• LA POLITIQUE DU HARCÈLEMENT

    Les femmes font sans cesse l’objet d’injonctions contradictoires. Ces injonctions peuvent varier d’une époque à l’autre ; d’une culture à l’autre.

     Or, le harcèlement est justement caractérisé par une série d’injonctions contradictoires impossibles à satisfaire, qui mettent en situation de stress.

    Les femmes seraient elles harcelées en permanence ?

    Récemment aux Etats-Unis, a été ré-affirmée l’interdiction pour les femmes d’assister bras nus aux séances de la Chambre des Représentants.

    Pendant ce temps, en France, certains édiles persistent à braver le Conseil d’Etat pour empêcher les femmes qui le souhaitent de venir à la plage habillées.

    Et dans le même temps, des Algériennes ont  revendiqué de pouvoir se baigner en bikini sans subir l’opprobre et les persécutions des hommes.

    Avant d’être relaxées par le tribunal sous la pression de groupes féministes, les FEMEN ont été inculpées d’exhibition sexuelle juste parce qu’elles avaient manifesté (comme de coutume) seins nus.

    Parallèlement, la pornographie et la publicité montrent sans cesse des morceaux de corps de femmes dénudés et chosifiés. Mais lorsque ces mêmes groupes protestent contre ces images, ils sont traités de « puritains ».

    On encourage l’allaitement maternel, mais beaucoup sont encore choqués si une femme allaite en public. C’est bien dans les fantasmes des hommes que les seins sont érotisés, et perdent leur fonction d’organe de nourrissage des nouveaux nés

    La liste des injonctions contradictoires reçues serait longue et fastidieuse..

     

    L’auteure Geneviève Fraisse, historienne de la pensée féministe, nous donne une piste d’ explication.

     Partant des théories de l’anthropologue Lévi-Strauss selon lesquelles les femmes auraient été dans de nombreuses ethnies une monnaie d’échange, elle pense que les femmes sont plus que cela :un MOYEN d’échange, un signifiant ; le discours sur elles étant pour les hommes une façon de se dire quelque chose ENTRE EUX.

    Mais les femmes ne sont pas censées exister par elles mêmes. Jamais.

    Cela semble exact si on considère la récente obsession du couvrir/découvrir les femmes à la fois en Orient et en Occident. Serait ce une balle que se renvoient les sociétés à domination masculine (à des degrés divers, visible ou camouflée) exprimant par des oukases sur les codes vestimentaires féminins des formes de pouvoir : colonialiste(France, Belgique) ; anti-impérialiste et nationaliste(Iran, Algérie) ; tribal(Arabie Saoudite) ?

    Il circule quelque chose du discours politique au travers de prétextes idéologiques/et/ou religieux divers et variés, assignant à « LA » femme une apparence précise, icône de la République ou symbole d’une pureté identitaire fantasmée.

    Où est donc notre propre , notre véritable image ? Multiple et insaisissable, elle fait si peur qu’il faut vite la faire disparaître….

    Pour les dictateurs Argentins les femmes de gauche, les femmes « révolutionnaires » qui luttaient pour une vie plus juste pour tous, n’étaient que des putains et il était justifié de les tuer et de leur enlever leurs enfants. L’Iran a exalté les femmes révolutionnaires en tchador, « gardiennes » d’un ordre social nouveau, qui leur a peu à peu ôté beaucoup de droits

     fondamentaux.

    Toutes les représentations qu’on nous somme d’intégrer sont masculines. Nous en écarter pour être enfin nous mêmes sera un long combat. Depuis « On ne nait pas femme, on le devient » de S. de Beauvoir, le questionnement n’a pas cessé. Et le harcèlement pour que nous abdiquions notre intelligence et notre esprit critique persiste, voilant d’un écran de fumée les raisons qui feraient qu’une même attitude serait licite ici, illicite ailleurs…

     

    Les magasines féminins européens et occidentaux sont particulièrement emblématiques  des injonctions faites aux femmes : amantes la nuit ; épouses, mères et ménagères le soir et le week-end, travailleuses dans la journée. 70 heures de travail par semaine au bas mot, avec obligation de jeunesse éternelle, de jouissance obligatoire pour satisfaire l’égo  masculin ; sans oublier la rentabilité économique pour payer les crédits du foyer…

    Ces hebdomadaires sont de véritables manuels de soumission. Une soumission qui se transforme avec les époques, mais elle paraît n’avoir jamais été si complète.

    Dans les années 50-75, selon les classes sociales ciblées, ils étaient remplis d’images de mode, de recettes de cuisine ou de beauté.  L’objectif étant toujours de « garder » à tout prix un homme intrinsèquement volage. ( qu’on se souvienne de l’ironique chanson de J. Gréco : celles là auront appris/la cuisine/qui retient les petits maris/ qui s’débinent).

    L’objectif est toujours identique, mais une partie des recettes sont à présent des recettes de sexe. Les besoins affirmés des hommes ont varié ; c’est ce que ces manuels de dressage sont chargés de bien faire comprendre aux lectrices. Le rôle des femmes n’est que l’adaptabilité aux besoins masculins, pas à leurs besoins propres.

    Ces dernières années, en feuilletant quelques uns des magasines plus populaires, j’ai pu lire des phrases comme : »Négociez du fast-sex une fois par semaine ( !) » ou «  La fellation est maintenant le passage obligé de toute relation », extraits que je vous livre sans commentaires.

    Les femmes qui lisent cela se croient elles « libérées » ? Il n’est pas question de sexualité épanouie mais de service sexuel.

    Cependant la mystification fonctionne. Il est risible de voir les lectrices des mêmes magasines  s’insurger contre certains codes vestimentaires-dans les pays démocratiques- et les déclarer marque intolérable de soumission aux hommes, comme si les femmes de culture occidentale n’étaient soumises à rien !! Elles le sont AUTREMENT. C’est tout.

    Donner des recettes de sexe pour satisfaire le mâle est pire que donner des recettes de cuisine, car l’intégrité du corps est atteinte. Les deux phrases citées plus haut signifient : « laissez vous violer, vous aurez la paix ». Ni plus ni moins. Mais les pages sont saupoudrées d’articles sur l’excision  en Afrique ou le système de dot en Inde, pour bien montrer que les aliénées, ce sont les autres…L’auteure égyptienne Nawal  El Sadaoui évoquait d’ailleurs « l’excision mentale des femmes occidentales », c’est à dire leur incapacité à définir leurs besoins et désirs  propres et de les satisfaire

    Nous sommes toutes égales devant l’adaptabilité forcée aux besoins d’une catégorie d’hommes qu’on nous impose : avoir une femme « sexy »/ ou invisible aux autres ; pour soi tout seul /ou vendable à d’autres.

    Nous sommes toutes encore des marionnettes. Nous aurons à nous transformer en guerrières pour imposer à notre tour d’être des sujets pensants parlants, autonomes ; et non des instruments.

    Certains hommes sont à nos côtés, mais si peu nombreux…

     

    Michelle C. DROUAULT


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