• Les femmes font sans cesse l’objet d’injonctions contradictoires. Ces injonctions peuvent varier d’une époque à l’autre ; d’une culture à l’autre.

     Or, le harcèlement est justement caractérisé par une série d’injonctions contradictoires impossibles à satisfaire, qui mettent en situation de stress.

    Les femmes seraient elles harcelées en permanence ?

    Récemment aux Etats-Unis, a été ré-affirmée l’interdiction pour les femmes d’assister bras nus aux séances de la Chambre des Représentants.

    Pendant ce temps, en France, certains édiles persistent à braver le Conseil d’Etat pour empêcher les femmes qui le souhaitent de venir à la plage habillées.

    Et dans le même temps, des Algériennes ont  revendiqué de pouvoir se baigner en bikini sans subir l’opprobre et les persécutions des hommes.

    Avant d’être relaxées par le tribunal sous la pression de groupes féministes, les FEMEN ont été inculpées d’exhibition sexuelle juste parce qu’elles avaient manifesté (comme de coutume) seins nus.

    Parallèlement, la pornographie et la publicité montrent sans cesse des morceaux de corps de femmes dénudés et chosifiés. Mais lorsque ces mêmes groupes protestent contre ces images, ils sont traités de « puritains ».

    On encourage l’allaitement maternel, mais beaucoup sont encore choqués si une femme allaite en public. C’est bien dans les fantasmes des hommes que les seins sont érotisés, et perdent leur fonction d’organe de nourrissage des nouveaux nés

    La liste des injonctions contradictoires reçues serait longue et fastidieuse..

     

    L’auteure Geneviève Fraisse, historienne de la pensée féministe, nous donne une piste d’ explication.

     Partant des théories de l’anthropologue Lévi-Strauss selon lesquelles les femmes auraient été dans de nombreuses ethnies une monnaie d’échange, elle pense que les femmes sont plus que cela :un MOYEN d’échange, un signifiant ; le discours sur elles étant pour les hommes une façon de se dire quelque chose ENTRE EUX.

    Mais les femmes ne sont pas censées exister par elles mêmes. Jamais.

    Cela semble exact si on considère la récente obsession du couvrir/découvrir les femmes à la fois en Orient et en Occident. Serait ce une balle que se renvoient les sociétés à domination masculine (à des degrés divers, visible ou camouflée) exprimant par des oukases sur les codes vestimentaires féminins des formes de pouvoir : colonialiste(France, Belgique) ; anti-impérialiste et nationaliste(Iran, Algérie) ; tribal(Arabie Saoudite) ?

    Il circule quelque chose du discours politique au travers de prétextes idéologiques/et/ou religieux divers et variés, assignant à « LA » femme une apparence précise, icône de la République ou symbole d’une pureté identitaire fantasmée.

    Où est donc notre propre , notre véritable image ? Multiple et insaisissable, elle fait si peur qu’il faut vite la faire disparaître….

    Pour les dictateurs Argentins les femmes de gauche, les femmes « révolutionnaires » qui luttaient pour une vie plus juste pour tous, n’étaient que des putains et il était justifié de les tuer et de leur enlever leurs enfants. L’Iran a exalté les femmes révolutionnaires en tchador, « gardiennes » d’un ordre social nouveau, qui leur a peu à peu ôté beaucoup de droits

     fondamentaux.

    Toutes les représentations qu’on nous somme d’intégrer sont masculines. Nous en écarter pour être enfin nous mêmes sera un long combat. Depuis « On ne nait pas femme, on le devient » de S. de Beauvoir, le questionnement n’a pas cessé. Et le harcèlement pour que nous abdiquions notre intelligence et notre esprit critique persiste, voilant d’un écran de fumée les raisons qui feraient qu’une même attitude serait licite ici, illicite ailleurs…

     

    Les magasines féminins européens et occidentaux sont particulièrement emblématiques  des injonctions faites aux femmes : amantes la nuit ; épouses, mères et ménagères le soir et le week-end, travailleuses dans la journée. 70 heures de travail par semaine au bas mot, avec obligation de jeunesse éternelle, de jouissance obligatoire pour satisfaire l’égo  masculin ; sans oublier la rentabilité économique pour payer les crédits du foyer…

    Ces hebdomadaires sont de véritables manuels de soumission. Une soumission qui se transforme avec les époques, mais elle paraît n’avoir jamais été si complète.

    Dans les années 50-75, selon les classes sociales ciblées, ils étaient remplis d’images de mode, de recettes de cuisine ou de beauté.  L’objectif étant toujours de « garder » à tout prix un homme intrinsèquement volage. ( qu’on se souvienne de l’ironique chanson de J. Gréco : celles là auront appris/la cuisine/qui retient les petits maris/ qui s’débinent).

    L’objectif est toujours identique, mais une partie des recettes sont à présent des recettes de sexe. Les besoins affirmés des hommes ont varié ; c’est ce que ces manuels de dressage sont chargés de bien faire comprendre aux lectrices. Le rôle des femmes n’est que l’adaptabilité aux besoins masculins, pas à leurs besoins propres.

    Ces dernières années, en feuilletant quelques uns des magasines plus populaires, j’ai pu lire des phrases comme : »Négociez du fast-sex une fois par semaine ( !) » ou «  La fellation est maintenant le passage obligé de toute relation », extraits que je vous livre sans commentaires.

    Les femmes qui lisent cela se croient elles « libérées » ? Il n’est pas question de sexualité épanouie mais de service sexuel.

    Cependant la mystification fonctionne. Il est risible de voir les lectrices des mêmes magasines  s’insurger contre certains codes vestimentaires-dans les pays démocratiques- et les déclarer marque intolérable de soumission aux hommes, comme si les femmes de culture occidentale n’étaient soumises à rien !! Elles le sont AUTREMENT. C’est tout.

    Donner des recettes de sexe pour satisfaire le mâle est pire que donner des recettes de cuisine, car l’intégrité du corps est atteinte. Les deux phrases citées plus haut signifient : « laissez vous violer, vous aurez la paix ». Ni plus ni moins. Mais les pages sont saupoudrées d’articles sur l’excision  en Afrique ou le système de dot en Inde, pour bien montrer que les aliénées, ce sont les autres…L’auteure égyptienne Nawal  El Sadaoui évoquait d’ailleurs « l’excision mentale des femmes occidentales », c’est à dire leur incapacité à définir leurs besoins et désirs  propres et de les satisfaire

    Nous sommes toutes égales devant l’adaptabilité forcée aux besoins d’une catégorie d’hommes qu’on nous impose : avoir une femme « sexy »/ ou invisible aux autres ; pour soi tout seul /ou vendable à d’autres.

    Nous sommes toutes encore des marionnettes. Nous aurons à nous transformer en guerrières pour imposer à notre tour d’être des sujets pensants parlants, autonomes ; et non des instruments.

    Certains hommes sont à nos côtés, mais si peu nombreux…

     

    Michelle C. DROUAULT


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  •  

     

    Le numéro de « LIBÉRATION » du 14 Juin nous offre un exemple emblématique de la mutation de la domination masculine pour continuer à bénéficier de privilèges exorbitants tout en se faisant passer pour « progressiste ».

     

    En effet, à lire les 2 articles en page 27 : « GPA, la Cour de Cassation va-t-elle continuer à tergiverser ? »  et « Être père ou mère , chacun doit pouvoir choisir », nous ne voyons aucune position révolutionnaire, comme leur publication dans un journal dit de gauche tendrait à le faire croire. Simplement deux hommes (dont l’un est universitaire) qui défendent l’un la possession et la confiscation du corps des femmes, la vision de l’enfant comme produit ; l’autre la négation du maternel, concepts ultra-réactionnaires contraires à l’humanisme le plus élémentaire.

     

    Ils nous présentent un verbiage technico –juridique froid et abstrait sur la conception , la grossesse et la maternité, démontrant par là qu’ils ignorent TOUT du corps et du psychisme des femmes, de la relation mère/enfant, et ce qu’est , tout bonnement, un enfant.

     

    Tous deux critiquent à l’envi l’assertion qui les dérange : « la mère est toujours certaine ».

     

    La mère est en effet pour l’enfant celle qui le porte, vit pendant 9 mois avec lui des échanges sanguins, sensoriels, émotionnels. Sa mère est celle qui lui donne naissance, l’accueille en ce monde, lui donne son lait. C’est la seule qu’il connaisse et reconnaisse. Ces premiers échanges sont primordiaux pour la constitution d’un être humain.

     

    À partir de 6 mois, un fœtus reconnaît la voix de sa mère et de ses proches, son rythme cardiaque, sa respiration, réagit à ses émotions. Ce n’est pas sans raison qu’on recommande pour apaiser un nourrisson des rythmes musicaux évoquant les battements de cœur de la mère.

     

    Comment peut-on être assez stupide et ignorant pour penser qu’un nourrisson reconnaît les gamètes ?? qu’il va savoir que celle qui lui a donné la vie(car sans elle, il ne VIVRAIT pas) n’a pas avec lui de lien biologique au sens de l’ADN ? La « mère d’intention » n’est qu’une étrangère pour lui.

     

    La GPA (dont l’appellation même réduit les femmes à des mammifères « gestantes » et leur dénie leur formidable travail de construction des êtres humains) est et restera toujours le fait de programmer sciemment d’arracher un bébé à la seule mère à laquelle il est lié pour le « livrer » à un couple totalement étranger dont il porte juste le pedigree biologique et qui l’a monnayé. Oser évoquer dans ce contexte son « intérêt supérieur » pour exiger une existence légale de ces enfants est une vile supercherie. Cet intérêt supérieur même demanderait simplement qu’il ne subisse pas ce traumatisme.* On comprend donc le législateur d’avoir une répugnance légitime à encourager cette pratique dès lors qu’elle est interdite en France, selon d’ailleurs un consensus assez large.

     

    L’auteur de cette plaidoirie s’obstine à  répéter comme un mantra que « la femme porteuse(sic) n’est pas reliée génétiquement à l’enfant puisqu’on lui confie un embryon qui lui est étranger » comme si ce manque de lien génétique empêchait tout le processus physique et psychique de la grossesse par un procédé magique ! Mais il a de plus l’outrecuidance d’affirmer que cette « femme porteuse » ne VEUT surtout pas être reconnue comme la mère de l’enfant, parlant une fois de plus à la place des femmes. Elle ne le PEUT pas, liée qu’elle est par un contrat de véritable esclavage moderne.

     

    La comparaison avec les enfants nés d’un don d’ovocyte chez un couple hétérosexuel dont la femme est infertile est absurde : ces enfants ne sont pas arrachés à celle qui les a portés !Quant à l’accouchement sous X, sans doute est il mal informé sur les ravages psychiques qu’il  peut provoquer tant chez la mère que chez l’enfant, même lorsqu’il est la seule solution raisonnable.

     

    La GPA est une des plus grandes exploitations capitalistes du XXIe siècle, et Libération s’honorerait à ne pas la défendre. D’énormes sommes d’argent sont en jeu (il faut débourser environ 100 000 euros pour « obtenir » un enfant) Parce qu’ils y trouvaient un intérêt financier, des politiques  en ce monde ont laissé agir de grands groupes pharmaceutiques, et des agences « intermédiaires » qui font des profits juteux en sillonnant le continent Indien et l’Ukraine pour trouver des femmes et des filles pauvres qui n‘ont plus rien à vendre que leurs ovocytes et leur utérus, et les négocient pour avoir juste de quoi entretenir leur famille. C’est la réalité.

     

    On ne peut trouver AUCUNE femme blanche et riche qui ait jamais porté un enfant pour un couple noir stérile et pauvre. Assez d’hypocrisie et de déni. Sans tout l’argent qui gravite autour, la GPA n’aurait jamais connu un tel essor. Et les « produits »  humains voyagent !

     

    On peut faire féconder un ovocyte dans un pays et l’implanter dans un autre à moindre coût…

     

     

    Les grands profiteurs de ce système sont des hommes, car ils ont entre leurs mains le principal  pouvoir économique mondial ; mais aussi une constante demeure :une écrasante majorité d’enfants conçus par GPA ont été des embryons fécondés avec le sperme du père « commanditaire », au sein d’un couple hétérosexuel ou homosexuel.

     

     Ce sont donc encore et toujours des hommes blancs et riches qui étendent chaque jour davantage le champ de leur possessions et de leurs possibles, dans une version de science-fiction du patriarcat : avoir un enfant « estampillé » de son patrimoine génétique en utilisant plusieurs femmes : une donneuse d’ovocyte, une « porteuse », et parfois une mère « légitime » pour l’élever.

     

     La GPA peut être adoptée par un homme par haine des femmes. La féministe espagnole  L.Falcon, dans son analyse de la GPA comme exploitation extrême des femmes, cite un célèbre footballer qui a eu recours à une mère porteuse pour éviter que sa fortune « ne tombe entre les mains d’une femme »…

     

    Dans la deuxième tribune de « Libération », un autre intervenant appelle les études de genre à la rescousse pour défendre l’idée qu’on puisse dorénavant « choisir d’être père ou mère ». En effet une femme transgenre qui avait gardé un utérus, mais était devenue un homme civilement, va donner naissance à un enfant.

     

    La science-fiction continue. Balayant d’un trait de plume le féminin et le maternel, l’universitaire souhaite que nous devenions tous « des sujets de droit neutres ».

     

    Il ne daigne pas s’interroger sur ce que va ressentir un enfant dont la mère s’appellera « Monsieur », et aura soit une compagne, soit un compagnon.

     

    Car enfin, les enfants dont on prétend défendre les droits sont dangereusement absents de toute cette littérature. ET LES ENFANTS ?

     

    Que vont ressentir les enfants qui apprendront comment ils ont été « obtenus » malgré les contes bleus qu’on leur fait ingurgiter ? Quels seront pour eux les conséquences psychiques d’avoir été « couvés » par des femmes qu’on a empêché de s’attacher à eux et transformées en machines ? Comment les enfants de transgenres vont-ils construire leur identité sexuelle ?

     

    Questions brûlantes dont tout le monde se fiche, ce n’est pas le sujet ! Leur « intérêt » aurait  pourtant demandé que l’on s’interroge avec minutie sur ce qu’on leur fait vivre, psychologiquement, socialement, affectivement. Mais non.

     

    Nous les femmes devons nous libérer de ces beaux parleurs qui tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes pour assouvir leurs caprices et entraîner l’adhésion de l’opinion publique.

     

    Et tous ne nous laissons pas abuser par les histoires « d’amour », rapidement démystifiées.

     

    Récemment un hebdomadaire titrait, au sujet du meurtrier de Marie Trintignant, Bertrand Cantat »Tuer passionnément » ! C’est-à-dire qu’on tente de nous faire passer toutes les violences mortifères des hommes sur les femmes et les enfants pour des marques d’amour.

     

    La presse (à peu d’exceptions prés) manifeste le même apitoiement déplacé pour les pères qui tuent leurs enfants lors d’une séparation d’avec la mère, parlant d’ailleurs très peu des victimes.

     

    On a assez méprisé notre intelligence, et notre lucidité.

     

    Tuer n’est pas aimer ; arracher un enfant à sa mère n’est jamais respectable( sauf en des cas de force majeure) ; et ce qui est possible techniquement peut ne pas l’être humainement.

     

    Il est temps de nous lever pour dire « Assez ».

     

     

     

    Michelle DROUAULT

     

     

     

     

     

    * le traumatisme est à peu près le même que celui des enfants qu’on envoyait en nourrice dés leur naissance de la fin du XVIe au XVIIIe siècle. Depuis Rousseau, de patientes et longues recherches scientifiques et psychologiques ont montré la nocivité dramatique de ces séparations précoces…Trois siècles de progrès successifs en biologie, neurologie, psychopathologie ; l’avènement de la psychanalyse ; l’émergence de la pédiatrie comme discipline, sont ainsi effacés d’un coup de baguette par cette éternelle soif de possession !

     

     


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  • « Les féministes de gauche et les femmes catholiques  doivent combattre ensemble les tentatives de légalisation des ventres de louage »(Gestation Pour Autrui)

     

    C’est ainsi que s’exprime l’écrivaine et juriste espagnole Lidia Falcon dans l’hebdomadaire « Publico », en préambule à un entretien avec M. Térésa Compte, une chrétienne engagée.

     

    « Dans notre société, la femme est un objet vendable » (littéralement « mercantilisable ») poursuit elle.(…) Comme norme morale d’une société, la capacité reproductive des femmes ne doit JAMAIS pouvoir se vendre ou se louer ».*

     

    Son interlocutrice, catholique, est absolument d’accord avec elle, et déplore que l’Église ne participe pas également davantage à la lutte contre les violences conjugales et la prostitution, qui sont de véritables fléaux.

     

    « Les femmes prostituées sont des sujets de droit , bien que les hommes veuillent l’ignorer », renchérit Lidia Falcon.

     

    Les deux femmes, après avoir défini ce qui les sépare (elles ne pourront jamais être en phase sur la question de l’avortement) poursuivent un dialogue fructueux sur leurs axes de combat pour la pleine dignité des femmes dans le monde.

     

    Comment se fait il qu’en France un tel dialogue ne soit pas possible ?

     

    Comment se fait il que les femmes s’avèrent si peu désireuses de dépasser leurs divergences pour s’unir contre l’ennemi commun, qui est la domination masculine et l’exploitation des femmes ?

     

    Une union comme celle de nos deux interlocutrices espagnoles s’opère aussi au Québec, où il existe des religieuses féministes ; certaines appuyant la défense de toutes les femmes, y compris lesbiennes, contre les discriminations.

     

    La France semble être le pays des « cases idéologiques » où il faut ranger systématiquement les auteur(e)s ou essayistes, et même les citoyennes, dans un processus qui n’autorise aucune nuance, ni aucune possibilité de nouvelle dialectique.

     

    Qu’il ait fallu justifier la teneur de ce blog, et expliquer qu’être féministe et croyante n’était pas un grand écart entre deux positions irréconciliables en est la preuve.

     

    J’ai pu constater avec tristesse et déception que les catholiques françaises dans leur grande majorité ne veulent pas accepter le fait que toutes les luttes de femmes soient coordonnées, et que la place des femmes dans l’Eglise soit étroitement liée à leur statut dans la société civile.

     

    Si au Québec plus personne ne s’aventurerait à contester qu’il y ait communément des jeunes filles servantes de messe, c’est bien parce que dans la société civile les cheffes d’entreprise, dirigeantes d’organisations, femmes politiques, sont nombreuses et acceptées comme des évidences.

     

    Rappelons que la France est un pays où une ministre a été sifflée en plein Parlement parce qu’elle arborait une robe à fleurs, ce qui serait inimaginable dans un pays anglo-saxon sans provoquer la démission immédiate des trublions. La France demeure archaïquement sexiste, et le harcèlement au travail ou dans la rue est monnaie courante ; les meurtres de femmes par leurs compagnons sont vus comme des « faits divers », et le « plafond de verre » tapisse toutes les sphères de la société : envers et contre tout, les femmes ne sont que 27% à l’Assemblée Nationale(sont elles vraiment représentées ?) elles gagnent 26% de moins que leurs homologues masculins, 11% d’entre elles seulement sont cheffes d’entreprise.
    Par contre 52% des personnes en dessous du seuil de pauvreté sont des femmes élevant seules des enfants ; et une femme meurt tous les 3 jours sous les coups d’un partenaire.

     

    Une pétition ahurissante a réuni voici presque deux ans un nombre considérable d’hommes issus des media et du monde artistique français revendiquant le droit d’acheter les corps des femmes prostituées sous le fallacieux prétexte du « droit au plaisir » (pour qui ?) .

     

    Et à l’heure où j’écris ce texte, je viens d’exprimer ma solidarité aux « FEMEN » accusées d’exhibition sexuelle parce qu’elles avaient manifesté  torse nu contre la relaxe de M. Strauss-Kahn , soupçonné de complicité de proxénétisme  dans le procès du Carlton. On atteint là le comble du « deux poids deux mesures » : l’indécence n’est pas du côté des exploiteurs des femmes, mais de celles qui combattent l’exploitation.

     

    Les catholiques françaises sont logées à la même enseigne : on leur interdit l’accès à l’autel sous le prétexte oiseux d ‘« impureté »(un résidu du paganisme) pendant que l’indulgence pour les prêtres pédophiles vient tout juste d’être freinée par le Pape François.( L’agression d’un enfant n’est elle pas la pire des impuretés ? les coupables restent prêtres…)

     

    D’aucuns estiment que la condamnation des pédophiles dans l’Eglise française reste bien molle…

     

    Église ou société civile les mâles gardent leurs privilèges, et les femmes doivent rester sous contrôle.

     

    Côté féministe, je suis également chagrine de constater qu’on ne parle plus de Libération des Femmes, mais uniquement des droits des femmes ! Or même si les femmes acquièrent des droits formels, elles ont un besoin urgent et profond de se libérer des mentalités misogynes, et des carcans de pensée qui les empêchent justement de s’unir et de débattre les unes avec les autres de « qu’est ce qui pour nous constitue une oppression ? » dans des espaces non mixtes où leur parole ne peut être disqualifiée.

    Nous avons besoin de nous libérer de la pensée masculine, et de voir par nos propres yeux.

     

    Tant que les femmes seront sous la tutelle de catégories de pensée masculine dont elles ne parviennent pas à s’affranchir, tant qu’elles se feront les ventriloques de « la Voix de son Maître », elles continueront à s’opposer stérilement les unes aux autres au lieu de poser de fructueuses controverses ; et elles ne pourront pas s’unir sur des objectifs déterminés.

     

    Nous verrons dans un article ultérieur les exemples de deux sujets emblématiques : le voile et l’avortement. A suivre, donc…

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

    * cet entretien  a eu lieu à l’occasion de la tenue d’une sorte de « Foire de la Gestation pour Autrui » à Madrid, très controversée, à laquelle participaient de nombreuses « agences  de maternité de substitution »

     


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  • Les évêques canadiens du Nord-Ouest (Alberta ; Territoires du Nord Ouest) ont publié un texte qui fait débat, et souvent, choque :

     
    Selon eux sacrement de l’onction des malades, de réconciliation, et funérailles religieuses, seraient absolument incompatibles avec l’euthanasie ou le suicide assisté.

     
    Ces directives concernant l’accompagnement des malades font suite au vote par le Sénat canadien le 17 Juin 2016 d’une loi fédérale autorisant l’aide légale à mourir.

     
    Ce procédé pour légal qu’il soit leur paraît moralement condamnable, et les pratiques pour abréger les jours d’un malade incurable seraient « de graves affronts à la dignité de la vie humaine ».

     
    Tout malade qui amorce le processus serait en état de faute grave ; et tant qu’il n’a pas reconsidéré sa décision, le prêtre n’est pas admis à lui administrer les derniers sacrements.

     
    Pas de funérailles religieuses non plus ! Non pas pour punir la personne(sic) mais pour reconnaître sa décision comme contraire à la foi chrétienne.

     
    Posture idéologique qui ne tient pas compte de la réalité humaine, ce texte semble rédigé par des hommes froids et insensibles, accrochés au dogme, et ne fait sans doute qu’ajouter la douleur à la douleur pour les fidèles.

     
    Qui demande la mort, et en quelles circonstances ?

     
    En France il s’agit d’une demande extrêmement minoritaire. Elle survient surtout en cas de maladie incurable et lourdement invalidante.

     
    Cependant, il est flagrant que les patients ne veulent pas mourir, ils veulent juste arrêter de souffrir ; ils ont peur de la  souffrance et de la dépendance, à juste titre.

     
    Si on dispose à présent de tout un arsenal pour contrer la douleur, il n’est pas toujours bien utilisé, et surtout les services de soins palliatifs sont , en France, trop peu nombreux et mal développés. La médecine est très déshumanisée dans certains services, et les malades qui n’ont pas une famille très présente se sentent souvent abandonnés aux mains de soignants qui n’ont pas le temps de les écouter. D’où le désespoir et les demandes d’euthanasie.

     
    Par ailleurs, la maladie grave induit fréquemment une dépression : effets secondaires décourageants des chimiothérapies, déchéance physique, vie sociale court-circuitée, tout cela est tellement dur à vivre que le malade finit par dire « je préfère en finir que vivre ainsi ».

     
    Accompagné et soutenu dans un environnement positif,  sa souffrance entendue et prise en charge, les effets secondaires des traitements atténuée, la dépression traitée, le malade change généralement d’optique. J’ai pu l’observer professionnellement dans un service spécialisé.

     
    Un grand malade est une personne affaiblie, sa vision des choses est déformée par un corps et un psychisme en souffrance. N’en déplaise aux évêques canadiens, ce n’est pas une personne qui décide , rose et fraiche dans son lit, qu’elle veut mourir le lendemain !   C’est un être au bout du rouleau, angoissé, paniqué, qui veut qu’on le sorte du tunnel, et ne voit plus qu’une seule issue , la mort. Le souhait de mort peut être issu d’une souffrance psychique insurmontable.

     
    La philosophe et théologienne Lytta Basset l’exprime remarquablement dans son analyse du Livre de Job dans la Bible :

     
    « C’est l’excès du mal imposé à Job qui lui fait désirer la mort ; il ne désire pas la mort pour la mort ; il désire que cesse cette vie qui n’est plus une vie (…) d’où la seule issue envisageable, la mort pour venir à bout d’un mal insupportable, et non pour venir à bout de la vie »*

     
    Sanctionner de surcroit le malade par ces refus de sacrements est injustement cruel, et dénote un manque de charité inquiétant pour des évêques.

     
    Désespérer leur famille par des refus d’obsèques religieuses parait également d’une insigne cruauté.

     
    Un ami prêtre m’avait expliqué que l’ancienne position rigide de l’Eglise sur le suicide visait, à des époques où la vie était très dure et parfois désespérante, à empêcher les découragés de mettre fin à leurs jours. On agitait donc la peur de l’exclusion, de la honte publique et de l’enfer pour inciter les gens à rester en vie. « Nous n’en sommes plus là » me disait il «  et nul ne peut se mettre à la place de Dieu pour juger celui qui en arrive au suicide ».

     
    La place de Dieu, tout est là.

     
    Si nous reprenons les réflexions de Lytta Basset : « pour les humains est en TOUS LES CAS mal ce qui FAIT MAL Nul ne saurait s’ériger en juge du mal de l’autre sans usurper la place de Dieu »… « Tout pêché, dans la Bible, est rupture de la relation avec Dieu. Décider si cette rupture est volontaire ou non revient à usurper la place de Dieu »*

     
    Il me semble que ce soit la question fondamentale. Dieu seul connaît notre cœur, et Il ne se refuse jamais.

     
    Religion du père Fouettard prêchée par des gendarmes en soutane, les directives canadiennes,

    ne semblent pas en phase avec la Miséricorde très invoquée par le Pape François.

     
    Avant de s’ériger en douaniers de la vie éternelle, que font ces évêques pour soutenir les malades ?  Sont ils rentrés en communication avec eux, car toute approche de la douleur suppose la communication avec le souffrant ? Ont ils eux mêmes suivi une formation sur la réalité des pathologies graves, la psychologie des patients en fin de vie ?

     
    Ces directives impliquent elles un guide de « dissuasion empathique » du patient ?

    Il est permis d’en douter.

     
    Beaucoup de catholiques sont las qu’on leur demande encore et encore de souffrir en serrant les dents, parfois des souffrances atroces(n’oublions pas qu’on a voulu obliger une fillette de 9 ans violée à avoir des jumeaux sous peine d’excommunication de sa mère voici seulement quelques années !) sans jamais manifester aucune indulgence aucune compréhension pour ceux qui n’y arrivent simplement pas.

     
    Je ne suis pas favorable à l’euthanasie car j’estime cette notion dangereuse, et ses dérives vers l’eugénisme ou la facilité certaines.

     
    Mais à mon sens rien n’excuse de se mettre à la place d’un Dieu vengeur imaginaire pour ajouter aux détresses existantes.

     
    Sr Michèle Jeunet me rejoint dans mon refus de l’euthanasie. Elle fait observer qu’en France, par exemple des communautés religieuses sont engagées dans les soins palliatifs : les sœurs Xavières pour les catholiques ; les diaconesses pour les protestantes ; et nombre de baptisés laïcs . En désaccord avec les évêques de l’Ouest canadien concernant l’accès aux sacrements, elle estime que le sacrement de réconciliation et le sacrement des malades doivent être donnés à tous ceux et celles qui en font la demande, car ils sont d’un grand secours moral.

     
    Ceux qui reçoivent les sacrements de manière habituelle ne sont pas toujours en phase avec la doctrine officielle, mais cela ne les empêche ni de les demander, ni de les recevoir !

     
    Malheureusement les évêques sont les seuls à pouvoir prononcer ces sortes de « fatwas », des directives  « hiérarchiques » ordonnant aux prêtres ce qu’ils doivent accorder ou refuser.

     
    Nous nous accordons toutes les deux sur le fait que le vrai désir, profond, est celui de vivre !

     
    Alors comment se fait il que tout un pan de la société préfère à présent accompagner le désir de mourir plutôt que le désir de vivre ?

     
    Sommes nous rentrés dans la « culture de mort » que dénonçait St Jean-Paul II ?

     
    J’ai été frappée, en effet, par cette question récurrente posée par les journalistes à tous les candidats à l’élection présidentielle : « êtes vous favorable à l’euthanasie ? » « faut il aller plus loin dans la fin de vie ? » Il est tout à fait surprenant que même un candidat qui évoque le « futur désirable » se dise favorable à cette pratique, tout en admettant que les problèmes éthiques comme celui là sont personnels et intimes.

     
    Cette campagne est frappante par les peurs qu’elle dégage, et sur lesquelles surfent les marathoniens de la course au pouvoir : peur de « l’invasion » d’autres différents, peur de la perte d’une identité fantasmée, peur légitime du terrorisme…mais à la rage de destruction ne faudrait il pas opposer la rage de vivre ? ceux qui s’affichent contre l’euthanasie prêchent par ailleurs la mort lente du repli sur soi et de l’enfermement. Ceux qui se disent favorables parlent de liberté, de maîtrise, alors que la première liberté devrait être avant tout celle de VIVRE dignement.

     
    Les migrants broyés, les morts de la rue, n’ont pas demandé à mourir. Ils avaient la soif de vivre, ils se sont battus, désespérément, âprement pour survivre.  Des reportages montrent des hommes maigres, souffrants , les mains écorchées à force de tenter de franchir des barrières, pourchassés comme des animaux, et qui ne renoncent pas. Ils le pourraient. Ils pourraient trouver que leur vie ne vaut plus la peine. Mais non. C’est cela la force de vie.

     
    Tant qu’un seul être ne peut vivre dignement à côté de nous, la question de la liberté de mourir est factice et illusoire.

     
    La jeunesse n’a t-elle pas besoin qu’on lui montre des raisons de vivre, plutôt que lui présenter la mort comme un choix banalement possible ? Les suicides de jeunes hommes et femmes sont hélas nombreux, et je suis douloureusement surprise que ce ne soit pas cette question qui soit posée aux candidats : « Qu’allez vous faire pour endiguer les suicides de jeunes, les suicides de travailleurs harcelés ?  qu’allez vous faire pour que plus personne ne meure dans la rue ? ».

     
    Les postures idéologiques, des évêques comme des politiques, lorsqu’elles sont déconnectées du réel, de la tangibilité du mal, ne sont que des concepts creux qui n’amènent jamais de solutions.

     

     Michelle. C. DROUAULT, en collaboration avec Sr Michèle JEUNET

     
    *1 Lytta Basset « Guérir du malheur », Albin Michel, 1999

    *2 idem

     

     


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    Un récent reportage intitulé « Femmes invisibles, femmes de la rue », évoquait la vie éprouvante des femmes sans domicile dans les grandes villes, de plus en plus nombreuses.

     

    Ce qui frappe, c’est ce paradoxe : la violence familiale est souvent ce qui a conduit ces femmes à la rue ; et c’est un lieu où elles doivent encore redouter la violence.

     

    C’est à dire que pour les femmes il n’existe pas d’« endroit où reposer sa tête », la violence est partout , à l’intérieur/à l’extérieur et semble douloureusement inhérente à la condition de femme.(alors que pour un homme elle est affaire de situation)

     

    Pour éviter les agressions ou les mauvaises rencontres, certaines femmes marchent plusieurs heures par nuit, et ne se laissent aller à dormir que dans la sécurité de centres d’accueil de jour.

     

    Plusieurs d’entre elles disent avoir perdu la garde de leurs enfants, et être empêchées de les voir par leur père. Certains diront que les problèmes d’alcoolisme ou de drogue ne facilitent pas les relations parentales, mais est il possible de « tenir » dans la rue sans stimulants pour vaincre le froid et l’angoisse ?

     

    On les voit mendier-et il faut énormément de courage pour mendier- s’offrir le répit d’une douche ou d’une halte dans un dispensaire.

     

    L’état des pieds des personnes à la rue est toujours dramatique. Une collègue avait un jour accompagné un homme à la rue dans un dispensaire où on a découvert que le tissus de ses chaussettes incrusté dans la chair  avait causé une infection. « Ce sont les pieds qui voyagent » dit pudiquement une dame en errance.

     

    Cela fait plus de 10 ans que le « 115 », numéro permettant d’avoir une place d’hébergement pour la nuit, est perpétuellement saturé, et dysfonctionne.

     

    Alors dans les villes, les sans domicile se font toutes petites, se glissant dans les garages, les halls, d’où il faut décamper dés les premières lueurs de l’aube.

     

    Certaines femmes vivant dans des locaux de fortune, voiture ou baraquement, ont un emploi. Leurs collègues ignorent leur situation dont elles ont honte. D’autres encore ont été enceintes et à la rue.

     

    Pourtant AUCUN candidat à l’élection présidentielle ne prévoit de programme visant à éradiquer les violences familiales et les violences sociales dont sont victimes les femmes, et qui sont étroitement liées. Aucune ambition n’est affichée dans ce sens.

     

    Quelle est l’espérance de vie des femmes en errance et en souffrance ?

     

    Combien sont elles à accepter de guerre lasse un hébergement contre des relations non consenties, et à disparaitre ainsi des regards ? A finir sous la coupe d’un proxénète ?

     

    Ces interrogations sont laissées aux bons soins des associations caritatives, que la société tolère du moment qu’elles n’affirment pas l’égalité de tout être humain devant le besoin, et qui évitent de facto des troubles et revendications sociales trop importants.

     

    Pendant que media et réseaux sociaux s’alarment de l’invisibilité des femmes sur un catalogue d’IKEA, nul n’entend les voix des femmes de la rue. Elles ne votent en général pas, et qui dit sans domicile veut souvent dire sans domiciliation, donc sans aides ni minima sociaux.

     

    Lorsque des films de fiction parlent du drame de la rue, ils mettent en scène des hommes, double invisibilité.

     

    « Ne lâchons rien »disait l’Abbé Pierre. N’abdiquons pas notre capacité d’indignation et d’interpellation.

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     


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