•  

     

    Un récent reportage intitulé « Femmes invisibles, femmes de la rue », évoquait la vie éprouvante des femmes sans domicile dans les grandes villes, de plus en plus nombreuses.

     

    Ce qui frappe, c’est ce paradoxe : la violence familiale est souvent ce qui a conduit ces femmes à la rue ; et c’est un lieu où elles doivent encore redouter la violence.

     

    C’est à dire que pour les femmes il n’existe pas d’« endroit où reposer sa tête », la violence est partout , à l’intérieur/à l’extérieur et semble douloureusement inhérente à la condition de femme.(alors que pour un homme elle est affaire de situation)

     

    Pour éviter les agressions ou les mauvaises rencontres, certaines femmes marchent plusieurs heures par nuit, et ne se laissent aller à dormir que dans la sécurité de centres d’accueil de jour.

     

    Plusieurs d’entre elles disent avoir perdu la garde de leurs enfants, et être empêchées de les voir par leur père. Certains diront que les problèmes d’alcoolisme ou de drogue ne facilitent pas les relations parentales, mais est il possible de « tenir » dans la rue sans stimulants pour vaincre le froid et l’angoisse ?

     

    On les voit mendier-et il faut énormément de courage pour mendier- s’offrir le répit d’une douche ou d’une halte dans un dispensaire.

     

    L’état des pieds des personnes à la rue est toujours dramatique. Une collègue avait un jour accompagné un homme à la rue dans un dispensaire où on a découvert que le tissus de ses chaussettes incrusté dans la chair  avait causé une infection. « Ce sont les pieds qui voyagent » dit pudiquement une dame en errance.

     

    Cela fait plus de 10 ans que le « 115 », numéro permettant d’avoir une place d’hébergement pour la nuit, est perpétuellement saturé, et dysfonctionne.

     

    Alors dans les villes, les sans domicile se font toutes petites, se glissant dans les garages, les halls, d’où il faut décamper dés les premières lueurs de l’aube.

     

    Certaines femmes vivant dans des locaux de fortune, voiture ou baraquement, ont un emploi. Leurs collègues ignorent leur situation dont elles ont honte. D’autres encore ont été enceintes et à la rue.

     

    Pourtant AUCUN candidat à l’élection présidentielle ne prévoit de programme visant à éradiquer les violences familiales et les violences sociales dont sont victimes les femmes, et qui sont étroitement liées. Aucune ambition n’est affichée dans ce sens.

     

    Quelle est l’espérance de vie des femmes en errance et en souffrance ?

     

    Combien sont elles à accepter de guerre lasse un hébergement contre des relations non consenties, et à disparaitre ainsi des regards ? A finir sous la coupe d’un proxénète ?

     

    Ces interrogations sont laissées aux bons soins des associations caritatives, que la société tolère du moment qu’elles n’affirment pas l’égalité de tout être humain devant le besoin, et qui évitent de facto des troubles et revendications sociales trop importants.

     

    Pendant que media et réseaux sociaux s’alarment de l’invisibilité des femmes sur un catalogue d’IKEA, nul n’entend les voix des femmes de la rue. Elles ne votent en général pas, et qui dit sans domicile veut souvent dire sans domiciliation, donc sans aides ni minima sociaux.

     

    Lorsque des films de fiction parlent du drame de la rue, ils mettent en scène des hommes, double invisibilité.

     

    « Ne lâchons rien »disait l’Abbé Pierre. N’abdiquons pas notre capacité d’indignation et d’interpellation.

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     


    votre commentaire
  •  

     L’Eglise catholique nous fait honte. Elle défend en ce moment le mensonge et la manipulation.

    J’ai nommé les sites anti-IVG qui se font passer pour des sites officiels d’information, et trompent des femmes et des jeunes filles déjà aux prises avec une décision difficile.

    Dans une société démocratique, chacun est libre d’être pour ou contre l’interruption de grossesse pour soi même, et d’exprimer son opinion.

    Mais la lâcheté qui consiste à avancer masqué et à ne pas afficher ses opinions pour tromper les femmes et les empêcher d’avoir recours à une IVG tant elles deviennent inquiètes et terrorisées par les fausses informations qui leur sont données, doit être sévèrement condamnée.

    Les femmes journalistes ou élues (Aurore Bergé, députée LR, entre autres) qui ont « testé » ivg.net sont formelles : aucun véritable soutien n’est proposé ; aucune information médicale fondée n’est fournie. Seules sont énoncés des constats fantaisistes et lapidaires (ex : « les couples ne s’en remettent pas »).

    Par ailleurs, il semble qu’un « hameçonnage »  soit pratiqué pour obtenir les coordonnées des appelantes. La plupart des femmes croient de bonne foi avoir à faire à une organisation officielle. (il y a un numéro vert)

    C’est uniquement CE DÉLIT DE TROMPERIE qui est en cause. Pas autre chose.

    Il est justement nommé « délit d’entrave à l’IVG ».

    Aucune censure n’est exercée sur des sites qui annonceraient clairement que l’IVG ne leur paraît pas toujours une bonne solution et qu’il existe des alternatives.

    La Conférence des Evêques de France prend les femmes pour des idiotes qu’il convient d’influencer par de semblables supercheries.

    Si débat il doit y avoir sur l’IVG, ce n’est certainement pas à des hommes célibataires et sans responsabilités de l’initier, mais aux femmes elles mêmes.

    Nous attendons la CEF sur la véritable défense des faibles : les enfants d’Alep ; les enfants victimes « collatérales » des violences conjugales (73 enfants orphelins de mère ; 35 tués avec leur mère …).

    Nous souhaitons qu’elle remplisse les églises par un message de confiance ; et pas qu’elle les vide par de tels agissements indignes de chrétiens.

     

    Michelle. C. DROUAULT


    votre commentaire
  •  

     

    En Septembre dernier, les internautes norvégiens ont pu découvrir un blog bien insolite :

    Tout en rose et blanc, c’est celui de THÉA, 12 ans, qui annonce « Je m’appelle Théa, j’ai douze ans, et je vais me marier dans un mois ! »

    Suivent des photos des préparatifs, qui semblent amuser et émerveiller l’héroïne : bague de fiançailles, alliance, bijoux, maquillage, essayages de la robe de mariée, faire parts….c’est là que le malaise s’installe : le futur marié, GEIR, est âgé de 37 ans, et Théa ne le connaît pas, elle ne l’a encore jamais rencontré ; elle a juste vu des photos.

    Entre les pages euphoriques, se glissent des questions inquiétantes : Théa n’aura plus besoin d’aller à l’école, ni de travailler plus tard : son mari gagne assez d’argent pour deux….bien sûr, elle devra dormir avec lui : devra-t-elle avoir des relations sexuelles avec lui ?.. pour le moment, elle dort avec une peluche !.Suit le catalogue de lingerie « sexy » pour la nuit de noces, que la jeune fille dit consulter, et nous voilà de plus en plus mal à l’aise.

    Enfin, voici la vidéo du mariage à l’église. La petite mariée de douze ans entre, tremblante, seule dans l’église où son mari l’attend à côté du prêtre.

    Mais au dernier moment, lorsque celui-ci lui demande si elle veut bien prendre pour époux Geir, Théa secoue la tête et répond : « Non ! »

     La caméra se dirige alors vers l’assistance : des manifestants brandissent des pancartes »NON AUX MARIAGES FORCÉS ! » : Il s’agit d’un vrai-faux mariage.

     Les fiancés sont en fait une apprentie comédienne et un membre d’une ONG, qui ont accepté de jouer le jeu pour mobiliser le public. Car tant que la supercherie n’était pas découverte, les norvégiens se sont réellement mobilisés pour arrêter ce mariage ; un hash tag « stop the wedding » s’était même créé.

    Cette campagne intervient après le court film réalisé par Lisa Azuelos  à l’occasion du 8 Mars 2014 :« 14 millions de cris ».

     Julie Gayet y joue un rôle peu gratifiant : celui de la mère d’une petite française de douze ans Emma, qui rentre de l’école pour être mariée contre son gré à un sexagénaire, avec la complicité de tous les invités. Le film s’achève dans l’horreur d’un viol qu’on devine.

    Selon le Fonds des Nations Unies pour la population, ce sont en effet 14, 2 millions de jeunes filles par an qui sont mariées de force avant leurs 18 ans dans le monde.

     

    Fallait il montrer des fillettes occidentales pour être sûrs de sensibiliser le public européen à la réalité que recouvrent les mariages forcés en Afrique du Nord, de l’Ouest, au Moyen Orient … ? Oui, disent les militants ; tant que cela se passe ailleurs, on se réfugie derrière la « culture », la « différence », pour ne pas voir que des fillettes ne sont pas des femmes.

    Elles peuvent être biologiquement pubères, mais n’ont ni la capacité physique, ni la capacité psychique de supporter des relations sexuelles, dont elles ignorent tout et qu’elles ne désirent pas, et des grossesses, qui meurtrissent leurs corps ou peuvent les conduire à la mort.

    Au Yémen, une fillette de douze ans enceinte est morte après trois jours de travail et de douleurs, faute de prise en charge par des personnes compétentes.

    Non, un tel subterfuge n’était pas nécessaire, répondent d’autres personnes : notre capacité d’identification est elle si faible ?

    Les mariages forcés existent aussi en Europe. Ils concernent des filles majeures ou mineures, et ont lieu sur le territoire des pays européens, ou dans le pays d’origine.

    La fondation suisse « SURGIR » a recensé en 2006 1700 mariages forcés sur le territoire helvétique. (Source : journal »Le Temps » du 17/ 12/ 06) Certaines jeunes filles avaient la nationalité suisse, et appartenaient à la deuxième génération de migrants.*

     1/3 avaient entre 13 et 18 ans, 2/3 entre 18 et 30 ans. Seules 6 d’entre elles ont accepté de témoigner. Les services judiciaires et sociaux semblent s’être trouvés démunis devant ce phénomène, dont ils n’avaient mesuré ni l’ampleur, ni les rouages. Ils ont tenté d’établir la frontière difficile entre mariage arrangé et forcé.

     La conclusion qui s’est imposée est qu’un mariage forcé est un mariage auquel il est impossible d’échapper.

    Certains hommes subissent aussi des mariages arrangés sous pression, mais les conséquences sur leur santé, leur corps et leur psychisme sont moins dramatiques. Même lorsqu’un mariage forcé n’a finalement pas lieu, le stress émotionnel encouru par la victime est immense, car elle a eu peur pour son intégrité physique.

    Nous avons visionné et lu beaucoup d’enquêtes sur les mariages forcés, après avoir reçu dans un cadre professionnel nombre de femmes et de jeunes filles concernées.

    Ces mariages ne peuvent se produire que dans un contexte de total manque d’autonomie des filles ainsi fiancées. Quel que soit leur milieu de vie, elles sont conditionnées à ne pas prendre de décisions pour elles mêmes, à ne pas élaborer de projet de vie personnel, à obéir.

    Celles qui ont la force de se rebeller sont menacées de mort par leur père, leur frère, leur oncle. Ce sont les hommes de la famille qui semblent avoir intérêt à ces mariages. Ils sont souvent conclus pour honorer une dette, financière ou morale.

    En Europe, les hommes n’ont aucune hésitation à essayer de venir retrouver et harceler les filles dans les structures d’accueil où les dirigent les services sociaux.

    Les fiancées contraintes peuvent être originaires d’ex-Yougoslavie, de Roumanie, de Lituanie, de Turquie.

    Les parents peuvent « jouer le jeu » de la scolarité obligatoire, ou de l’âge légal du mariage à la majorité comme en France, mais c’est uniquement un minimum, honoré par peur de représailles des pouvoirs publics.

    Alors, est ce vraiment si éloigné ?

     

    Contrairement à ce que croit l’opinion publique, la religion n’a pas grand chose à voir avec les mariages forcés.* Il s’agit de TRADITIONS, extrêmement anciennes, parfois ante-islamiques ou chrétiennes, mais qui perdurent car elles maintiennent la domination masculine.

    Même quand ils sont interdits par la loi, ces mariages persistent.

    En Ethiopie, des chrétiens marient leurs filles dés quatorze ans.

    Au Kyrgyztan, ancienne république soviétique, la pratique des enlèvements et kidnappings pour épouser une fille, vient de la tribu des Manas.

     Elle a fait un retour en fanfare après la chute du communisme. Le Kyrgyztan est musulman, et les imams disent eux mêmes que ces mœurs violent l’Islam, et violent la loi. (ce serait pour enrayer ce genre de pratique que le Prophète aurait réglementé le mariage) Beaucoup de jeunes femmes ainsi mariées se suicident. Mais on ne parvient pas à éradiquer cette coutume.

    La situation est plus complexe qu’il n’y paraît : il s’agit souvent d’une mise en scène, où chacun tremble de ne pas assumer son rôle : la jeune fille sait très bien qui va venir l’enlever, et quel jour ; la fête est déjà préparée chez les parents du garçon. Mais il y va de son honneur, de sa réputation de « pureté » de se débattre et de crier, de refuser plusieurs fois de mettre le foulard de mariée que lui passe sa belle-mère, pour finir par céder. De même , le garçon a peur que les camarades qui procèdent à l’enlèvement pour lui ne soient trop violents.

    Personne n’est heureux, mais on se cramponne à cette tradition.

    Enfin, en Inde, les mariages d’enfants sont illégaux, mais ils continuent. La police peut intervenir, mais si elle le fait, les familles ont stigmatisées pour plusieurs générations.

     C’est également ce qu’expliquent des policiers afghans ; est ce la solution, demandent ils ? (reportage du « National Geographic » par Stéphanie Sinclair et Cynthia Gowney)

     

    Changer les mentalités est très long, cependant des millions de fillettes et de jeunes filles sont exclues par un mariage précoce de l’éducation et du savoir, de l’autonomie et de la possibilité d’un métier.

    Il s’agit d’un cercle vicieux : en raison de ces mariages précoces, il n’existe pas de professeures femmes qui puissent assurer l’enseignement dans certaines régions, aussi les filles ne vont pas à l’école. Et leur seul avenir est le mariage.

    Des campagnes audio visuelles comme celles que nous avons citées sont nécessaires pour que le monde entier comprenne que les femmes ne sont pas des sous-êtres humains, et qu’elles ont droit à l’enfance.

     

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

    2 liens :

    http://theasbryllup.blogg.no

    http://www.lepoint.fr/culture/video-julie-gayet-dans-un-film-bouleversant-pour-la-journee-de-la-femme-07-03-2014-1798566_3.php

     

     

    Notes

     *1 les mariages de mineures étaient coutumiers, et avaient été conclus hors territoire suisse, à l’occasion de vacances. Néanmoins, la victime était obligée de cohabiter avec son « époux », le mariage civil étant prévu à sa majorité.

     

    *2

     

    certains théoriciens d’un Islam fondamentaliste mettent en avant le mariage du Prophète avec Aïcha, qui n’aurait eu que 9 ans…..mais aussi celui du même Prophète avec Khadidja, qui avait 15 ans de plus que lui ; pour dire que le mariage ne doit pas connaitre de limites d’âge.


    votre commentaire
  • Les pressions idéologiques en faveur de la gestation pour autrui demeurent fréquentes, et répétées depuis presque une décennie.

    Elles visent à la manipulation d’une opinion publique souvent prête à réagir de façon passionnelle, et impulsivement compassionnelle.

    Les arguments mis en avant sont toujours les mêmes : la détresse des couples stériles, et « l’amour » qui serait le moteur de la décision de devenir mère de substitution.

    Ces propos ne résistent pas à la plus simple analyse.

    Si la détresse des couples stériles est bien réelle, elle ne peut en aucun cas justifier d’infliger volontairement de la souffrance à autrui pour y mettre fin.

    Myriam Szejer* et Jean Pierre Winter, pédopsychiatres et psychanalystes, ont fondé « La cause des bébés », une association pluridisciplinaire qui milite pour « l’éthique du sujet-bébé ».

    Dans une réflexion très rigoureuse parue sous forme d’article dans la revue « Etudes » de Mai 2009, ils détaillent la souffrance et les dommages que la maternité « de substitution » « inflige tant au bébé qu’à celle qui le porte.

    Le fœtus, observe le Dr Szejer, se soucie peu des gamètes, et ce n’est pas elles qu’il reconnaît ! Les parents génétiques sont pour lui des étrangers.

    L’arracher à sa naissance à l’univers de perceptions sensorielles qu’il éprouve depuis le 5ème  mois de grossesse (voix, bruits), bref à l’ambiance familiale de sa vie anténatale, constitue pour lui « un véritable chaos », et une » rupture dévastatrice » avec ce qui permet à un nouveau-né de se repérer dans les premiers moments de sa vie.

    Il faut en mesurer les conséquences.

    Comment, demande-t-elle, les médecins, qui savent tout cela, et ont mis en place tout ce que nous avons cité dans l’article précédent : « peau à peau », « unités kangourous » mère/enfant, pour améliorer le pronostic de survie des prématurés et bébés fragiles, etc… comment certains d’entre eux peuvent-ils apporter leur caution au système des mères porteuses ?

    Prescrire des « abandons sur ordonnance » alors que toutes les recherches sur le psychisme infantile sont unanimes sur le préjudice d’une séparation mère/nouveau-né ?

    Par un processus bien connu, répond le Dr JP Winter : la dénégation.

    La dénégation vient de ceux qui ont intérêt à ce procédé, et retournent en boomerang la violence qu’il implique pour se positionner eux (ou ceux pour qui ils œuvrent) en victimes souffrantes.

    C’est une manipulation mentale bien connue, fort semblable à celle diffusée par les masculinistes concernant les « droits des pères ». La souffrance des enfants y est niée pour mettre en avant celle (réelle ou supposée) des pères, et les droits des enfants se confondent avec ceux des pères ; ce ne sont plus des droits autonomes de sujets.

    Il s’agit d’une régression terrible sur la conception de l’enfance. On a longtemps considéré à tort que les nourrissons ne ressentaient pas de souffrance physique, et qu’on pouvait les opérer sans anesthésie ( !) ; on entend fermer à présent les yeux sur leurs souffrances psychiques et sensorielles, dans le simple but de légitimer une pratique. Il est vrai que le bébé, ici objet de contrat et « produit », n’a pas droit à être sujet pensant….

    Le Dr Winter a été amené à assurer le soutien psychologique d’une mère de substitution.

    En France, le stratagème est simple, et utilisé depuis longtemps, sans que des contrôles suffisants soient effectués pour débusquer ces situations : les parents « génétiques » font pratiquer une FIV à l’étranger, où la mère de substitution se fait inséminer avec l’embryon du couple ; puis elle accouche sous X dans un hôpital français, et le père génétique reconnaît l’enfant.

    Comment, interroge t-il, une femme enceinte d’un enfant peut elle dire que cela ne la fait pas souffrir de l’abandonner à la naissance ?

    En clair, avons nous ici abandonné tout bon sens, et tout sens de l’humain ?

    Comment peut se sentir une femme contrainte de ne pas s’attacher à l’enfant qu’elle porte, quel est ce « déni de grossesse » volontaire ?

    Il est bien étrange qu’une société qui juge à son de trompe les mères en déni involontaire de grossesse par maladie psychique, et s’indigne (à juste titre) du sort des « bébés congelés », soit prête à allègrement prescrire des situations de déni, également sur ordonnance….

    On objectera que jadis, les mères peu certaines de la survie de leur enfant évitaient de trop s’y attacher ; et qu’ils étaient, pendant une longue période (du XVII au XIXème siècle) envoyés en nourrice sitôt après leur baptême.(voir notre article « pères nourriciers ») Certes. Mais revenir à l’équivalent de ces pratiques supposerait, en toute contradiction avec les affirmations précédentes, faire fi des progrès des sciences humaines !

     

    La mère de substitution suivie par le Dr Winter correspondait à tous les critères définis par les partisans de la pratique de la GPA : mariée, déjà mère de plusieurs enfants.

    Elle n’a pas été rémunérée, mais indemnisée.

    Cependant, le praticien souligne qu’il s’agit d’une femme fragile, au passé douloureux, qui s’est laissée attendrir par un couple stérile rencontré sur internet.

    Il évoque le risque que les candidates soient effectivement des femmes qui rejouent inconsciemment par là des maltraitances ou des ruptures infantiles.**

    Les complications sont survenues dés le 6ème  mois, et peu à peu, la mère porteuse a vu ce couple de parents d’intention « souffrant », changer de visage, et ne manifester aucune compassion pour ses difficultés (alitement, souci de garde d’enfants), pour devenir, après la naissance par césarienne, carrément arrogant et envahissant. ( Ce type de comportement a été relaté plusieurs fois aux USA par des mères de substitution qui avaient fini par changer d’avis devant l’emprise tyrannique des parents génétiques sur leur vie familiale)

    La mère porteuse et son mari se sont retrouvés dans une grande souffrance, traitée avec indifférence et désinvolture ; la mère s’était malgré elle attachée au bébé. Mais lorsqu’elle a voulu en demander des nouvelles, les parents « génétiques » sont devenus menaçants.

    Le psychanalyste nous laisse comprendre que la famille de la mère gestatrice mettra du temps à se remettre, ( si cette blessure se referme jamais !) malgré un soutien thérapeutique.

    « J’ai été prise pour un sac », a dit cette femme.

    Voilà à quelle réalité se heurte « l’amour », par lequel on appâte des femmes fragiles, soit par leur situation matérielle, soit par leur situation psychique. Il existe toujours une vulnérabilité.

    N’hésitons pas à dire qu’il s’agit d’un rapport de classe. La pratique des nourrices mercenaires à domicile au XIXème  siècle a été dénoncée comme telle : les bourgeois fermaient les yeux sur le fait que la nourrice devait délaisser son propre enfant pour venir s’occuper en ville d’un enfant de classe aisée que sa mère ne voulait pas allaiter (certains époux l’interdisaient à leur femme).

    Pour les dominants et les commanditaires, peu importent donc les souffrances infligées, du moment que le produit leur est livré. En cela nous pouvons partiellement donner raison à Pierre Bergé (voir 2nde partie) sur un point : les patrons d’usine des siècles précédents ne raisonnaient pas autrement(et ils continuent en Asie et ailleurs).

     

    A la lumière de ces problématiques, il paraît nécessaire de poser la question : qu’est-ce que le désir d’enfant ? Qu’est-ce que le désir d’élever des enfants ?

    Il convient de distinguer le désir de se reproduire, que l’espèce humaine a appris à canaliser pour progressivement maîtriser sa fécondité de manière acceptable, du désir d’avoir des descendants ; et de celui de vivre avec des enfants, et de les aider à grandir.

    Le désir de se reproduire est distinct de l’acte sexuel, et de l’orientation sexuelle.

    Parfois, certaines femmes ressentent une envie très puissante, et très récurrente d’être enceinte, tout le temps de leur jeunesse. Cela ne veut pas dire qu’elles mettent ce désir à exécution, ni qu’elles se retrouvent enceintes tous les ans ! Elles ont assez de raison pour avoir les enfants qu’elles peuvent assumer.

    Le désir de se reproduire implique aussi quelque chose de plus noble, partagé par une majorité d’êtres humains , hommes et femmes : la volonté et le souhait de transmettre un savoir, une terre, un espoir, une foi, des valeurs ; bref la volonté de survivre à sa propre mort par le biais de ses descendants.

    Ce moteur universel est cependant différent selon les époques et les cultures.***

    Il faut y joindre le désir de prolonger l’amour conjugal : donner vie à son amour. Une notion très contemporaine.

    Enfin, il y a le désir de vivre en compagnie d’enfants, et de participer à leur développement.

    Il y a peu de temps que ces trois désirs bien distincts sont censés être condensés dans un terme fourre-tout, le « désir d’enfant ».

    Jusqu’au XVIIIème siècle, la reproduction « animale » était involontaire, et souvent un fardeau pesant et menaçant pour les femmes. Et la volonté de transmettre un domaine ou une charge était plus exacerbée chez les possédants. Quant au désir de la compagnie des enfants, son couplage avec le fait d’être parents est extrêmement moderne : aristocrates et bourgeois ; artisans aisés, n’élevaient pratiquement pas leurs enfants, qui allaient de nourrice en pension, d’apprentissage éloigné en corps d’armée (voir l’article : « Enfances et Famille, des représentations relatives »). Par contre, l’autorité parentale, souvent tyrannique et arbitraire, demeurait indiscutée. De nos jours encore, les nombreuses « nounous »  qui élèvent les enfants des parents de profession libérale ou aisés, montrent la dissociation qui existe entre être parent, et vouloir se charger d’un enfant ou de plusieurs 24h/24. Le désir affiché de la compagnie et de l’éducation des enfants semble plutôt être l’apanage des enseignant-es et éducateur-trices. Qui ne souhaitent pas toujours avoir des enfants à eux….

    Mais plus on descend dans l’échelle sociale, plus l’obligation d’être parent, et surtout d’être mère- de surcroit, une « bonne » mère- se fait absolue.

    Depuis le milieu du XXème siècle, cette obligation a pour les femmes le poids d’une charge écrasante qu’elles assument quasiment seules : la famille élargie a peu à peu disparu, et la participation des pères reste facultative.

    Il semble qu’être mère soit devenu la seule identité constitutive d’une femme.

    Naturellement, plus l’investissement professionnel d’une femme est faible, moins son poste est gratifiant, plus cela est prégnant.

    Néanmoins, le modèle idéologique moderne de la femme « épanouie » « réalisée », est celui d’une femme qui est parvenue à « tout concilier » : carrière, enfants, couple uni….

    Constater que les femmes ne concilient rien, si ce n’est au prix d’une intense fatigue et d’une discrimination stagnante dans le monde du travail, serait l’objet d’un autre débat.

    Pour le moment, interrogeons nous sur l’axiome répété par les partisans de la GPA, à savoir que les mères porteuses vont permettre à d’autres femmes d’enfin « donner un sens à leur vie ».

    C’est un retour à une idéologie issue du XIXème siècle patriarcal et occidental, afin de faire rentrer les femmes à la maison, et de les écarter des études et du marché du travail (du moins celles qui ne pouvaient être exploitées dans l’industrie et les services !) : une femme n’en est une qu’à la condition d’être mère, état qui doit remplir toute sa vie.

    Le « progrès » tant vanté auquel nous ne pouvons pas nous soustraire, est au contraire un rétropédalage idéologique inquiétant.

    On comprend alors l’acharnement des femmes dont le couple est stérile à procréer à n’importe quel prix, si hors de cela, leur vie est réputée sans valeur. A leurs yeux, à ceux de leur conjoint, et de la société.

    Etre mère est une part de la vie d’une femme, cela ne la définit pas.

    Mais pourquoi l’adoption est elle si peu plébiscitée ?

    Jean Pierre Rosenczveig, magistrat, président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, donne sur son blog une hypothèse d’explication :

    Quinze mille demandes d’adoption ont été enregistrées dans l’année par les Conseils Généraux.

    Or 2300 enfants seulement sont adoptables, c’est à dire pupilles de l’Etat.

    On ne peut que s’en réjouir : ils étaient 20 000 en 1980.

    Cependant, dit-il, la majorité des candidats à l’adoption veut un bébé de 3 mois environ, de type européen, en bonne santé.

    Et les enfants adoptables sont âgés de 7 à 9 ans, souvent de couleur, souvent handicapés, et beaucoup sont en fratrie.

    Certains, ajoutons-le, ne sont adoptables qu’en « adoption simple », c’est à dire qu’ils gardent leur nom, et un lien avec leurs parents de naissance.

    Devant ce décalage, il évoque le « déphasage » des candidats, qui se tournent alors vers l’adoption internationale, ou….la GPA, alors qu’ils savent se trouver en pleine illégalité !

    A ce propos, le magistrat exprime son exaspération*° devant le tapage médiatique de la poignée de personnes aspirant à « avoir » un enfant coûte que coûte, alors que la loi sur la famille devrait avant tout viser à résoudre les difficultés communes de millions d’enfants (le statut du beau-parent, entre autres).

    Adopter un enfant qui a une histoire de plusieurs années n’est pas simple. Cet enfant a eu en général un parcours difficile : deuil, maltraitance, violence, incarcération ou maladie incurable des parents, placements multiples, scolarisation décousue ou peu valorisée…Il peut avoir été confié pour adoption en raison d’un handicap, et en garder la blessure inconsciente.

    Elever un tel enfant, avec parfois ses frère et sœurs, demande de l’abnégation, de la solidité, et du soutien, familial et psychologique, voire spirituel.

    Ne sommes-nous pas en train d’assister à l’obsession de l’enfant parfait, de l’enfant rêvé ?

    Mais surtout, à la victoire d’un narcissisme exacerbé : l’enfant parfait ne peut venir que des gênes, des gamètes, transmises ou choisies par les parents ; et il doit socialement « donner l’illusion » d’un enfant conçu naturellement. C’est le triomphe d’un étrange biologisme ; de la notion archaïque de « la voix du sang », autre régression impliquée par la préférence de ces pratiques contestables à l’adoption.

    Nous pouvons poser la question : pourquoi toutes ces personnes « en mal d’enfant » ne s ‘occupent-elles pas pour commencer des enfants qui ont des parents en difficulté ?

    Ils et elles pourraient parrainer des enfants, devenir parents de villages d’enfants orphelins, bref donner de l’amour et de l’attention au grand nombre d’enfants sous le seuil de pauvreté (deux millions en France !) qui ont besoin de soutien sous diverses formes.

    Et si tout cet argent investi dans des GPA à l’étranger était utilisé à donner un toit décent à des enfants mal logés ? On peut toujours rêver….

    On pourrait imaginer aussi qu’il existe une « formation de parents adoptants », pour adapter les parents à la réalité des enfants adoptables, et les accompagner dans le deuil du poupon imaginaire qu’il leur faudra faire….

    S’il n’existe pas de « droit à l’enfant », il existe une « Convention des Droits de l’Enfant ».

    Offrir de l’équilibre, du bonheur et de l’éducation au maximum d’enfants qui peuplent déjà la planète devrait être une priorité, avant d’en fabriquer d’autres dans des laboratoires.

    Ceci bien sûr ne remet pas en question les FIV intra-conjugales de couples qui ont des difficultés à concevoir, je m’empresse de le préciser.

    Nous avons peu de recul : les enfants nés par GPA sont encore petits.

    Quels adolescents, quels adultes deviendront ils ? Les traumatismes de leur période néo-natale auront ils une répercussion sur leur devenir ? Comment assumeront-ils leur histoire ?

    Nous l’ignorons.

     

    Michelle C. DROUAULT

    (Avec mes remerciements renouvelés à B. de Dinechin)

     

    Notes :

     

    *Myriam Szejer est l’auteure, entre autres, de « Ces Neuf mois là », préfacés par le Pr René Fryman ; et de « le bébé et les ruptures ».

     

    ** C’est un fait que nous avons déjà constaté en tant que travailleur social chargée des entretiens en vue d’un recueil temporaire à l’Aide à L’Enfance, ou d’un consentement à l’adoption

     

    *** et il est encore teinté de nombreuses discriminations de genre, certaines fonctions ou héritages ne pouvant être laissés à une femme. A l’opposé certains savoir-faire artistiques ou médicinaux ne se transmettent que de grand mère à petite-fille, ou de mère en fille.

     

    *° « Parlez moi de moi, Y’a que moi qui m’intéresse » sur le blog de JP Rosenczveig.

     

     

     

     

     

     

     

     


    3 commentaires
  • Dans un de ses colloques , le professeur Jacques Testart, directeur honoraire de recherche à l’Inserm et scientifique, aborde la fuite en avant de ce qu’il appelle la « technoscience », et le manque de précaution et de réflexion qui prévaut , aussi bien dans ce qui touche à l’environnement qu’en matière de bioéthique.

    Il évoque (je cite) « l’escalade récente des propositions pour engendrer les enfants », et la confrontation de la bioéthique à la notion de « progrès » sans limites.

    Citant lui aussi la philosophe Sylviane Agacinski, et sa préconisation de la bioéthique comme une « autolimitation de la puissance », le scientifique reste néanmoins pessimiste.

    Il estime que la séduction du langage dont nous parlions précédemment finira sans doute par « éroder la violence initiale » (je cite) de techniques absolument surréalistes comme le clonage d’organes humains ; ou encore d’êtres humains. Dans cette fuite en avant, certains souhaitent des recherches dans ce sens, et le pire serait encore à venir…

     

    Lorsqu’on voit qu’une célèbre psychanalyste, qui a par ailleurs remarquablement analysé et démonté les motivations passionnelles et  anti-intellectuelles  de beaucoup de sympathisants des « Manif pour Tous », est favorable à la GPA au motif qu’ « il est illusoire de s’opposer au progrès de la science » ; et qu’un autre philosophe très médiatisé dont elle est pourtant une des plus farouches contradictrices**, clame que rien de ce qui est techniquement possible ne pose problème, et pourquoi pas un utérus artificiel ? … les bras vous en tombent, et nous avons de bonnes raisons d’être inquiet-es.

     

    Le professeur Testart pose une question essentielle : la médecine est elle bien dans son rôle quand elle participe à des montages comme l’AMP (assistance médicale à la procréation) ou éventuellement la  « gestation pour autrui » ? Y-a t- il maladie ? La stérilité est elle une maladie ou une incapacité ?

    Nous avons visionné un reportage sur l’IAD (insémination artificielle avec donneur) et les dons d’ovocytes en France. Une impression de malaise s’est dégagée pour nous à regarder ces entretiens où le médecin demande avec précision au « père social » la couleur de ses yeux, de ses cheveux, son groupe sanguin, son poids, sa taille, ses goûts…afin de choisir un donneur qui corresponde au plus près à ce tableau, et créer ainsi une parfaite supercherie organisée, puisque jusqu’à une date récente, on recommandait le secret aux parents d’enfants nés par IAD.

    Il arrive aussi que ce soit la mère qui ait un problème de stérilité, et doive faire appel à une donneuse ; l’ovocyte de la donneuse est alors fécondé avec le sperme du père ; mais ces cas sont plus rares.

    Et il nous est apparu  ce qui a également frappé le scientifique : C’EST AU MÉDECIN QU’APPARTIENT LE CHOIX DU DONNEUR OU DE LA DONNEUSE.

    Est il ou elle à sa place ? Quel pouvoir exorbitant est le sien de décider de la généalogie biologique d’êtres humains ! Et le praticien n’est il pas naturellement tenté de pratiquer une certaine forme d’eugénisme involontaire, c’est à dire d’attribuer ce qu’il y de « meilleur » à ces futurs parents ?

    Dans une récente interview télévisée, J. Testart a rappelé que si dans notre pays 2, 5% d’enfants naissaient par IAD, dans 25% des cas, la stérilité des parents n’était pas démontrée.

    Dans ces cas là, le médecin serait alors une sorte de démiurge qui prend en charge l’impatience ou les difficultés psychiques d’un couple (alors qu’il n’est pas psychiatre) pour les traiter par la satisfaction du désir. Est ce bien le fait du serment d’Hippocrate ?

    En ce qui concerne la GPA, le rôle du médecin est encore plus discutable : il met en relation, en vue d’un montage social, une femme dans le besoin et un couple hétérosexuel ou homosexuel. 70% des demandeurs de GPA aux Etats Unis sont des couples d’hommes.

    Ces hommes ne sont pas stériles. Mais il leur faut souvent « utiliser » deux femmes pour satisfaire leur fantasme et leur désir, une donneuse, et une mère porteuse.

    Dans son intervention, Testart accuse toutes ces pratiques d’ « installer durablement l’assistance médicale dans l‘univers marchand, pour la satisfaction d’intérêts particuliers ». (citation)

    Et en effet.

    Nous avons consulté les sites d’un organisme américain de « mères de substitution » qui fait là bas une grande publicité, et tente de s’implanter en Europe.

    Nous avons étudié les clauses de contrat, et la linguistique.

    Le langage est effectivement un langage commercial, émaillé de termes médicaux.

    Il y a le contrat lui même, les garanties, les tarifs.

    Les notes additionnelles sont assez symptomatiques des glissements sémantiques opérés pour une meilleure accroche : la mère de substitution n’est JAMAIS appelée « mère », mais seulement « surrogate », c’est à dire « substitut » en substantif. L’anglais étant neutre, cela peut être traduit littéralement par « le substitut », ou « votre substitut ». Il y a donc pour les parents une dépersonnalisation progressive de la mère porteuse au profit de la visibilité  unique des « parents d’intention ».

    Ceci s’adresse à eux.

    Le langage médical est assez cru et direct, mais il évite soigneusement toute personnalisation ou mention des êtres humains qui participent à l’opération :

    Je cite :

    « Pour un total de 33 750 $, et une garantie additionnelle de 5000 $* pour les frais d’agence, vous recevrez (qui est « vous » ? En fait, c’est la gestatrice qui reçoit , mais elle est gommée)

    soit 3 transferts de 2 embryons, soit frais, soit congelés ; ou des ovocytes fécondés ou congelés ; OU ENCORE 6 transferts d’1 embryon frais ou congelé, ou d’1 ovocyte fécondé et/ou congelé. Le premier transfert est toujours effectué avec des ovocytes frais provenant d’une donneuse contrôlée par un médecin. Si les parents d’intention n’ont pas de succès au premier essai, et qu’il reste des embryons congelés, ils peuvent utiliser les embryons qui leur sont médicalement recommandés. S’ils ne sont pas recommandés (on les a triés), ils peuvent essayer un nouveau cycle avec dix ovocytes, ou embryons congelés provenant d’une donneuse contrôlée ».

    Les termes « femme », mère », n’existent pas, il n’existe que des manipulations.

    Seuls les parents sont sujets, les donneuses et les porteuses sont objets, non nommées,

    in-nommables. Quant au terme « transfert », d’une terrible froideur technique, il nous a rappelé d’autres enrobages linguistiques de sinistre mémoire.* 1

    Les intermédiaires, qui ont pour FONCTION de produire ou de couver, sont totalement effacées, comme si l’intention était le seul moteur de l’action : ce sont les parents  qui reçoivent, font des tentatives et des essais, utilisent….On supprime ici la réalité humaine du don d’ovocyte et de l’insémination. Nous sommes dans le fantasmatique et l’illusion volontaire.

    Les donneuses d’ovocyte reçoivent souvent des traitements hormonaux pour produire plus d’ovocytes. Ces traitements ne sont pas anodins. Ils peuvent altérer les fonctions rénales, par exemple, qu’il faut surveiller attentivement, ou les fonctions hépatiques. Un don d’ovocyte est douloureux.  Une anesthésie locale peut être nécessaire. Il n’en est nulle part fait mention.

    Quant à l’insémination de la gestatrice, une fois que l’ovocyte de la donneuse a été fécondé avec le sperme du père, elle nécessite un examen gynécologique, et l’assurance que l’intéressée n’ait pas eu de rapports sexuels pendant au moins 72 H  avant l’opération.

    Ce n’est pas anodin non plus.

    Examinons ensuite les « frais payés à l’agence ». Le total estimé est de 88 610$*2

    Ils comprennent des examens médicaux (VIH), psychologiques, de la donneuse et de la gestatrice, et une recherche de casier judiciaire.

    Un don d’ovocyte est rémunéré 8000$,  frais d’agence 6500$

    Chaque « transfert » supplémentaire coute 500$,

    La gestatrice est rémunérée 22 500$ + 1200 de compensation de salaires+ 500 d’allocation de vêture+ 200$ par mois pour frais divers.

    Il existe environ 5000$ de frais d’avocats, 3500$ d’honoraires d’un travailleur social.

    L’agence empoche 41 410$.

    S’il ne s’agit pas d’une traite des femmes, what else ?

    Le fait qu’une assistante sociale soit prévue m’a interpellée. Que vient-t-elle faire là ? Quel est son rôle ? S’assurer que la mère porteuse ne s’attache pas à son bébé ? Ne refuse pas de le « remettre » ?

    Nous assistons à la dérive d’un dévoiement général de missions de service public (médecine, service social, assistance judiciaire) en direction d’intérêts particuliers.

    Quand tant de personnes renoncent à des soins, ont besoin d’une aide sociale personnalisée ou d’un avocat commis d’office, nous voici dans un libéralisme sauvage  qui estime que tout s’achète, et que tout doit être au service du marché.

     

    Mais l’embouteillage des tribunaux avec des affaires de mères porteuses a déjà commencé en Europe :

    La Cour de justice Européenne vient de refuser le congé de maternité à deux « mères commanditaires » (encore un terme intéressant) qui l’avaient demandé.

    En effet, et cela nous rassure, la Cour a estimé que c’est la femme qui porte le bébé et en accouche qui a droit au congé de maternité pour compenser la fatigue de cet état de fait.

    Par contre, les « mères commanditaires » peuvent demander à leur pays de résidence un congé d’adoption. Il est important de noter que la deuxième mère a fait état de sa malformation utérine comme d’un handicap et a évoqué une discrimination à son égard fondée sur le handicap, ce qui également été jugé non fondé.

    L’impossibilité de porter un enfant est certes une souffrance morale, ce n’est pas un handicap qui peut nuire à la carrière ou à la vie d’une personne.

     

    Dans une troisième partie, nous évoquerons le désir d’enfant/désir d’élever un enfant ; et les solutions alternatives raisonnables à l’impossibilité d’avoir un enfant par soi même.

     

    Michelle. C. DROUAULT

    ** p.1 :il s’agit de la controverse entre E. Roudinesco et Michel Onfray sur, entre autres, son ouvrage sur Freud

    ** p.2 : soit 24 258 euros et 3594 eur de garantie additionnelle

    * note 1  « réinstallation » pour déportation, entre autres…

    * note 2 =63 680 euros

    Liens : colloque de J. Testart : http://jacques.testart.free.fr/pdf/texte926.pdf 

     

     


    10 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique