• Cette année encore, nous entendrons le mot « femme » toute la journée, car aucun organe de presse ne veut passer pour réactionnaire et passéiste en ignorant cette date symbolique.

    Alors, chacun y va  de son couplet admiratif (quelques femmes célèbres, la regrettée Florence Arthaud, par exemple) ou de son lamento (tant de chemin reste à parcourir !).

    Mais la journée est toujours, à quelques exceptions prés, présentée comme « la journée de LA femme », abstraction, généralité, concept éthéré et imaginaire qui nous nie toutes ensembles dans nos diversités :

    Femmes nous sommes Noires, Blanches, Asiatiques, Amérindiennes, Inuits, Africaines du Nord ou du Sud, Perses ou Moyen Orientales… Nous sommes mères par choix ou par contrainte ; homosexuelles, hétérosexuelles, bisexuelles ou transgenre ; libres de nous montrer ou obligées de nous cacher. Nous sommes une multiplicité de visages et de courages, car nous sommes aussi :

    MUTILÉES : si l’excision régresse, grâce surtout à la ténacité de femmes africaines qui forment des sages-femmes pour faire des interventions itinérantes dans les villages, elle reste une pratique majoritaire en Egypte, où elle est médicalisée pour les plus fortunées : seul est supprimé le traumatisme de la souffrance, mais reste celui de la non-jouissance ; d’une sexualité atrophiée et vide de sens demeure. Une médicalisation proposée, au mépris du serment d’Hippocrate, par certains médecins américains, dans le but de « limiter les dégâts » tout en conservant le rite. Or l’excision n’est plus un rite de passage, puisqu’elle n’est plus pratiquée à l’adolescence, avec les rites de passage qui les accompagnaient, mais sur des fillettes de plus en plus jeunes, voire des bébés ! Le but réel de l’opération est alors montré dans toute sa cruauté : contrôler les femmes, et les empêcher d’avoir une sexualité épanouie et des désirs. Elle va souvent de pair avec des MARIAGES FORCÉS, de plus en plus précoces ; c’est à dire des VIOLS DE PETITES FILLES. (Yémen, Soudan, Mali, Mauritanie, Somalie, entre autres)

    Félicitons les hommes et les femmes qui s’obstinent à montrer que dans notre diversité nous sommes toutes égales, et qu’aucune « exception culturelle » ne justifie des mutilations ou des crimes. Bravo au clip  de Julie Gayet montrant le mariage forcé d’une petite blondinette parisienne avec un vieil homme ; merci à Linda Weil-Curiel  d’avoir clamé, voici des années déjà , que Noires ou Blanches, les petites filles avaient les mêmes droits, et d’avoir impulsé les premiers procès pour excision sur le sol français, sensibilisant ainsi l’opinion. Car auparavant on pouvait encore voir des films sur « l’excision rituelle en Afrique », présentée comme un quelconque rituel folklorique et exotique… Merci aux médecins-des hommes pour la plus part- qui effectuent des chirurgies réparatrices sur les femmes excisées, et leur permettent une meilleure vie. Ils sont pour nous l’image de la solidarité humaine, et de l’entente des sexes, la démonstration vivante de l’abandon de la soif de pouvoir pour le respect et la compassion…

    APPAUVRIES : dans le monde occidental, aucun pays ne parvient à une égale représentation politique et économique des hommes et des femmes.

    En FRANCE, les chiffres sont effarants, rappelons-les : 26% d’écart de salaires entre les hommes et les femmes ; 73% d’hommes dans les instances parlementaires ; aucune femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 ; mais 80% des personnes gagnant moins que le SMIC sont des femmes, le plus souvent avec enfants…

    ASSERVIES : nous effectuons 89% des tâches ménagères, 60% des tâches liées aux enfants, sans aucune rémunération ;

    HARCELÉES : plus de 90% des femmes ont reconnu avoir subi des attouchements, ou des intrusions ou interventions brutales ou humiliantes dans les transports français.

    Il se produit  un viol toutes les 6 minutes, et pour seulement 10% d’entre eux, une plainte est déposée. Mais les agresseurs sont loin d’être tous des anonymes ! Dans 37% des cas, il s’agit du conjoint ou ex-conjoint ou partenaire !

    TUÉES : une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son partenaire de vie.

    Mais surtout, dans notre pays comme ailleurs, nous sommes sujettes au DÉNI de notre vécu et de notre expérience : les insultes sont de l’humour, le harcèlement est de la galanterie, le viol est une « relation trouble » ou un « non qui veut dire oui » ; les coups sont de la jalousie et de l’amour ; le meurtre est « passionnel », et justifié par la « douleur de la séparation »….Ce sont les errements linguistiques de media eux aussi essentiellement masculins, où ne s’expriment (péniblement), que 30% de femmes.

    Dénier à une personne ce qu’elle vit, c’est lui retirer une partie de son humanité profonde, c’est induire une souffrance psychique énorme. Quelques femmes se prétendant « féministes », mais ayant totalement intériorisé l’idéologie dominante, veulent faire taire les doléances en se gaussant du « féminisme victimaire » qui aurait fait « fausse route » !

    Cette stratégie ne s’applique bizarrement qu’aux femmes, car je n’ai jamais entendu parler de « lutte anti-apartheid victimaire », par exemple.

    Nommer l’oppression est la première étape vers la transformation des mentalités et des sociétés. Une démarche qui provoque souvent des réactions extrêmement violentes de la part de ceux qui ont intérêt au maintien du patriarcat, fut il enrobé ou déguisé. Cette violence (verbale en général) a le mérite de lever les masques. (1)

    Nos filles, nos petites-filles, ont encore du pain sur la planche….

    Dés demain 9 mars, on nous remise aux oubliettes jusqu’à l’an prochain.

    En attendant, ne lâchons rien !

     

    Michelle. C. DROUAULT.

     

    (1) La violence récente d’hommes se prétendant « bons chrétiens » en commentaires d’un article sur les discriminations vestimentaires  et de fonction des petites filles dans l’Eglise Catholique (au mépris de la parole des Papes) est édifiante….

     

     

     


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  • Baby blues, enfants migrants

     

    Ozan Kose, photographe turc de l’AFP[1], a été le témoin du naufrage d’embarcations de migrants entre la Turquie et la Grèce. Il a vu les corps de tous ceux qui n’avaient pu être sauvés, dont de nombreux enfants.

    Impuissant et plein de douleur, il relate dans un article poignant sa découverte du corps d’un bébé. Dans un cliché très pudique, il n’a photographié que son bonnet sur la plage.

    Ce qu’il dit avoir trouvé de mieux à faire au milieu de cette désolation, c’est de veiller le corps de cet enfant avec respect jusqu’à ce qu’un gendarme, très ému lui aussi, ne l’emporte.

    Lui même père de deux enfants de 8 ans et 5 mois, le photographe se demande « QUE FERAIS JE SI CE BÉBÉ ÉTAIT À MOI ? »

    C’est cette question que nous devrions TOUS nous poser, à commencer par les politiques européens, dont certains ferment les yeux sur cette tragédie, quand ils n’appauvrissent pas encore les malheureux réfugiés comme au Danemark. Rappelons que ce pays a décidé de confisquer les biens des migrants/ réfugiés au delà de 1300 euros, ce qui évoque sans surprise les spoliations dont avaient fait l’objet les Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale.

    Cet argent est à eux, ce sont peut être les économies de toute une tranche de vie, et il était probablement destiné à faire survivre la famille.

     

     Ils étaient Irakiens, Syriens, Afghans….300 ENFANTS sont décédés depuis Septembre prés de Farmakonisi, Lesbos, Samos, (Grèce) dans le naufrage d’embarcations surchargées par des passeurs peu scrupuleux. Les survivants  racontent qu’ils menacent avec des armes ceux qui ne veulent plus embarquer, jugeant le voyage trop dangereux.

    Sur le seul mois de Janvier 2016, 244 victimes, dont une majorité de femmes et d’enfants, ont été recensées[2].

    Ce lundi 8 Février encore, les garde -côtes turcs ont tenté de rescaper un bateau de 33 migrants en détresse. 27 d’entre eux sont morts.

    Un cimetière pour les migrants noyés non identifiés a été crée.

    Mais l’Europe reste sourde.

     

    Et lorsque le scandale de la misère des réfugiés atteint notre sol, à Calais, à Dunkerque, seules les associations, les bénévoles se mobilisent, car les pouvoirs publics détournent le regard, ou veulent envoyer l’armée !!!

    Alarmés depuis longtemps par la situation des mineurs isolés dans la « jungle » de Calais, le Secours Catholique et Médecins du Monde ont encore une fois saisi la justice mercredi dernier 3 Février : suite à une première intervention, le Conseil d’Etat avait ordonné en novembre aux pouvoirs publics de prendre des mesures pour améliorer les conditions de vie des personnes migrantes à Calais. Les deux organismes ont constaté que RIEN n’avait changé depuis cette injonction, laissant les mineurs isolés dans des situations parfois dramatiques et inhumaines : particulièrement vulnérables, ceux-ci ont besoin d’être protégés, soignés, encadrés par des dispositifs adaptés. Ceux-ci font totalement défaut.

    Des mesures de justice adéquates devraient permettre aux jeunes qui ont des proches au Royaume Uni de les rejoindre, et non de stagner, sans éducation, dans un environnement préjudiciable à leur santé et leur sécurité. Ces enfants ne sont pas différents des nôtres !

    Dans un article cinglant publié par le journal « UN », daté du 10 Février, et intitulé « CALAIS  UNE HONTE FRANÇAISE » l’écrivain Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004) qui s’est rendu sur place dénonce des conditions de vie indignes d’une démocratie dite civilisée : « La République a laissé tomber un peu d’elle même dans la boue », dit-il , décrivant une vision d’enfer boueux sous une pluie froide, un « amas de pauvreté, de saleté (…) la misère démunie, nue grelottante ». Et toujours des enfants qui jouent au milieu des déchets.

    « Je n’aurais jamais pensé voir cela en France », déclare-t-il

    Conseillons à tous cette lecture, qui rejoint l’indignation du photographe. Ils réveillent, comme le dit le Pape François « notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté ». A ceux qui, dans leurs pantoufles au chaud osent parler de naïveté et d’angélisme, proposons une nuit sous la tente aux côtés des migrants.

    A ceux qui osent manifester « contre » la vie même de ces personnes qui fuient la guerre, rappelons qu’ils manifestent contre des enfants en danger.

    « Que ferais-je si cet enfant était à moi ? », c’est la seule question chrétienne qui vaille ; une interrogation qu’une société obsédée par l’éradication des religions ne veut pas avoir.

     Le danger, ce ne sont pas d’éventuelles intrusions du religieux, mais la dureté de cœur, l’absence d’empathie pour nos frères, qui nous feront juger par l’Histoire.

     

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     

     

     

     


    [2] A ce jour de publication, 11 Février 2016, 409 personnes au total ont trouvé la mort en essayant de traverser la Méditerranée depuis le 1er janvier

     

     

     

     

     


    [2] A ce jour de publication, 11 Février 2016, 409 personnes au total ont trouvé la mort en essayant de traverser la Méditerranée depuis le 1er janvier


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  • Ce texte, écrit par l‘ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « la Vie », arrive à point nommé.

    En effet, dans certaines régions, et en PACA en particulier, une banalisation redoutable du Front National fait que des catholiques ne perçoivent pas l’incohérence qui existe entre le message chrétien, qui appelle sans cesse à la fraternité et la tolérance, et celui du Front National, fait de rejets et de replis identitaires.

    Pire encore, dans quelques paroisses, des membres de l’équipe pastorale sont officiellement sur des listes frontistes ; et ils sont demeurés sourds aux appels à choisir entre leurs deux engagements, qui sont incompatibles. Le clergé, par manque de courage, laisse faire.

    S’agit-t-il, de la part des intéressés, d’une tactique pour « infiltrer » et orienter l’électorat catholique, nous n’en savons rien. Mais la gravité de telles situations demeure, et elle ternit considérablement l’image de l’Eglise catholique.

    En effet, pour les anticléricaux, le signe est clair : si tous les musulmans sont des terroristes en puissance, et tous les catholiques des fascistes en puissance, il faut éradiquer les religions et leurs manifestations dans l’espace public, et nous respirerons !

    Réagissons,  montrons que la Bonne Nouvelle, ce n’est pas renvoyer les migrants dans des pays sinistrés, ce n’est pas stigmatiser des personnes pour ce qu’elles sont ; ce n’est pas le recul des droits humains !

    Michelle C.  DROUAULT

     

     

    Le vocabulaire de la haine n’est pas compatible avec l’Évangile 

    Citoyens français attachés aux valeurs de la République, en même temps que chrétiens de toutes confessions qui mettons au cœur de notre foi le message évangélique de justice, de paix et d’amour universel, nous éprouvons aujourd’hui une immense tristesse et une profonde inquiétude pour l’avenir de notre pays face à la spectaculaire poussée du Front national.

    En effet, au moment même où la barbarie du terrorisme nous menace tous et n’a d’autre objectif que de nous diviser, ce parti politique, à son tour, met au centre de son projet la détestation de l’autre jusqu’à son rejet, osant même assimiler les migrants illégaux à une « métastase dans la société ».

    Dans ces heures d’une extrême gravité, porteuses d’un danger mortel pour notre démocratie et notre vivre-ensemble, citoyens et croyants nous ne pouvons pas rester silencieux.

    Citoyens nous n’accepterons jamais que la fraternité, valeur fondamentale de notre République, soit mise en péril par un parti qui use quotidiennement d’un vocabulaire d’exclusion et de haine. C’est pourquoi nous appelons nos compatriotes à se joindre à nous pour lui faire barrage par leur vote.

    Croyants, nous rappelons à nos frères et sœurs chrétiens de toutes confessions que le discours du Front National n’est d’aucune façon compatible avec le message d’amour du Christ dans l’Évangile qui est le cœur de notre foi commune :

    « J'étais étranger et vous m’avez accueilli. » 

    « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » 

    Nous n'avons pas oublié ce passage essentiel du document « Politique, Église et foi » adopté en octobre 1972 par l'assemblée plénière des évêques de France, réunie à Lourdes sous la présidence du cardinal Roger Etchegaray et de Mgr Gabriel Matagrin. (Texte intégral publié par les Editions du Centurion ) :

    « Il est clair que la Bible manifeste un certain nombre d’exigences éthiques qui sont tracées de façon tout à fait nette : le respect des pauvres, la défense des faibles, la protection des étrangers, la suspicion de la richesse, la condamnation de la domination exercée par l’argent, l’impératif primordial de la responsabilité personnelle, l’exercice de toute autorité comme un service, le renversement des pouvoirs totalitaires. La vigueur mobilisatrice de l’Évangilecontre les situations de défi et d’abus – qui sont encore le lot de notre actualité – peut, certes, s’exprimer au travers de choix politiques différents, mais aucun chrétien n’a le droit, sous peine de trahir sa foi, de soutenir des options qui acceptent, prônent, engendrent ou consolident ce que la Révélation, tout comme la conscience humaine, réprouvent. » 

    Ce texte dans lequel les chrétiens de toutes confessions peuvent retrouver l'écho direct des exigences évangéliques sonne aujourd’hui pour tous les croyants comme un appel à résister aux sirènes du repli sur soi. Cet appel, il faudra le traduire demain dans notre vote, et après demain, dans une réflexion collective indispensable pour relever le défi qui nous est lancé par la progression apparemment irrésistible du Front national dans les urnes, mais aussi dans les esprits. Cette réflexion implique d'ouvrir le débat dans toutes les couches de la société, dans les associations, les Églises, les universités, les syndicats et les formations politiques. Pour notre part, nous sommes décidés à y participer activement.

     

    Aimé Savard

     

    Il faut faire vite ! Une adresse : aime.savard@wanadoo.fr
    Aimé Savard, ancien rédacteur en chef de La Vie, se propose de centraliser nos signatures pour cet appel rédigé par des chrétiens de plusieurs régions. Chaque signataire est invité à indiquer : nom, prénom et ville de résidence, puis, s’il le veut, profession et fonction. Cet appel et les signatures parvenues demain soir seront publiés sur le site de « La Croix », dans plusieurs journaux régionaux et sur d’autres sites chrétiens.

     

    Article paru dans :

     

    http://www.baptises.fr/content/urgent-non-au-fn-signons


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  •  A LIRE POUR L’ÉTÉ….surtout si vous êtes à la mer ! …..

    « CERTAINES N’AVAIENT JAMAIS VU LA MER » (en anglais »the Buddha in the Attic »), est le deuxième roman de JULIE OTSUKA, Américaine d’origine Japonaise.

    Il est publié aux éditions Phébus.

     

    Cette écriture à plusieurs voix qui les symbolise toutes, est le récit des vies de jeunes japonaises-parfois de toutes jeunes filles de treize ans à peine-envoyées aux USA dans les années 1920 , pour y rejoindre des époux inconnus, immigrants japonais majoritairement cultivateurs.

    Toutes les facettes des vies de ces femmes se déroulent sous nos yeux : le travail harassant, qu’elles n’avaient souvent pas imaginé ; la vie conjugale ; les maternités ; le rejet des Américains, ou leur condescendance ; les enfants des narratrices devenus Américains ; puis, la guerre, et la politique d’internement des ressortissants japonais, ou d’origine japonaise.

    En refermant le livre, on se sent proche de Makyo, Hishiro, Urako ; on les imagine, et cette page d’Histoire mal connue s’éclaire…..

     

     

    MCD


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