• Deux faits récents ont attiré mon attention. Et m’ont plongée dans l’inquiétude la plus profonde sur l’avenir de notre pays.

     

     Dans la soirée du 10 Mars dernier, Benoit D, pisteur-secouriste dans le briançonnais, effectue une maraude avec un camarade du côté du col de Montgenèvre.

     

    Il neige. Il rencontre une famille de migrants : le père , la mère et deux enfants de 2 et 4 ans.

    Ils ont traversé à pied la frontière avec l’Italie, et sont gelés. Enceinte de 8 mois et demi et épuisée, la mère ne peut plus marcher. Elle a des contractions.

    Benoît D et son co-équipier proposent immédiatement de conduire la famille en voiture à l’hôpital le plus proche, afin que la dame soit prise en charge. Ils acceptent tout de suite.

    A 4 kms de Briançon, leur véhicule est stoppé par un barrage de la PAF(police de l’Air et des Frontières). Les secouristes expliquent qu’ils doivent conduire d’urgence la mère de famille à l’hôpital : les contractions ses sont rapprochées et elle ne va pas bien.

    Les policiers refusent de les laisser partir, pour contrôler l’identité de chacun, et évaluer la situation. La dame commence à se tordre de douleur sur le siège arrière, car visiblement l’accouchement s’annonce mal. Les enfants sont affolés et crient. Les secouristes insistent sans succès pour qu’on les laisse poursuivre leur route.

    Les policiers appellent les pompiers , qui mettront une heure à arriver ; un peu plus d’une demi heure d’après les policiers. Tout ce temps , la parturiente n’aura rien pour la soulager. Les secouristes ont été glacés par l’impassibilité des policiers face à ses cris de douleur et à la panique de sa famille.

    Conduite à l’hôpital par les pompiers, cette dame se verra pratiquer de justesse une césarienne.le bébé va bien. Mais c’est sur la demande expresse de l’hôpital que sa famille a pu la rejoindre : la PAF voulait garder le père et les enfants.

    Une semaine plus tard, Benoit D se voyait notifier une convocation judiciaire pour « aide au séjour irrégulier » d’étrangers sur le sol français. Il risque 5 ans de prison et 30 000 euros d’amende.

    Parallèlement la CIMADE a interpellé le Ministère de l’Intérieur sur la mise en danger de la vie d’une mère et de son nouveau-né par l’acharnement des contrôles de police.

     

     Six jours plus tard, le 16  mars vers 19 h,  16 cars de gendarmes et 50 gendarmes font irruption au domicile familial de Mme T, dans la Haute Loire, afin de lui enlever de force ses jumeaux de 3 ans pour les confier au père SANS QU’ IL EXISTE AUCUN CONTEXTE DE MALTRAITANCE, et contre l’avis des services sociaux, qui ont refusé de participer à cette intervention musclée. Ceci sur la foi d’un jugement étranger, et sans attendre le résultat d’une médiation internationale, prévu le 24 Mars.

     

    Les enfants n’avaient jamais quitté leur mère depuis leur naissance.

    Épouse d’un citoyen américain vivant en Irlande, Mme T l’avait quitté en 2016 avec ses enfants pour revenir vivre avec ses parents à L. Un contexte d’alcoolisme et de violence semble être à l’origine de cette rupture.

    Depuis 2017, le père ne se serait pas caché de vouloir emmener les enfants avec lui pour revenir aux USA, contre le consentement de la mère, qui les a élevés. Il avait obtenu, on ne sait comment , un jugement d’un tribunal irlandais en sa faveur.

    En 24 h les enfants, dont on devine facilement le traumatisme et l’angoisse, ont été emmenés dans un lieu tenu secret où la mère n’a pu les voir alors quelle n’était aucunement déchue de son autorité parentale, puis remis au père.

    Celui-ci, en 48 h les a effectivement emmenés aux USA. Venue en Irlande s’expliquer avec le tribunal, Mme T n’a pu que constater leur disparition. Depuis cette date elle n’a pu ni voir, ni entendre ses enfants, ou avoir de leurs nouvelles. Elle ignore leur adresse, ce qui est contraire à toutes les législations existantes.

    Les propos des autorités françaises qui ont autorisé cet enlèvement ahurissant sur des bases contestables, demeurent embarrassés et contradictoires.*

     

    Je ne ferai pas de commentaires sur ces tristes affaires.

    Je laisse juste mes lecteurs et lectrices imaginer le désarroi, l’angoisse, le choc, des familles que j’ai citées, et des enfants en particulier (5 en tout), qui ne semblent plus protégés contre des dérives certaines, où on cherche en vain une trace d’humanité.

    Seules les presses régionales se sont faites l’écho de ces 2 évènements.

    Et parfois, ils m’empêchent de dormir.

    L’image du colonel Beltrame me signifie alors de ne pas désespérer….

     

    Michelle. C. DROUAULT.

     

     * Paradoxalement, on se souvient de dysfonctionnements de services de police n’ayant pu « tracer » une famille gravement maltraitante, suite à des déménagements successifs.

    L’enfant était décédé. Quels moyens pour quelles situations ?


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  • « En tant que mouvement chrétien , nous ne nous reconnaissons pas dans l’appel de la « Marche pour la Vie », relayé par de nombreuses associations de fidèles et responsables catholiques.

    Nous dénonçons les messages de culpabilisation,  d’intolérance et de haine portés lors de ces marches sous couvert de valeurs chrétiennes.

     

    Aujourd’hui dans l’Église catholique, et aussi au sein de notre propre mouvement, des personnes restent en questionnement face à l’IVG.

     

    Nous souhaitons ouvrir un espace de dialogue sur l’IVG. »

     

    Auparavant, les auteurs de ce texte avaient exprimé reconnaître comme un « droit fondamental pour les femmes et les couples d’avoir recours à l’IVG », phrase retirée du corpus…

     

    Ce simple appel, écrit voici quelques semaines par le MOUVEMENT RURAL DE JEUNESSE CHRÉTIENNE (fondé en 1963), a été l’objet  d’indignations et d’oukases divers, qui ne semblent pas permettre une quelconque ouverture à un débat pourtant nécessaire.

     

    Le porte-parole de la Conférence des Évêques de France dénonce dés le lendemain des propos « contraires à ce que dit l’Église », suivi par Mgr Ginoux, qui ne souhaite plus subventionner le mouvement, et quelques autres indignés. Certains, tel l’évêque de Montauban, dénient même au mouvement le droit de se dire catholique…

     

    À contrario , des soutiens viennent de la Mission de France, qui évoque l’ardeur de l’ensemble de la MRJC à lutter contre les inégalités, en phase avec le pape François ; de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et des Scouts et Guides de France.

     

    Enfin un autre évêque déplore à mots couverts que des subventions puissent être utilisées, non comme soutien, mais comme moyens de pression.

     

    Ce mouvement de jeunes peut être grandement remercié pour avoir jeté un pavé dans la mare.

     

    Si ces positions sont « contraires à ce que dit l’Église », sont elles contraires à ce qu’à dit le Christ ? Non, à mon sens.

     

    On peut étudier scrupuleusement tout le Nouveau Testament , on ne pourra y trouver aucune évocation de l’avortement, ou de la limitation des naissances. Aucune.

     

    L’Ancien Testament n’est pas en reste. Rien.

     

    Il s’agit donc d’une simple interprétation, tout à fait contestable, du commandement de Dieu « Tu ne tueras point ».

     

    Cet intérêt pour les embryons est tout à fait récent, et date du XIX ème siècle, comme nous l’avons indiqué dans un précédent article. Auparavant, l’Église estimait condamnable l’avortement après que le fœtus « se soit animé » c’est à dire à partir de trois mois de grossesse, ce qui est exactement la limite légale de l’IVG en France (12 semaines).

     

    L’Église ne s’intéressait pas au sujet, et s’est fait harceler par des médecins catholiques, qui ont obtenu, à force de pressions, une molle condamnation du Pape Pie IX…le dilemme était de taille, et il l’est encore : jusqu’alors, la vie des femmes était considérée comme sacrée, à l’instar de toute vie.

     

    Donc on pensait effectivement qu’en cas de grossesse pouvant conduire à la maladie ou la mort, on ne pouvait mettre en danger une femme souvent déjà mère pour sauver un hypothétique enfant, en détruisant une famille composée dorénavant d’orphelins… Ce qui était le bon sens même.

     

    Le XIX ème siècle s’est montré d’une rare misogynie. C’est celui où dans la société civile, les médecins prennent le pouvoir sur la vie quotidienne sous couvert d ’hygiénisme (certaines des mesures adoptées seront bonnes et salutaires) et mélangent la santé et la morale. Le discours scientifique crée des normes. Les déviances sont annoncées, la répression de la déviance suit.

     

    Celle des femmes « déviantes » est particulièrement impitoyable.

     

    Et une coutume fréquente veut que, dans les accouchements à complication, sauf avis contraire du mari qui conservait ainsi droit de vie et de mort sur son épouse, on sauve en priorité l’enfant avant la mère…

     

    Voilà quel fût le cadre sociétal de l’interdiction totale de l’avortement.

     

    Un embryon de quelques millimètres , sans colonne vertébrale ni système nerveux, aurait –t-il plus de droit à l’existence qu’une mère de famille? C’est la question que se posent de nombreuses catholiques.

     

    Pour mémoire un embryon de 2 semaines mesure deux dixièmes de millimètre de diamètre(il est invisible à l’œil nu) ; de 3 semaines, cinq dixièmes de millimètre à 1mm ; de 5 semaines, six millimètres ; 8 semaines deux centimètres :--(ces deux petits traits).

     

    Il ne possède une colonne vertébrale qu’à dix semaines.

     

    Le considérer comme un être humain vivant relève de l’imaginaire ou de l’idéologie.*

     

    Cependant, malgré ces données scientifiques fiables, l’effet de propagande est tellement fort que Francis Kaplan, historien des sciences, cite la croyance de 40% des étudiants d’une université Australienne en la présence d’un cerveau chez un embryon de 2 jours…

     

    Un enfant est créé par l’amour de sa mère. Elle en aime la projection, elle aime « à l’avance » (termes de JP Sartre) l’enfant qu’il sera. Ce n’est pas l’embryon en tant que tel qu’elle chérit. C’est l’idée de l’enfant. Si cet amour fait défaut, s’il est impossible de par les circonstances,

     le processus de création s’arrête, et la mère deviendrait alors une simple mère porteuse, procédé pourtant hautement réprouvé(à raison) par l’Église.

     

    Il est à noter d’ailleurs que celle-ci est dans l’incohérence : elle n’organise ni baptême ni funérailles pour ces supposés êtres vivants embryonnaires.

     

    Mais l’hostilité de l’Église ne se limite pas à l’IVG (interruption volontaire de grossesse).

     

    L’Église catholique est la seule, l’unique institution religieuse à ne pas respecter le droit à la vie des femmes, car elle n’admet pas l’avortement même en cas de danger pour la santé ou la vie de la mère, contrairement à d’autres branches du christianisme. (orthodoxes, protestants).

     

    La très catholique Irlande a admis du bout des lèvres en 1983 par un 8 éme amendement à sa Constitution « le droit égal à la vie de l’enfant à naître et de la mère pendant la grossesse ».*

     

    Phrase interprétée en général dans un sens défavorable à la mère.

     

    Citons quelques tragédies humaines dictées par le fanatisme :

     

    Chacun se souvient du drame de cette jeune résidente irlandaise morte d’une septicémie parce qu’on lui avait refusé l’avortement d’un fœtus non viable au motif que le cœur battait toujours alors qu’elle souffrait déjà d’infection gravissime.

     

    De même une italienne, Valentina Milluzzo, est aussi décédée en Octobre 2017 d’un refus d’avortement alors que sa vie était menacée.

     

    Pourtant la grossesse était désirée. Enceinte suite à une FIV, Mme Milluzzo attendait des jumeaux. A la 17 éme semaine de grossesse, l’un des fœtus a été atteint de détresse respiratoire, et d’un syndrome risquant d’entraîner le décès de l’autre fœtus et de la mère. Sous le prétexte qu’un des fœtus vivait encore, le médecin a refusé une interruption thérapeutique de grossesse. Les deux jumeaux et la mère sont décédés quelques heures après. La famille a porté plainte.

     

    Au Salvador la jeune Béatriz a été empêchée d’avorter d’un fœtus sans cerveau, atteint de lupus anacéphalique. Elle a finalement obtenu une césarienne à 26 semaines, et a accouché d’un bébé mourant qui « faisait peine à voir » a dit un soignant.

     

    Récemment, toujours au Salvador, Téodora Vasquez a été libérée après 7 ans de prison effectués simplement pour avoir accouché d’un bébé mort-né à 9 mois de grossesse. A l’origine, elle avait été condamnée à 30 ans d’incarcération ! Les ONG se sont saisies de son cas : victime d’une hémorragie sur son lieu de travail(est il raisonnable de faire travailler une femme enceinte de 9 mois ?) elle n’avait pu être secourue à temps et pendant qu’elle gisait inconsciente, le bébé était mort.

     

    Son cas n’est pas isolé. Les prisons du Salvador sont remplies de femmes incarcérées pour des fausses couches spontanées ou des morts in utéro.

     

    Ces femmes étaient des femmes jeunes, mariées, heureuses et dans un projet de famille, brisé par la « conscience » de médecins obscurantistes.

     

    Ces positions intenables contreviennent totalement à l’enseignement du Christ, qui prescrit en premier « d’aimer son prochain comme soi même » : « Mon commandement, le voici :  aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés »(Jean, ch 5 , verset 12)

     

    Est-ce aimer son prochain de lui infliger un martyre obligatoire ?(la jeune irlandaise est morte dans de grandes souffrances) ; de le sanctionner pour la perte d’un enfant en privant de surcroît les enfants vivants de leur mère (le fils de Mme Vasquez ne l’a revue qu’à 14 ans !)

     

    De lui infliger l’horreur d’accoucher d’un bébé difforme et mourant  ?

     

    Il est d’autant plus facile aux prélats de tenir ces discours insensés qu’ils sont hommes , et totalement à l’abri d’une grossesse. Que les autres souffrent et meurent, donc !

     

    On pourrait aussi estimer ces interdits sans nuances proches de la position des pharisiens qui se scandalisaient que Jésus guérisse quelqu’un le jour du Sabbat. Fallait il laisser mourir cet homme? Le plus important est il le règlement, ou l’Humain et la compassion? Il me semble que le Christ a répondu clairement.

     

    Et que c’est même cela qu’Il est venu questionner.

     

    L’avortement n’est pas non plus autorisé pour les catholiques en cas de viol ou d’inceste.

     

    C’est à dire que l’Église se sert de la Science quand cela l’arrange, et clame que la vie (quelle forme de vie ?) commence à la conception ; mais elle ne veut pas entendre parler de la psychiatrie, de la neuropsychiatrie, et de la psychanalyse, qui  expliquent le traumatisme difficilement dépassable de ces deux crimes(les femmes sont ici victimes d’actes jugés dans des juridictions criminelles) et leurs répercussions ultérieures, sorte de mort psychique si la victime n’est pas soignée. Ajouter à ces crimes une naissance non désirée peut conduire au suicide si la jeune fille/femme ne peut avorter. Pour elle, le fœtus n’est que le symbole introduit par effraction, du crime dont elle a été victime. Son existence ne fait aucun sens.

     

    Et se savoir enceinte de son père est un chaos psychique difficilement concevable.

     

    Dans les pays dont la législation est répressive, les tentatives de suicide( (souvent suivies d’effet) sont fréquentes..

     

    Certaines femmes victimes de viols de guerre systématiques en Bosnie ou au Kosovo , et qui n’avaient pu avorter en raison de grossesses avancées ont parfois tenté d’étrangler leur bébé à la naissance puis de mettre fin à leurs jours.

     

    Mais l’Église n’a cure de toute cette souffrance.

     

    On ne l’entend pas non plus appeler les hommes à la responsabilité pour les éviter :

    la conception des enfants se fait à deux, et les hommes en sont pleinement responsables, surtout si l’acte sexuel a été contraint. Or on a excommunié les avortées, et jamais les violeurs, fussent ils incestueux.

     

    Les prélats enfermés dans une bulle d’abstraction réalisent ils la colère, l’humiliation et le dégoût qu’ils provoquent chez les femmes?

     

    Les logiques défendues par l’Église catholique pourraient être tenues pour de la dérive sectaire : elles n’ont pas plus de véritable fondement théologique  que de base scientifique sérieuse.

     

    Aussi est il légitime que des jeunes estiment que l’IVG est un questionnement !

     

    Mais aussi il est salutaire pour l’Église, qui se montre bien aveugle, que des jeunes chrétiens ruraux ne laissent pas le terrain à d’autres jeunes de classe aisée ignorants des réalités, pour représenter la jeunesse chrétienne.

     

    Le MRJC est soucieux d’écologie, il s’est engagé contre le projet de Notre dame des Landes auprès du monde agricole; il a questionné l’état d’urgence, le sort des migrants; il combat toutes les inégalités sociales et demeure proche des familles pour un monde plus juste.

     

    Un véritable rayonnement chrétien enthousiasmant. (plus que la Manif Pour Tous !) 

     

    Mais on voudrait le faire taire?

     

    Les média qui veulent « faire du scoop »  avec les catholiques ringards et bourgeois, éloignant la jeunesse de la Foi, ont encore de beaux jours devant eux.

     

    Michelle C. DROUAULT

     

    *la « pilule du lendemain » est, elle aussi proscrite alors qu’elle empêche la nidation (la possibilité d’un embryon) L’avortement médicamenteux, avant 8 semaines, n’est pas non plus toléré…

     

    * Un nouveau référendum prévoyant l’élargissement du droit à l’avortement doit avoir lieu en mai prochain, et 56% des irlandais se sont déjà prononcé favorablement pour cette modification.

     


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  • La « gestation pour autrui » opère à mon sens une remise en question négationniste de la maternité en général : ce ne sont plus les femmes qui participent de l’ensemble de leur être , physique et psychique, à la création d’un être humain vivant ; il s’agit d’un processus mécanique de portage, qui pourrait être effectué par n’importe quel être biologiquement féminin, et même , disent certains, par un utérus artificiel…

    Tronçonnée, clivée, la « mère porteuse » est sommée de se détacher de son fœtus.

    A-t-elle d’autre choix si elle ne veut pas devenir folle ?

    Cependant il faut une terrible ignorance de ce qu’est la maternité pour imaginer que le fait biologique d’un fœtus composé de gamètes étrangers va empêcher les échanges constants entre la mère et l’enfant. Il faut une pensée magique, une foi en la suprématie des gamètes sur le psychisme humain, qui relève de l’idéologie, et non du réel.

    Ce fœtus, puis ce bébé, comment vit il d’être ainsi porté par une mère clivée qui se force à l’indifférence ? Qui ne tressaille pas à ses mouvements, ne lui parle pas, ne l’imagine pas, ne le projette pas, ne partage pas sa croissance avec son conjoint ?

    Nul ne s’en soucie.

    Nul ne s’en soucie parce que la GPA ne veut pas un être humain créé, mais un produit.

    Or créer n’est pas produire, remarquait Michel Foucault.

    Un produit parfait est exigé, par un contrôle accru sur le corps/réceptacle de la « gestatrice » : on a vu des « commanditaires » aux USA vouloir contrôler le régime alimentaire et les relations conjugales de leur mère porteuse. Et lorsqu’il y a un « défaut » à la naissance, le produit peut être refusé (la mère –gestatrice d’une enfant  trisomique s’est vu refuser la « commande » et a décidé d’élever seule l’enfant, aidée  heureusement par beaucoup de personnes de bonne volonté)

    Donc cette mère doit à la fois se détacher de celui /celle qu’elle porte, mais pour lui, réglementer ce qu’elle mange et sa sexualité et sa vie de couple ; toutes choses qui s’opèrent dans la maternité ordinaire dans un projet commun et une projection familiale.

    A quelle schizophrénie l’oblige-t-on ?

    Le clivage et la dissociation peuvent produire, dans la vie courante, un déni de grossesse.

    La grossesse impensable a pu conduire en cours d’Assises des « gestatrices » de bébés congelés, alors souvent présentées comme des monstres. En fait si au lieu de tuer et dissimuler ces bébés, ces femmes les avaient remis à un commanditaire, auraient elles trouvé grâce aux yeux de certains ? Dans leurs aveux, elles ont expliqué «  ne pas se sentir enceinte ». C’est en partie ce qu’on demande aux mères porteuses. : ne pas se sentir, mais prendre soin de ce qu’on ne sent pas ? Je laisse aux psychiatres le privilège de se pencher sur les conséquences psychiques d’une telle situation.
    Si nous poursuivons la trajectoire d’une maternité ordinaire, la création par les échanges in utéro se poursuit par la création d’un lien continu par l’allaitement. Allaiter est bien autre chose que donner du lait, c’est pourquoi on a peu à peu abandonné l’usage des nourrices, sous l’influence entre autres de Rousseau, précurseur des bienfaits de cette pratique. Elle a été vue comme un progrès considérable pour la santé des mères et des enfants. *

    Dans le cadre de la GPA, l’allaitement est impossible, puisque les « parents d’intention » prennent « livraison » du bébé à la naissance. La mère porteuse doit ainsi, après l’accouchement, faire passer son lait. A moins qu’elle ne le tire pour être donné au biberon par les parents commanditaires. Comment ressent elle cela ? Tirer son lait pour un bébé absent ? (Certes nous sommes nombreuses à l’avoir fait pour les prématurés, mais il s’agissait d’un surplus de ce qui était donné à nos bébés à nous).

    Par un terrible rétropédalage , le lait n’est plus lui aussi qu’un produit. Ainsi les tenants de la GPA ne voient pas qu’ils privent volontairement des enfants d’un lien important : l’enfant-produit n’a pas de lien, on ne fait que lui ajouter éventuellement un autre produit, le lait de la mère désincarné.

    C’est toute cette dévalorisation, cette réduction de la maternité en général, cette dépossession régressive des femmes qui me révolte, autant que la transformation d’enfants en produits commercialisables. 

    Encore une fois, on nous dit « vous n’êtes QUE cela » : objets sexuels, vaches à véler et à traire, nous tombons toujours plus bas.

    Et cela , je ne le veux pas.

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

     

    Notes :

     

    *Dans les anciennes générations, certains restaient aussi attachés à leur nourrice qu’à leur mère, celle-ci n’ayant pu s’empêcher de donner son amour avec son lait ; beaucoup avaient des « frères ou sœurs de lait » envers lesquels il existait un empêchement de mariage.


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    Si le terrorisme est la violence utilisée pour promouvoir une idéologie, alors, la violence envers les femmes est elle l’instrument de promotion du patriarcat ?

    C’est la question pertinente que pose l’auteure britannique  Karen INGALA SMITH.

    Poursuivant notre réflexion sur la domination masculine vue comme un virus mutant qui s’adapte aux circonstances et au terrain,, nous avons émis l’hypothèse que les luttes de femmes étaient freinées et entravées par 3 types d’actions et d’intimidations contemporaines, qui sont des violences déguisées, et contribuent à ce terrorisme :

     1 Le masculinisme, qui utilise la paternité  pour récupérer le contrôle et le pouvoir sur les femmes et les enfants,

     2 Une frange de personnes « transgenre » qui nie l’expérience et le vécu spécifique de celles qui sont nées biologiquement femmes, et utilisent le changement de genre comme un véritable cheval de Troie pour pénétrer les espaces dédiés aux femmes.

     Prétendant « se sentir femme »-ce qui est peut être exact- ces personnes publient parfois des diktats sur ce que devrait être à leur sens la libération des femmes, accusant de « transphobes » les femmes qui veulent les tenir à distance. Elles préconisent de pouvoir « devenir femme » sur simple déclaration.

     3 les partisans d’une laïcité rigide et fantasmée, qui nient le croisement des discriminations racistes, xénophobes, et sexistes ; et utilisent le concept de laïcité pour contrôler les femmes.

     Eux aussi prétendent assigner les femmes à une forme de libération obligatoire, dont eux seuls déterminent les contours.

     Pour le sociologue Eric Fassin, le masculinisme n’est qu’un « ressac », un mouvement essentiellement réactionnaire visant à empêcher les femmes de parvenir à l’égalité.

     C’est ce que l’auteure américaine Susan Faludi a nommé « Backlash »(retour de bâton) dans un ouvrage éponyme paru à la fin des années 80 : les luttes d’après 68 avaient un prix…

     Certains masculinistes ont reconnu en coulisses que les « revendications de pères » n’étaient qu’une vitrine de leur mouvement. Sous le prétexte de contrer les soi-disant « excès » des revendications féministes, elle leur permet justement de promouvoir une idéologie patriarcale revisitée et « moderne », le contrôle conjugal et paternel à travers l’enfant ; et à justifier globalement les violences envers les femmes.

     Ces groupes nient à des degrés divers les violences pourtant évidentes et quantifiées envers les femmes. Celles qui les combattent sont traitées de « féministes victimaires » par les masculinistes, de « phobiques » par les trangenres, ou d’ »islamo-gauchistes » par les promoteurs d’une laïcité autoritaire. Ce vocabulaire emprunté à la psychanalyse et à la politique est totalement creux.

     Néanmoins il s’agit d’un terrorisme intellectuel qui se surajoute au premier .

     Peut-on considérer les violences post –séparation(pouvant aller jusqu’au meurtre), les demandes de transfert de garde, les refus de pension alimentaire avec chantage à la garde alternée, les insultes et invectives, le harcèlement, comme du terrorisme ?

     Peut-on considérer que la crainte des femmes de voir des hommes venir dans les refuges de femmes battues au motif qu’ils se sont juste déclarés femmes en empruntant la panoplie de la féminité est justifiée et constitue une menace ?

     Peut-on admettre que le fait d’imposer aux femmes une tenue quelle qu’elle soit, est une entrave à la liberté ?  Qu’empêcher l’existence d’espaces non-mixtes, ou de réunions de réflexion réservées aux personnes se sentant discriminées/racisées est une forme de contrôle qui n’est pas acceptable ?

     Toutes ces violences n’ont qu’un but : rendre leur autonomie d’action et de pensée si périlleuse que les femmes demeurent sous le joug des hommes.

     Le but est qu’ils continuent à profiter de leur travail gratuit et de leurs corps.

     On peut y voir une similitude avec l’esclavage  : les sanctions étaient telles si un esclave tentait de s’enfuir que la masse d’entre eux préférait encore la domination et l’appropriation.

     Puis après l’abolition, chaque fois que les anciens esclaves ont réclamé de nouveaux droits, il s’en est suivi une nouvelle forme de répression et d’intimidation violente.

     Or le patriarcat est un système de privilèges exorbitants que les dominants ne sont pas prés d’accepter d’abandonner et auquel il se cramponnent, dégainant à chaque vague de mobilisation des femmes des armes nouvelles.

     Le travail gratuit des femmes et des filles, la prostitution et la pornographie sont une part considérable de l’économie mondiale qui se chiffre en milliards. Humains et monétaires, les profits ne cessent d’augmenter en faveur de la population mâle et blanche de la planète.

     Les libertés des femmes sont une menace extrême pour ces profits, c’est pourquoi il convient d’en tuer la moindre velléité dans l’œuf.

     Récemment , le mouvement « #Metoo » a tellement bien démasqué l’appropriation générale du corps des femmes et des filles que la patriarcat a utilisé sa dernière carte ; faire appel à des « alliées » féminines pour terroriser et ridiculiser celles qui avaient osé parler.

     Quelques stars et intellectuelles françaises ont été dépêchées pour faire la promotion des femmes comme biens publics.

     Cela n’a pas marché. On ne peut plus mépriser l’intelligence des femmes au point de leur faire confondre le marivaudage courtois dans un salon entre gens de bonne compagnie ; et la harcèlement et le viol .

     Au contraire, la riposte à ces propos archaïques a été un formidable florilège d’analyses plus pertinentes les unes que les autres sur la situation des femmes et des jeunes filles au niveau international, et le soutien de quelques hommes médiatiquement visibles (pendant que d’autres devenaient hystériques à la seule idée de pouvoir être assimilés aux agresseurs !).

     Soyons vigilantes. Les femmes se laissent encore diviser artificiellement, en dehors de leurs véritables différences de pensée politique. Ces divisions sont faites pour nous détourner de la poursuite de notre véritable émancipation à toutes.

     

    Michelle. C. DROUAULT

     


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  •  Certain(e)s de nos lecteurs /trices ont pu être surpris de ne voir aucun article sur ce blog à la suite de la déflagration de l’affaire Harvey Weinstein ; et de la déferlante des récits de harcèlement, d’agressions, et de viols qui s’est répandue dans le monde , surtout occidental.

     

    Car en Orient, en Afrique et en Asie, c’est tous les jours que les femmes sont agressées, et peu sortent de leur silence tant elles ont pu tout à la fois subir des pressions insupportables pour se taire, et intérioriser l’idée qu’il s’agit d’une fatalité.

    Récemment est paru le témoignage de jeunes femmes détenues en esclavages par Boko Haram, et enfin délivrées par l’armée nigériane…dont certains soldats auraient à leur tour abusé d’elles.

    Les femmes finissent par estimer constitutives de leur vie de fille et de femme les agressions physiques et sexuelles qu’elles peuvent subir, et les remiser dans un coin de leur mémoire.

    Lorsque ces agressions sont graves et/ou répétées ces souvenirs sont de véritables bombes à retardement qui peuvent influer durablement sur leur santé et leur développement. Voire leur espérance de vie.

    On commence seulement à s’en rendre compte, et à prendre au sérieux le syndrome post traumatique, évoqué pour les soldats en zone de conflits aigus ou les victimes d’attentats.

    Il est présent également chez les victimes de violences sexuelles.

    Les politiques modernes vivent une calculette à la main : or ce sont des milliards qui auraient pu être économisés si ces victimes avaient été écoutées, crues, soignées. Ce qui n’est pas le cas. La France est paraît il la championne de la consommation d’anxiolytiques. Y aurait il une relation de cause à effet ?

    J’ai attendu pour m’exprimer de lire les témoignages multiples de femmes de tous les âges et de tous les milieux, quasiment entre 7 et 77 ans comme jadis les lecteurs de Tintin.

    J’ai fini par y ajouter le mien, n’ayant hélas pas échappé à la loi commune.

    Ces témoignages sont effarants par leur nombre, et la certitude d’impunité des agresseurs.

    Les statistiques, nous les avions déjà :

    En France en 2016, 225 000 femmes entre 18 et 75 ans ont été victimes de violences, DONT 30 000 uniquement sexuelles et 32 000 à la fois physiques et sexuelles. 70% de ces violences ont été subies de façon répétées.

    84 000 femmes ont été victimes de viols ou tentatives de viol ; seules 10% ont porté plainte.

    Sur ces 10% de plaintes, la moitié a été classée sans suite ou a été correctionnalisée.

    Lorsqu’on établit des équivalences en termes de population, pour avoir une idée claire du phénomène, 225 000 femmes , c’est le chiffre de la population de la ville d’Annecy !

    31 000, c’est la population de la ville de Dreux.

    Mais ces crimes et délits massifs demeurent impunis.

    Pendant que défilaient les témoignages sur « #Me Too »(Moi aussi), nous avons entendu avec ahurissement les verdicts de deux affaires de viol sur mineures : une fillette de 11 ans et une jeune fille de 13 avaient été jugées « consentantes » et leurs abuseurs condamnés à des peines légères avec sursis. Il y avait bien «Quelque chose de pourri au Royaume du Danemark »pour citer Shakespeare.

    Les réactions masculines ont été frileuses, parfois violentes, mais souvent sournoisement dubitatives. De nombreux hommes ont déclaré « Harceler, moi, jamais ! ». D’autres se sont évertué à démontrer « Qu’il y avait des types bien », ce dont personne ne doute !

    Et enfin est venu l’argument le plus spécieux : la crainte d’une « délation » généralisée.

    Qu’est ce qu’une délation ? selon le Larousse, c’est une « dénonciation faite dans un mauvais dessein, probablement pour obtenir des avantages ou de l’argent ».

    On peut raisonnablement se demander quels avantages , financiers ou autres ont bien pu tirer de leur récit les milliers de femmes courageuses qui ont livré leur intimité, de manière généralement anonyme, c’est à dire sans nommer leur agresseur.

    Cette supposition est offensante, presque insultante, et elle insinue , encore et toujours que les femmes sont menteuses, manipulatrices, et peut être vénales.

    Faisant monter la misogynie d’un cran supplémentaire particulièrement odieux, d’aucuns ont osé la comparaison avec les dénonciations de Juifs aux autorités de Vichy et d’Occupation entre 1941 et 1944. Oubliant par là même que les Juifs n’avaient RIEN fait que d’être eux mêmes, alors que les violeurs ont commis un crime ; les agresseurs un délit.

    Peut on imaginer de semblables discours pour d’autres transgressions de la loi ?

    Alors qu’en ce moment même, associations et travailleurs sociaux bataillent justement pour ne pas être contraints à la « dénonciation »  de sans-abris en situation irrégulière….

    Le concept de délation semble être à géométrie variable.

    Dans quelle société vivons nous, je vous en laisse juges, toutes et tous, en espérant que nous continuerons à lutter pour la rendre meilleure, sans nous décourager.

     

     

    Michelle.C. DROUAULT


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