• Y a-t-il des morts acceptables ?  la question semble incongrue, et même choquante.

    Cependant l’actualité et les opinions parfois exprimées dans les média et sur les réseaux sociaux nous obligent à la poser.

     

    Dés la première vague de Covid, les sceptiques sur l’utilité des gestes barrière et des protections ont avancé l’idée que la majorité des victimes étant très âgées, elles seraient mortes de toutes façons dans un délai d’un an ou deux…

    Seule une jeunesse inconsciente et égoïste pouvait sans doute les empêcher de mesurer ce que cet « un an ou deux «  signifiait pour les intéressés : encore un Noël, un anniversaire à passer prés d’un conjoint chéri, à parler avec ses enfants, même d’un peu loin…

    Ces jeunes étaient ils des électrons libres sans famille ? n’avaient ils rien retiré de la présence et de la transmission des « anciens » pour les considérer comme négligeables ?

    Mais surtout, quel manque total d’empathie, d’humanité, quel délitement du lien social se dessinait là ! Voir les vieillards en inutiles après avoir travaillé toute leur vie et mis au monde les générations futures.

    Ces vies ont été jugées peu dignes de continuer à être vécues.

    Le non respect des vieillards a été une des caractéristiques du nazisme dés ses débuts, qui a humilié et frappé des juifs/ves âgés ou opposants politiques, les a déportés même sur des brancards. On m’objectera qu’il n’existe pas de commune mesure entre ces propos inconsidérés et le national-socialisme. A première vue non. Mais l’idéologie sous-jacente est similaire :s’arroger le droit de juger qui doit vivre qui doit mourir.

    Actuellement, on a l’impression pénible que la gestion souvent incohérente de la crise sanitaire est davantage ressentie comme mauvaise en raison de l’interdiction des activités  de loisirs, que parce qu’elle fait 300 morts par jour, soit l’équivalent d’un crash aérien.

    Ou bien sont ce les media qui sur-diffusent ce type d’opinion ? 

     

    Les autres morts rendues acceptables pour l’opinion publique sont les migrants morts en mer pour tenter d’échapper à la misère, la guerre civile, le terrorisme et l’esclavagisme.

    Le déni de l’Europe dans son ensemble est criminel. Les morts se chiffrent par milliers chaque année dans une Méditerranée devenue un cimetière.

    130 migrants ont péri la semaine dernière faute de secours des pays côtiers pourtant alertés.

    Malgré sa diligence, le bateau de l’ONG « Open Arms » est arrivé trop tard…

    Le pape François a considéré cet épisode comme une honte pour l’Europe.

    Y a t-il eu une commémoration publique pour ces anonymes ? Valent ils moins que les victimes d’attentats ?

    C’est la valeur de la vie humaine qui est ici sans cesse remise en question, et si cela continue nous pouvons tous devenir en danger, car faisant soudain partie de la catégorie considérée comme « négligeable » ou « indésirable ».

     

    Malgré l’incessant et courageux combat d’organisations féministes, les femmes continuent également de mourir tuées par leur conjoint ou ex-conjoint dans l’indifférence générale, à raison d’1 tous les 2 jours et demi. Les confinements ont augmenté les nombre de victimes par rapport aux années précédentes.

    Ces femmes sont de tous âges : la plus jeune avait 19 ans, la plus âgée 85. Et de toutes conditions.

    Les justifications sont toujours là : les jeunes sont tuées en raison d’une jalousie soi disant incontrôlable, ou simplement parce qu’elles voulaient rompre une relation. 

    Les plus âgées,  devenues malades ou invalides, deviennent un fardeau. 

    Des hommes décident encore une fois de leur droit à vivre.

     

    Je ne voudrais pas oublier les morts de la rue, dont l’organisation du même nom fait chaque année le décompte, tués par un déficit chronique de politiques sociales.

    Le Covid a été particulièrement meurtrier pour les sans-abri. Il est d’ailleurs stupéfiant qu’une des premières mesures n’ait pas été de mettre ces personnes en sécurité afin d’éviter parmi elles/eux dont la santé est déjà mauvaise, des contaminations massives.

    « Ils seraient morts de toutes façons », rediraient certains ? Oui, l’espérance de vie dans la rue est faible : 50 ans environ…

     

    Enfin, j’ai été frappée dernièrement par la rapidité avec laquelle est envisagée par nos contemporains la mort comme solution, avant même de tout faire pour l’éviter.

    L’épidémie n’a pas empêché l’euthanasie de revenir dans le débat public, alors que des milliers de personnes mouraient sans avoir rien demandé.

    Si la crainte de la  souffrance et de la mort est normale et légitime, avant de parler d’euthanasie pour les cas les plus dramatiques et sans issue , nous ne devons pas oublier que les soins palliatifs en France ne sont pas développés, ou très peu, et que la recherche en la matière est la parente pauvre de la médecine.

    De nombreux médecins expliquent que les patients ne veulent pas mourir, mais seulement ne plus souffrir. N’est ce pas une urgence que de traiter la douleur ? J’ai eu plusieurs témoignages proches de personnes aux prises avec des douleurs chroniques insuffisamment traitées, épuisées et manquant de sommeil. Ne cesse-t-on pas alors d’avoir envie de vivre ?

     

    La course aux délais de l’IVG m’a tout autant navrée. Ce n’était pas l’objectif de la loi Veil de sans cesse rallonger le nombre de semaines pendant lesquelles une interruption volontaire est possible.

    Cette course folle signifie qu’il n’y a là encore aucune prévention.

    Education à la responsabilité, la sexualité et la contraception à l’école ? au respect entre les sexes et au consentement ? En principe 2 séances par an à partir du collège(ce qui est déjà dérisoire) mais non appliqué !

    Etudes pour connaître les raisons des IVG, et comment faire baisser leur nombre ? on n’en connaît pas de fiable.

    La France serait elle un pays où on ne sait pas prévenir ? Où on préfère trancher dans le vif ?

    Me poser toutes ces questions me laisse dans une certaine intranquilité.

    Ne regardons pas les siècles passés comme barbares : le respect de la vie n’est pas à présent plus fort qu’alors… 

     

     

    Michelle .C.DROUAULT

     


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  • Nous vivons une période très difficile. Un virus potentiellement létal circule depuis prés d’un an, et nous impose des restrictions au niveau international.

    En France, la gestion de la crise sanitaire semble parfois peu cohérente, et nous sommes tous anxieux pour nos proches et pour nous mêmes.

    Jeunes et vieux sont touchés : les vieillards en EPHAD ont été durement atteints pendant la 1ére vague d’épidémie ; à présent ce sont les jeunes qui se retrouvent massivement au chômage suite à la paralysie partielle de l’économie : les étudiants en particulier ne peuvent plus compter sur les « petits boulots » pour survivre. Pour la première fois, on les voit faire la queue dans les banques alimentaires. La précarité générale augmente.

     

    Pourtant , c’est le moment qui a été choisi pour demander l’adoption d’une « loi contre les séparatismes » . Quels séparatismes ?

    Il n’a pas fallu longtemps pour soupçonner qu’il s’agissait d’une astuce langagière pour viser ceux qu’on nous présente comme un perpétuel « ennemi intérieur » : les musulmans.

    Comme si des millions d’entre eux n’étaient pas français, nés en France.

    Cela rappelle des heures bien sombres…

     

    Objectivement, quelle est la situation des musulmans dans le monde aujourd’hui ?

    En âpre lutte contre ceux qui se réclament de leur foi et la dévoient, la font haïr pour mieux laisser croire à l’ensemble des musulmans que l’extrémisme est leur planche de salut, ils sont les premières victimes des attentats terroristes.

    Entre 2004 et 2020, l’AFGHANISTAN a été la cible d’attentats meurtriers , constants, revendiqués tantôt par les talibans, tantôt par l’Etat Islamique ; les musulmans chiites payant un très lourd tribut :

    Le 11/10/16 à Kaboul, une fusillade vise des pèlerins chiites rassemblés pour la fête de l’Achoura ; le lendemain, une bombe explose dans une mosquée chiite.*

    36 morts et 40 blessés en 24h. Revendication par l’E.I.

    Le 3/3/17, une attaque de l’E.I vise un hôpital militaire

    Le 31 mai 17, un attentat au camion piégé fait 150 morts et de nombreux blessés

    Le 24/10/ 2020, un attentat contre une communauté Hamzara (chiite) atteint une école, où sont tués 30 adolescents et jeunes adultes. (revendiqué par l’E.I)

    Ce ne sont que les plus récents, et les ONG demandent qu’ils soient considérés comme crimes de guerre.

    Au NIGERIA, la secte BOKO HARAM occupant la ville de Rann, provoque la fuite de 

    30 000 personnes vers la frontière du Cameroun, pays lui aussi en lutte contre les djihadistes.

    27000 morts sont à déplorer dans un des plus grands pays d’Afrique, suite à des insurrections extrémistes depuis 2009. (E.I, AQMI) Et chacun se souvient des enlèvements de jeunes filles…

    Des chiffres qui donnent le vertige.

    La Syrie serait encore un autre chapitre.

    Actuellement les Ouïghours en Chine subissent massivement une terrible persécution, simplement parce qu’ils sont musulmans ; et les rescapés décrivent des traitements inhumains et dégradants , et des stérilisation forcées, des exécutions probables.

    Les Rohyngas en Birmanie n’ont pas eu un sort meilleur.

     

    La plus élémentaire compassion humaine devrait faire réfléchir avant de décréter l’ensemble des personnes de confession musulmane comme un « problème » 

    Le terrorisme est un problème, oui ! et ils en savent mieux que nous quelque chose.

    Ils sont en première ligne pour le subir et le combattre.

    Se montrer résolument de leur coté semblerait une meilleure stratégie que les stigmatiser, en faisant peser sur tout musulman(e)le soupçon d’être un(e) djihadiste en puissance.

    C’est vrai, la présence militaire française au Mali est un soutien dans ce combat, mais cette action est hélas moins visible que les polémiques absurdes qui surgissent chaque jour pour pointer du doigt d’éventuels « séparatismes » dérisoires : l’éducation à domicile(0,4% des élèves, surtout handicapés ou de milieux aisés non musulmans) ; les dispenses de piscine au lycée( qui existent depuis la nuit des temps pour de multiples raisons liées à l’adolescence en général). Les « certificats de virginité »(1% des consultations médicales, ces entretiens ayant le mérite de déceler les mariages forcés) la polygamie(elle est interdite par la loi française, et aucune administration ne prend en compte plusieurs épouses).

    Les deux premiers sujets n’ont aucun rapport avec l’Islam, les autres sont de pratiques culturelles, traditionnelles ou ancestrales, ayant cours dans des pays où co-existent plusieurs confessions, et des cultes très divers.

    Rien dans ces interdictions ne va combattre le terrorisme. 

      

    Les chrétiens seraient bien inspirés de se tenir à distance de ces surenchères.

    J’entends déjà des voix clamer « l’Islam politique, l’Islam politique ! »

    Comme si il n’existait pas de catholicisme politique ?

    Si en effet nul ne pose de bombes au nom de Jésus (mais on a assassiné, évangélisé de force en son nom)et si la Révolution de 89 et la III éme République ont modéré les ardeurs  de la toute-puissance de l’Eglise, le catholicisme politique faisant sécession d’avec la société civile est bien là.

    Il y a les dissidents de la Fraternité St Pie X qui refusent Vatican II, certes.

    Mais un certain catholicisme lié à l’extrême droite a tenté de « grignoter « les paroisses du Sud de la France, des membres de conseil paroissial étant parfois en même temps sur des listes de candidats de ces partis. Jusqu’à ce qu’un évêque se fâche et publie un manifeste affirmant aux fidèles l’incompatibilité des mouvements d’extrême droite avec les valeurs de l’Evangile. Mais leur influence a provoqué un regain d’attitudes rétrogrades et dévalorisantes envers les petites filles, qui ont été interdites de certaines fonctions ou apprentissages juste parce qu’elles sont des femmes en devenir.

    Les mouvements « Alliance Vita, Civitas » font des prières de rue anti-IVG(sans être inquiétés !) avec des photos truquées de fœtus de 5 mois alors que l’IVG n’est possible que jusqu’à 12 semaines.

    Le catholicisme politique ordinaire est homophobe(combien d’homélies homophobes avons nous du supporter, et contrer à la sortie des églises ?) et a tenté d’influer sur des lois donnant leur dignité aux couples de même sexe.(Manif Pour Tous)

    Nous avons entendu  EN CHAIRE des incitations à se joindre à des manifestations incluant la participation de groupes douteux, parfois violents, le prêtre fermant les yeux sur ces détails pour ne plus voir que l’obsession familialiste & misogyne qui anime un certain clergé, n’ayant guère retenu la leçon du pétainisme.

     

    On a vu fleurir, imprimés sur les trottoirs devant les parvis des églises, des slogans anti-gouvernementaux( au grand embarras du curé, souvent).

     

    Enfin, il est expéditif d’affirmer que l’Eglise n’a pas de sang sur les mains.

    Sourde à la parole du Christ qui explique que si de la règle doit surgir un mal, et de ne pas la suivre un bien, c’est la seconde solution qui prévaut, elle a osé vouloir interdire l’avortement à des fillettes violées ou incestées, ignorant leur état d’enfant victime.

    Elle a influencé les décisions politiques de nombreux pays d’Amérique latine dans le sens d’une interdiction totale de l’avortement, aussi bien volontaire que médical.

    Au Salvador, nous l’avons déjà relaté sur ce blog, des femmes mariées et déjà mères ont été incarcérées suite à des fausses couches involontaires ou des enfants morts-nés. Il a fallu la pression internationale pour les libérer. Des millions de femmes d’Amérique Latine ont du avorter clandestinement, avec tous les risques de mutilation et de mort que cela comporte.

    Des milliers d’enfants sont restés orphelins parce que leur mère n’a pas résisté à une septicémie post avortement clandestin. Dans ces pays à la misère endémique, seules les plus aisées ont peu partir à l’étranger… Certains décès ont aussi été dus à des accouchements d’une 9 éme, voire dixième grossesse, car le clergé a longtemps fait croire que la contraception menait à l’enfer…

    Actuellement en Pologne, c’est encore l’Eglise, avec la plus grande cruauté, qui a pesé sur la décision du gouvernement de droite dure d’interdire même l’avortement médical en cas de malformation fœtale grave, seuls le danger pour la vie de la mère, le viol et l’inceste étant motifs légitimes(faute de quoi la Pologne pourrait être menacée de sortir de l’Europe, dont elle a besoin !). Cette loi a jeté des foules compactes de femmes (et d’hommes) dans la rue, protestant contre cette atteinte à leur dignité et à leurs droits fondamentaux. En vain jusqu’ici..

    Les québécois pourraient parler longtemps du catholicisme politique des « années noires » qui s’est octroyé la totale main mise sur l’éducation jusqu’à une époque récente ; l’Université de Montréal ayant été dirigée par un évêque jusqu’au milieu du XXéme siècle.

     

    Les catholiques affichés, ou simplement de culture catholique, semblent donc peiner à comprendre d’OU il parlent : de leur appartenance à une majorité confessionnelle officieuse qui s’autorise à juger une minorité qu’elle connaît souvent mal, d’un point de vue qu’elle croit universel.

    C’est là le propre du discours majoritaire : il se prétend neutre. Il ne l’est pas.

    Regarder obsessionnellement la paille dans l’œil de son voisin sans voir la poutre qui est dans le sien, ne favorise pas l’objectivité…

     

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     


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  • J’allais écrire sur la polémique aussi surprenante qu’artificielle qui continue d’enfler sur le dernier livre d’Alice Coffin « Le Génie Lesbien », lorsque j’ai appris que cette dame avait été  licenciée de son poste à l’Université Catholique de Paris où elle donnait depuis prés de 8 ans des cours hebdomadaires de journalisme. Son cours « Media et pouvoirs » semblait très apprécié.

     

    Alice Coffin, journaliste, autrice, élue EELV à la Mairie de Paris, s’est trouvée sur le devant de la scène lorsqu’elle a contribué à la démission de Christian Girard, adjoint à la culture, et  soupçonné d’être impliqué dans l’affaire Gabriel Matzneff((auteur sous le coup d’une enquête judiciaire pour viols sur mineurs).

    Le soutien inconditionnel et prématuré des élus municipaux à Christian Girard avait été vilipendé par Madame Coffin. Vigoureusement. A la suite de ces interventions, elle a fait l’objet d’insultes lesbophobes, de cyberharcèlement , et de menaces telles, qu’elle a été placée sous protection policière.

    La polémique récente porte sur quelques passages de son dernier livre.

    Je la soupçonne d’être entretenue par ceux qui ont tout interêt à présenter les féministes comme des hydres assoiffées de sang(masculin de préférence) afin que les autres femmes se détournent d’elles ; et aussi sans doute à discréditer la lutte contre la pédocriminalité.

     

    Dans son essai, l’autrice explique donc essayer d’éliminer de sa bibliothèque un maximum d’œuvres écrites par des hommes. Et de même, préférer les films, tableaux, photos, toutes œuvres d’art créées par des femmes. Car l’Art, dit elle, est une sorte d’extension du regard des hommes où elle ne se retrouve pas.

    Voilà une opinion  personnelle. Que l’on peut partager ou pas. Et qui ne s’accompagne d’aucune agression contre qui que ce soit.

    Mais certains sont allés tirer quelques phrases de leur contexte(ont ils lu la totalité de l’ouvrage ?) pour affirmer sans vergogne que Mme Coffin voulait « éliminer tous les hommes », et incitait les femmes à le faire…Cette fable tourne en boucle sur les réseaux sociaux , suscitant des indignations ridicules ou outrancières, peu soucieuses de la vraisemblance d’une telle posture.*

      A l’appui de son exclusion, l’Université Catholique de Paris affirme que l’attitude d’Alice Coffin n’est « pas compatible avec ses valeurs ». Quelles valeurs ? Mme Coffin n’a jamais fait mystère de son orientation sexuelle qui ne lui a , jusqu’alors, nullement été reprochée (c’est heureux !).

    L’Université désapprouverait elle ses protestations contre la persistance à un emploi public d’un homme sous le coup d’une enquête judiciaire dans le cadre de viols présumés sur mineurs ? On n’ose le croire !

    Se gendarmerait elle de ses propos sur son célibat :« Ne pas avoir de mari me permet de ne pas craindre d’être battue, violée, voire tuée », alors qu’un 74 éme féminicide par un conjoint vient d’avoir lieu depuis Janvier dernier ?  7 meurtres par mois !

    Alors, quelles valeurs ?

    Priver de ses fonctions , de sa réputation, et d’une source de revenus une femme sur la seule foi de polémiques médiatiques haineuses n’est pas honorable.

    Mettre encore davantage en difficulté une femme déjà insultée, blessée par des groupes extrémistes est il chrétien ? Certainement non !

    « Ils m’ont enfoncé la tête sous l’eau », a déclaré Mme Coffin au sujet de l’Université.

    Bravo ! A ce prix se targuer de sa foi catholique semble une imposture.

     

    Virginia Woolf  disait que la littérature écrite par des femmes était essentielle, car elles montrent comme important ce que les hommes pensent anodin ; et elles décrivent comme anodin ce que les hommes jugent important.

    C’est profondément vrai ; et en ce sens je rejoins Alice Coffin : changeons de regard. Le monde s’en portera mieux !

    Cependant, je lui ferais observer que certains auteurs, hommes et femmes, ont su dépasser leur sexe et leur genre pour nous parler de l’Humain, en se mettant complètement à la place du sexe opposé. Je pense à Tahar Ben Jelloun, Yasmina Khadra, ou Marguerite Yourcenar, pour ne citer qu’eux.

    Et je préfère mille fois les écrits des hommes que sont les deux premiers, à ceux d’autrices visiblement alliées du système patriarcal. 

    La misogynie, hélas, n’a pas de sexe.

    J’ai envie de lui dire aussi que nous avons besoin les uns des autres : les militaires, gendarmes pompiers, qui ont secouru et secourent encore héroïquement leurs concitoyens en ce moment dans mon département sinistré sont majoritairement des hommes…

    J’ai envie de lui poser la question de l’inévitable altérité, et de sa reconnaissance :elle ne pourra constamment éviter l’Autre…

     

    Mais malgré ces points de désaccord, je soutiens la liberté de Mme Coffin d’écrire ce qu’elle veut sans avoir à le payer de sa sécurité et de son gagne-pain.

    Je demande qu’on juge les femmes sur leurs capacités professionnelles, et pas sur leur aptitude à se taire devant les injustices et les inégalités de la société.

     

     

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     

     

    *Note : une élue a franchi le Rubicon en comparant Alice Coffin à Eric Zemmour, récemment condamné pour incitation à la haine raciale ; et une secrétaire d’Etat vient de parler d’Apartheid…


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  • « Le féminisme est un humanisme » rappelait récemment l’écrivaine Leïla Slimani.*

     

    C’est parce que le féminisme est un humanisme qu’il est une constante ouverture à la connaissance, la tolérance, l’inclusion, et la solidarité.

    Un mouvement international puissant, qui a inspiré la danoise Sherin KHANKAN, devenue une des premières femmes imame en 2015.

    Son but ? combattre l’influence de certains docteurs en religion qui se réclament du Coran pour prôner la stigmatisation des personnes homosexuelles, l’interdiction des mariages inter-religieux, ou la domination de l’époux sur l’épouse. Ce qui n’est pas justifié.

    Sa principale source d’inspiration est le philosophe Ibn Arabi.( 1165/1240), mystique soufi.

    Celui-ci, dit elle, proposait « d’interpréter le Coran avec le cœur ».

    Selon lui, il n’existe pas une grille unique d’interprétation des Ecritures, mais DES vérités, qui mènent au divin.

    Inutile de dire que Mme Khankan a été l’objet de beaucoup d’hostilité de la part d’hommes musulmans. Mais d’autres l’ont soutenue, et elle ne s’est pas découragée.

    En février 2016, elle a ouvert la mosquée Mariam, une mosquée réservée aux femmes(musulmanes ou non) et dirigée par elle même et une amie.

    Il n’existe aucune contrindication théologique à cela. »La femme est l’avenir de l’Islam » dit elle, « les femmes doivent s’approprier la fonction, on ne leur donnera pas ».

    Phrase qui nous a rappelé les propos d’Anne Soupa, candidate archevêque : « si j’attends qu’on m’appelle, on ne m’appellera pas ! ».

    En tant qu’imame, Sherin a célébré une vingtaine de mariages inter-religieux, et précise que l’union de personnes de même sexe ne lui poserait pas de problème, bien que pour le moment le cas ne se soit pas présenté.

     

    D’autres femmes musulmanes ont eu une démarche encore plus engagée :

    A Paris, A.S Monsenay et Eva Janadin ont ouvert la première mosquée inclusive.

    Leur projet est de réconcilier la Foi avec la raison et l’esprit critique.

    Cette mosquée est mixte, dans une totale égalité hommes/femmes. Tous et toutes peuvent prêcher et prier. Il n’existe aucune discrimination d’origine, de genre, ou d’orientation sexuelle. Le voile est un choix personnel sans aucune obligation.

    Dans ce même esprit d’ouverture, Kahina BAHLOUL, théologienne franco-algérienne et imame, souhaite une nouvelle interprétation des textes coraniques à la lumière des sciences humaines et sociales. Le fait qu’il n’y ait, dans l’Islam, aucune autorité cléricale centrale, lui paraît une chance pour faire émerger des croyant(e)s libres et responsables.

     

    Pour la religion juive, on dénombre actuellement trois femmes rabbins en France.

    La première a été Pauline Bebe en 1990.

    La plus célèbre, parce qu’elle est aussi écrivaine, est Delphine HORVILLEUR, cheffe religieux et guide spirituel d’une communauté, dans le courant juif libéral.

    Elle est l’autrice de « Comprendre le monde » « Réflexion sur la question de l’antisémitisme » ; et a co-écrit avec Rachid Benzine :« Des mille façons d’être juif ou musulman ».

    « Il y a ceux qui ont la volonté de faire de la place à l’autre », dit elle, « et ceux qui n’en sont pas capables ». Cette réflexion nous a paru la plus intéressante. Car aucun système dogmatique, quel qu’il soit, ne peut faire de place à l’autre.

    « Un système religieux conservateur ne fera jamais de place aux femmes » dit elle encore, « parce que ce serait faire de la place à TOUTES les autres formes d’altérité ».

    Et pour certains, c’est insupportable.

    Madame Horvilleur interroge également les modes d’interprétation des textes bibliques et religieux. Selon elle , on n’a jamais fini d’interpréter, les possibilité sont infinies.

    « A celui qui dit détenir la vérité, je dis : la vérité n’est ni toi, ni moi ».

    Voilà une réponse qu’aurait pu faire Sherin Khankan à ses détracteurs, qui prétendaient lui opposer une « vérité »…une réponse que nous femmes pourrions faire à tous les soi-disant « sachants » des trois monothéismes qui veulent nous assommer de vérités aliénantes.

    Saluons aussi le questionnement de D. Horvilleur sur les analogies troublantes entre l’antisémitisme et la misogynie : les stéréotypes prêtés de tous temps aux Juifs et aux femmes(faiblesse, lâcheté, ruse, cupidité)ont la peau dure, et sont responsables de drames humains et sociaux irréparables.

     

    Chez les chrétiennes, la théologienne protestante Lytta Basset se base sur le principe de bienveillance, qui fait cruellement défaut au monde moderne.

    Pourtant » la bienveillance est au cœur de notre condition humaine » dit elle dans son ouvrage « Oser la bienveillance », « et c’est elle qui rend notre monde habitable ».

    Elle rappelle que le « pêché originel » n’est en fait que la rupture de la relation à l’autre, et revient , elle aussi, sur l’importance primordiale de la reconnaissance de l’altérité, la « téchouva » le retour à la relation à l’autre…

     

    Toutes ces femmes ouvrent les bras, le cœur, l’esprit, l’intelligence

    Elles sont attaquées, contestées, voire menacées, par des hommes accrochés à leurs certitudes dogmatiques. 

    Pourtant , les suivre contribuerait à créer un monde meilleur.

     

    Une question persiste cependant : la cruelle absence actuelle de figures de femmes catholiques dans cet universalisme inclusif, du moins en Europe.

    Il existe au Québec des religieuses féministes, des religieuses ouvertes à l’homosexualité, des femmes catholiques participant activement à la lutte contre toutes les violences faites aux femmes.

    En France, une majorité de femmes catholiques , même dissidentes, semble encore sous le joug d’une domination masculine qui, si elle rejette le cléricalisme, garde une mainmise idéologique certaine sur la pensée des femmes. « Féminisme » reste un gros mot, et n’est justement pas vu comme cet humanisme que nous évoquions.

    Il n’existe pas de réelle contestation de l’instrumentalisation de la foi chrétienne dans un but manifeste de contrôle des femmes, de leur corps et de leur vie : la contraception, l’avortement, la vision des femmes indissociable de la vie familiale, l’homosexualité, ne sont jamais(ou presque) des thèmes de débats, sauf lorsque les positions de l’Eglise sont tellement monstrueuses qu’elles sont intolérables(affaire de Brésil)

    De timides avancées existent sur le statut spirituel des divorcés-remariés. Mais on remarque un consensus contre le mariage de personnes de même sexe et la PMA.

    Les appels en pleine paroisse à aller manifester avec les franges les plus réactionnaires de la société contre l’avortement, ne sont pas hués par des groupes de femmes en colère…

    Dans ces conditions, quelles avancées humaines provoquerait la nomination de femmes catholiques à de hautes fonctions ecclésiastiques ?

    Peu nous importe le sexe de l’évêque, disent certaines, si c’est pour nous faire renvoyer à la « complémentarité » des sexes, à la subordination maritale, à nos fonctions reproductrices… .

    En France, les femmes catholiques homosexuelles ; victimes de violence ; confrontées à l’avortement, ne trouvent guère d’aide et de solidarité. Ou parfois des aides « orientées » qui cherchent à les faire rentrer dans le rang.

    Elles aimeraient sûrement être accueillies par des femmes comme celles que nous venons de citer, témoins de l’immense amour de Dieu, et des infinies possibilités humaines.


    Face à ce constat, le chemin est encore long…
     

     

    Michelle. C .DROUAULT
     

     

    *note : cette affirmation intervenait dans le contexte d’une absurde polémique sur l’audition d’une syndicaliste étudiante « voilée » à l’Assemblée Nationale. Le sujet était la précarité étudiante ! Certaines députées n’ont pas pris la peine d’écouter et sont sorties de la salle au nom du « féminisme » parce que la dame avait la tête couverte ; ce que le règlement n’interdit pas, a rappelé le Président de l’Assemblée…Leïla Slimani réfutait totalement que cette attitude intolérante et méprisante soit du « féminisme »…
     

     

     

     

     


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  • Récemment, une nouvelle aussi extraordinaire qu’incongrue est apparue sur les sites d’information : Mme ANNE SOUPA, théologienne catholique et bibliste, co-fondatrice du Comité de la Jupe, pose sa candidature au poste d’archevêque primat des Gaules, poste laissé vacant par le très contesté Mgr Barbarin.*

     

    Saluons tout d’abord ce geste symbolique, signal d’alarme de l’invisibilité des femmes dans l’Eglise.

     

    Comme l’a rappelé l’intéressée dans une émission récente de la chaine Arte, cette invisibilité est d’abord une terrible régression.

    Il suffit de jeter un regard aux siècles passés-particulièrement le haut Moyen Age- pour s’apercevoir du rôle important des femmes dans la vie de l’Eglise.

    Certaines sont devenues des saintes, ou des figures théologiques reconnues.

    Certes , cette reconnaissance officielle a tardé !  Une des plus célèbres d’entre elles, HILDEGARDE VON BINGEN(1098/1179) a été instituée docteur de l’Eglise par Benoit XVI en 2012, soit dix huit siècles plus tard !

    Religieuse bénédictine, Hildegarde Von Bingen a prêché en public( nul ne lui a opposé St Paul, comme le font quelques fondamentalistes pour Mme Soupa !) ; elle a conseillé de nombreux religieux, écrit un ouvrage musical superbe, le Sciviae, dont la pureté étonne encore… elle était aussi « médecienne » (oui, le féminin de médecin existait alors) soignante et guérisseuse.

     

    Plus tard, THÉRÈSE D’AVILA (1515/1582) fille de juifs espagnols convertis au catholicisme, est décrite comme une femme forte, intrépide, radicale, même.

    Entrée dans l’Ordre des Carmes à vingt ans, elle en entreprend la réforme, et en impulse une semblable pour les ordres de religieux hommes. Elle vit des expériences mystiques qu’elle relate et transmet. Ecoutée et considérée, elle contribue à une meilleure vision de la foi par tous.

    Que diraient donc ces deux femmes en voyant des prêtres arrogants écarter des femmes (y compris des religieuses !) de la distribution de la communion, au prétexte qu’elles sont des femmes, c’est à dire un flagrant délit de discrimination pour ce qu’elles SONT ? Un délit basé sur une conception totalement païenne de l’ »impureté » supposée des femmes…

    Dans un discours qui a fait sensation,  la Congressiste américaine ALEXANDRA OCASIO CORTEZ a déclaré que si Jésus poussait les portes du Congrès aujourd’hui, on le traiterait de « radical ».

    Elle a rappelé que depuis des siècles, de nombreuses personnalités religieuses et politiques ont manipulé les Ecritures au service de la bigoterie, la discrimination , et l’injustice.

    C’est à mon sens cette imposture qu’il nous faut dénoncer sans relâche.

    Car comment se fait il que l’Eglise se soit retrouvé être le bras armé du patriarcat ?

    Au service de l’exploitation et l’infériorisation de la moitié de l’Humanité ?

     

    Le geste d’Anne Soupa est un geste symbolique majeur.

    Comme l’était, dans la vie civile, le dépôt de gerbe sur la tombe de l’épouse du Soldat Inconnu à l’Arc de Triomphe en 1971 par le tout neuf Mouvement de Libération des Femmes.

    Une femme encore plus inconnue que lui !

    Les manifestations et gestes symboliques des femmes ces derniers temps ont été multiples :

    « Die-in » de femmes allongées par terre pour dénoncer les féminicides, défilé de militantes fantômatiques portant chacune une pancarte avec le nom d’une victime décédée au cimetière du Montparnasse ; collages d’affiches dénonçant les violences dans toutes les villes.

    Et ces happenings se déroulent aussi dans d’autres pays. 

    Sans oublier « #MeToo » qui a contraint les sociétés à regarder en face la fréquence et le scandale des agressions sexuelles sur les femmes et les enfants…

    Les femmes sont en train d’obliger les hommes à changer.

    En sera-t-il ainsi dans l’Eglise catholique ??

     

    Une question me taraude : à supposer qu’il y ait une femme archevêque, défendrait elle la dignité de toutes les femmes ?

    Je le dis franchement, je doute.

    Je doute parce que le « féminisme catholique » ne semble s’être réveillé que lorsque l’injustice criante faite aux femmes à l’intérieur de l’Eglise est devenue trop visible par rapport au mythe de » l’égalité-déjà-là »* véhiculé par la société civile.

    Je ne me souviens pas d’avoir vu ces femmes lorsque nous luttions pour des salaires équitables, l’arrêt des avortements –boucheries parce qu’illégaux, la diffusion de la contraception, des modes de garde cohérents pour les enfants.

    Seule , la Fédération des Femmes Catholiques est venue débattre avec le MLF, qui n’excluait aucunes femmes, sauf celles d’extrême droite.

    Nous ne les voyons guère(ou à titre individuel) dans les combats actuels.

    La raison de cette absence (ou de cette discrétion ?) me semble être dans le manque d’autonomie des femmes catholiques par rapport à l’Institution. Qui perdure.

    Une des questions fondamentales posées par le Christ à longueur d’Evangile est celle du choix : si obéir à la règle doit causer du mal, et que désobéir va causer le bien, alors nous avons le choix, et notre vie d’humain(e) libre nous impose ce questionnement permanent.

    Beaucoup de règles imposées par l’Eglise ne découlent pas des Evangiles, mais sont des inventions humaines, et masculines. Si elles aboutissent à la subordination, la ségrégation et l’exploitation, s’interroger sur elles est légitime.

    Depuis plus de cinquante ans, les femmes de tous les pays , en Europe et dans les Amériques, en Asie, ont analysé la domination dont elles sont l’objet, l’ont décortiquée du point de vue sociologique, économique, psychologique.

    Ces travaux, pourtant nombreux(et regroupés en tant que « Women Studies » dans les universités anglo-saxonnes) semblent être majoritairement inconnus des femmes catholiques françaises*(à qui on a certainement dit que les féministes , c’est le diable ?).

     

    Ainsi elles se trouvent démunies pour articuler ce qui leur arrive avec la condition générale des femmes. Parfois, elles ne voient pas que leur condition est indissociable de celle de toutes les femmes. Ou, plus douloureusement, cette prise de conscience féministe leur arrive parce qu’elles ont été victimes de violences graves au sein de leur communauté.

    Et, ne nous cachons rien, des hommes catholiques commettent des viols et des incestes, ; des hommes catholiques tuent leur conjointe ou ex-conjointe ; des hommes catholiques payent moins leurs salariées parce qu’elles sont des femmes.

     

    Mais l’Institution ne s’adresse jamais à eux pour leur demander des comptes, avec autant de vigueur qu’elle demande aux femmes de se sacrifier et se soumettre…

    Le féminisme ne consiste pas à défendre la place des femmes dans un groupe X, mais l’égale dignité et le partage d’un espace juste pour toutes.

    Aussi l’enjeu pour une éventuelle femme archevêque, même à titre virtuel et symbolique, est il considérable…

     

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

    Notes :

    *1 Mgr Barbarin a inspiré le titre du film « Grâce à Dieu » par sa réplique restée célèbre concernant des agressions sexuelles de prêtres sur des enfants/adolescents : « grâce à Dieu les faits sont prescrits »…

     

    * 2 l’égalité-déjà-là est un des mythes avec lequel le patriarcat musèle les femmes, qui auraient « tout gagné ». Vraiment ? 26% de salaire en moins ; retraites inférieures de 40%, 27% seulement de femmes parlementaires, 13% de cheffes d’entreprise…mais 80% des tâches ménagères sont effectuées par des femmes…

     

    *3 Je n’en dirais pas autant des québécoises, des espagnoles, et des sud-américaines…

     


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