi l’auteure de remarques en bas de page.

     

    Deuxième partie

    Les religions légitiment de multiples formes d’exclusion des femmes de la sphère publique, de la vie politique, de l’activité intellectuelle, du champ scientifique ; et limitent leurs fonctions à l’environnement domestique, la sphère privée, l’éducation des fils et filles, l’attention à l’époux, le soin aux malades et aux personnes âgées, etc.

    N’importe quel type de présence des femmes dans l’activité politique ou sociale est censé les éloigner de « l’identité féminine » (qu’est ce ?) et considéré comme un abandon de leur véritable champ de compétence et de travail, qui est le foyer ! Et ce avec la culpabilisation qui en découle…

    Au mieux, les religions défendent le postulat que les femmes peuvent se réaliser A LA FOIS au foyer et au travail ; ce qui ne s’applique jamais aux hommes.

     

    LA MAJORITÉ DES RELIGIONS DÉNIENT AUX FEMMES LA RECONNAISSANCE DE LEURS DROITS REPRODUCTIFS ET SEXUELS

    Les femmes ne sont pas maîtresses de leur propre corps, qui est contrôlé par les confesseurs, directeurs spirituels, époux, etc..

    On ne permet pas aux femmes de planifier leur famille : elles doivent enfanter les fils et filles que Dieu veut, que Dieu leur envoie ; ce ne sont pas elles qui décident librement.

    Elles ne peuvent avoir une sexualité en dehors des limites imposées par la religion (mariage, hétérosexualité).

    La pratique de la sexualité en dehors du mariage et avec des personnes de même sexe est interdite et souvent expressément condamnée.

    Elles sont considérées comme impures à cause des menstruations*1

    Si elles décident d’interrompre une grossesse, même lorsqu’elles le font suivant la loi civile de leur pays ; elles sont accusées d’être des pécheresses et des criminelles et les sanctions peuvent aller jusqu’à la prison (lorsqu’il existe une religion d’Etat, note de la traductrice).

    Les leaders religieux se rejoignent dans la condamnation et la criminalisation de l’avortement, par exemple le catholicisme et l’Islam.*2

    Les femmes ne peuvent utiliser de moyens contraceptifs ; elles sont alors accusées de « faire obstacle à la vie ».

    Les religions ont donc historiquement exercé différents types de violence, physique, symbolique, et religieuse, envers les femmes, et continuent de le faire.

    Certains textes sacrés (ou mythiques) le reflètent. Ils justifient parfois la punition physique des femmes, leur lapidation, l’offrande d’une femme en sacrifice pour tenir une promesse, pour apaiser la colère des dieux *3, le fait de tenir les femmes enfermées jusqu’à leur mort, de leur imposer silence, de ne leur reconnaître aucune autorité, de ne pas accepter leur témoignage à l’égal de celui d’un homme.*4

    Les pratiques religieuses viennent ratifier ces récits. On ne reconnaît pas aux femmes la présomption d’innocence ; elles sont au contraire présumées coupables jusqu’à preuve absolue de leur innocence. Ce sont elles qui succombent à la tentation et tentent les hommes, et pour tout cela, elles méritent d’être châtiées !

    Certains pères de l’Eglise ont considéré que les femmes étaient « la porte de Satan » ou « la cause de tous les maux ».

    Un théologien chrétien aussi influent que St Augustin d’Epone en arrive à affirmer que l’infériorité de la femme vient d’un ordre naturel.

    Un autre théologien aussi distingué en théologie chrétienne que Thomas d’Aquin, définit la femme comme « un homme imparfait ».

    Luther parle des femmes comme d’êtres faibles de corps et d’esprit pour avoir cédé à la tentation, et affirme que les femmes ont été créées sans autre but que de servir les hommes, et de leur servir d’ « aides ».

    La violence des hommes d’Eglise contre les femmes, y compris celle de saints comme Augustin d’Epone, est décrite avec toute sa crudité et son réalisme dans une scène du roman de Jostein Gaarder : « Vita Brevis » ; scène qu’on trouve dans la lettre envoyée par Floria Emilia à  Aurelio Augustin, avec qui elle avait vécu douze ans en concubinage :

    « Une après midi, alors que nous avions partagé de nouveau les plaisirs de Vénus, tu t’es retourné brusquement vers moi avec colère, et tu m’as frappée. Tu te souviens de m’avoir frappée ? Toi qui fus auparavant un éminent professeur de Rhétorique, tu m’as battue brutalement parce que tu t’étais laissé tenter par ma tendresse ! La culpabilité de ton désir retombait sur moi…Évêque, tu m’as battue et insultée parce que j’étais devenue une menace pour le salut de ton âme ! Tu as pris un bâton et tu m’as frappée de nouveau. J’ai pensé que tu voulais en finir avec ma vie (….) Mais je ne craignais pas pour ma vie ; j’étais seulement détruite, si déçue, et j’avais tellement honte pour toi que je me souviens clairement que je t’ai demandé de me tuer une fois pour toutes » (…)

    En plus de raconter l’agression dans les plus petits détails, Floria explique que ce n’est pas elle qu’Augustin a frappé, mais Eve, la Femme ; et elle se souvient, citant Publio Sirio que « celui qui se comporte injustement envers une personne en menace beaucoup d’autres »

    A la fin de la lettre, elle confesse à l’évêque Augustin, d’un ton dramatique qui se justifie : « Je me sens frissonner parce que je crains que ne viennent des temps où les femmes seront assassinées par des hommes de l’Eglise de Rome. » Elle poursuit en posant une interrogation terrifiante « mais pourquoi faudrait il les tuer, honorable évêque ? Pour que vous vous souveniez que vous avez renié votre âme même(…) et pour satisfaire qui ? Un dieu, dites-vous ? Celui qui a créé le firmament qui est au dessus de nous, et la terre sur laquelle vivent les femmes, qui vous donnent la lumière de la vie… »

    L’ancienne compagne d’Augustin dit aux hommes d’Eglise que si Dieu existe, il jugera pour leurs plaisirs ceux qui se sont détournés de Lui ; et il les jugera aussi pour avoir nié l’amour entre l’homme et la femme.

    Floria termine la lettre en disant à l’évêque que si c’est dans le but qu’elle se fasse baptisée qu’il lui a fait parvenir ses « Confessions », elle ne va pas lui donner cette satisfaction….

     

    CEPENDANT, LES FEMMES SONT LES PLUS FIDÈLES ADEPTES DES RELIGIONS

    Certains affirment que l’inclination des femmes pour la religion est innée, plus encore, génétique ! Que les femmes sont par nature plus crédules, et pour cela plus assidues dans leur engagement religieux.

    Aucune investigation dans le domaine génétique ne démontre cela.

    Il s’agit seulement d’un stéréotype, dont le but est de soumettre les femmes à des orientations religieuses restrictives et répressives. Ceux qui pensent ainsi oublient que traditionnellement ce sont les femmes à qui on a le plus inculqué les sentiments religieux.

    Il s’agit d’un processus induit, qui est le résultat d’une éducation et d’un apprentissage déterminé.

    Les femmes ont les meilleures courroies de transmission des enseignements religieux aux enfants dans la famille ; et aux enfants des deux sexes dans les espaces religieux, par le biais de l’éducation religieuse.

    Elles sont aussi les meilleures reproductrices de l’organisation patriarcale et de l’idéologie androcentrique, et celles qui pratiquent le plus les religions.

     

    A suivre, dernière partie et conclusion : LA REBELLION DES FEMMES

     

     

    Remarques de Michelle C.Drouault 

    *1

    On peut considérer que c’est exact dans les 3 monothéismes :

    judaïsme : notion de » pureté familiale », l’épouse ne peut avoir de relation intime avec  son mari que six à sept jours environ après la fin des règles, quand il ne reste plus aucune trace de sang dans ses linges, et qu’elle a pris un bain rituel ;

    christianisme catholique et parfois orthodoxe et copte : exclusion des femmes de la sphère de l’autel dans certaines paroisses,

    islam : la femme est considérée impure pendant la durée de ses règles, et ne doit pas dormir avec son mari, ni avoir de relation avec lui.

    *2

    Nous ne sommes pas entièrement d’accord.

    En effet, l’islam sunnite proscrit l’avortement SAUF dans le délai des trois premiers mois de grossesse (les douze semaines de la loi civile française), dans des cas très précis :

    Menace pour la vie ou la santé de la mère, handicap grave de la mère, malformation   fœtale incurable, viol ou inceste prouvés. L’avortement, certes est considéré comme un mal, mais si pour ne pas le commettre, on provoque un mal plus grand encore ? il revient à la conscience du croyant ou de la croyante de l’évaluer.

    *3

    Livre des Juges, Ancien Testament, chapitre 11, versets 29 à 40 : Jephté fait à Dieu la promesse de lui offrir en holocauste quiconque sortira en premier de sa maison s’il obtient la victoire contre ses ennemis ; or c’est sa fille chérie qui vient en premier au devant de lui…il la sacrifie, après lui avoir accordé sur sa demande deux mois de sursis…

    *4

    Le Coran rend le témoignage de l’homme égal à celui de deux femmes. ( Cependant il s’agit d’une seule référence, qui concerne les dettes et transactions financières, et qui est contredite par une autre, qui stipule que devant la loi islamique, les deux sexes ont la même égalité.) Cette unique référence est malheureusement beaucoup plus vulgarisée que l’autre…

     

     

         


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