• Au moment où est survenue la tragédie de Nice, j’étais en train d’écrire un article concernant une fois de plus, les enfants, et intitulé : « Trop d’orphelins ».

    Après les orphelins de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher, du Bataclan et des cafés avoisinants (plusieurs jeunes parents y ont perdu la vie),  le double meurtre d’un policier français et d’une secrétaire de police, sa compagne, à Magnanville, a fait récemment un autre orphelin : un jeune enfant de 3 ans, qui a assisté à la mort de ses parents.

    Une semaine plus tard, la députée travailliste britannique Joe Cox, assassinée en pleine campagne référendaire du Brexit,  laissait deux autres orphelins de 3 et 5 ans.

    S’il n’y a pas de mots pour décrire les traumatismes de ces petits, je ne peux oublier non plus que sur les 65 millions de personnes actuellement déracinées ou en déplacement forcé dans le monde, 51% sont des enfants.

    Le déplacement affecte de façon tragique la vie des jeunes, et 1 enfant sur 11 vit dans une zone de conflit.

    98 400 demandes d’asile émanent d’enfants ou d’adolescents non accompagnés, séparés de leurs parents, qui ignorent s’ils les reverront un jour. (Sources : CHCR, UNICEF)

    Une psychologue d’un centre pour réfugiés Palestiniens et Syriens expliquait dans un reportage qu’elle estimait une génération entière sacrifiée : certains enfants ne dessinent que du sang, des couteaux et des balles ; d’autres ne rêvent que de vengeance parce qu’on a tué des personnes de leur famille. Beaucoup ont perdu un de leurs deux parents.

    Pour quelles conséquences psychiques et sociales ?

    Les enfant meurent aussi : le petit Aylan n’était que le symbole de ces morts injustes et scandaleuses, dont l’Europe ne se soucie guère. Nous n’allons pas ici dresser de statistiques macabres, mais ils sont plusieurs centaines depuis janvier, malgré les efforts d’ONG, d’associations humanitaires, et des autorités italiennes,*1 à avoir trouvé la mort dans la Méditerranée. Plusieurs centaines : soit une vingtaine de classes de petits, moyens et grands.

    Une école entière.

    A l’heure où j’écris ceci, j’apprends qu’un jeune Afghan, mineur non accompagné, demandeur d’asile en Allemagne, a fait une tentative d’attentat dans un train, où plusieurs personnes ont été gravement blessées, et qui lui a couté la vie.

    Dans quelles conditions cet enfant (car légalement, c’était un enfant) a-t-il vécu, je l’ignore.

    Cette énième tragédie est peut être hélas une des réponses à mes questions précédentes : quelles conséquences psychiques et sociales pour les enfants en zones de conflits, les enfants qui n’ont plus de parents ? Seuls des bénévoles, c’est à dire « ceux qui veulent bien », s’attellent à la tâche de tenter de les reconstruire.

    Si les enfants victimes d’attentat sont « personnalisés », et si l’on publie leur photo et on raconte leur courte vie sur les réseaux sociaux, les enfants réfugiés sont une masse anonyme.

    Agresseurs comme celui-ci, ils connaissent une célébrité  éphémère et posthume.

    Une famine de masse pour des milliers d’enfants au Nigéria (50 000 ?) : c’est ce qu’annonce ce matin Médecins Sans Frontières. Des  centaines de tonnes de nourriture seraient nécessaires dans l’urgence, dans des régions où le tristement célèbre Boko Haram (littéralement : l’Occident illicite ») sévit….

    A Nice plus d’une dizaine d’enfants auraient été tués dans cette terrible agression au camion fou.

    QU’EST CE QUE L’HUMANITÉ EST EN TRAIN DE FAIRE À SES ENFANTS ?

    A cette question cruciale, je n’entends comme réponse que des discours « va-t-en-guerre » totalement inadaptés à la réalité.

     Pour contrer le terrorisme, certains préconisent des mesures de science-fiction totalitaire : un état d’urgence permanent, l’arrestation ou l’internement préventifs de tous les fichés, bref, une descente vers « Minority Report *2 » : arrêter ceux qui ont seulement l’idée de commettre un délit, ou pire, qui pourraient l’avoir un jour, au mépris des principes de droit qui nous différencient justement des barbares…

    D’autres encore s’en prennent aux migrants déplacés qui, comme nous venons de le voir, sont pour bon nombre des enfants.  L’équation obligatoire migrant=terroriste cède à ce banal constat : les meurtriers des précédents attentats étaient français ; celui de Nice un résidant ordinaire, installé durablement.

    La haine de la différence bat son plein avec son lot d’irrationnel : jusque sur les sites de journaux peu suspects de sectarisme identitaire, des commentaires haineux et stupides de lecteurs sur l’Islam  sont répétés en boucle, avec les mêmes obsessions : fermer toujours plus de mosquées, arracher les voiles…imposer une « laïcité » déformée, qui devient à son tour un dogme et un remède-panacée.

    Pour quelle efficacité ?

    L’irrationnel de l’opinion semble irréductible : en effet, dans l’attentat de Nice, d’après le procureur Molins lui même que je cite :

    « Les témoignages font état d’un individu (le meurtrier) éloigné des considérations religieuses, NE PRATIQUANT PAS LA RELIGION MUSULMANE , mangeant du porc et buvant de l’alcool, consommant de la drogue, et ayant une vie sexuelle débridée ». Dont acte.

    Ce comportement devrait être le cauchemar de tout fondamentaliste !

    Dans un premier temps « aucun élément de l’enquête ne démontrait l’allégeance de Mohammed L.B. à une organisation terroriste ». Puis nous avons su qu’il avait des complices. Et que cet attentat était certainement prémédité de longue date, sur la base d’une idéologie peu claire, référencée effectivement à la propagande de l’EI, qui a « revendiqué » l’attentat.

    Malgré ces données, qui dessinent un profil de terroriste jusqu’ici inconnu, le président de la LICRA de la région PACA fait tristement état d’une « parole raciste libérée » à Nice…

    Le véritable racisme, celui qui condamne non pas les actes, mais les personnes pour ce qu’elles sont, de confession ou d’origine réelle ou supposée.  Nombre de victimes du 14 Juillet sont musulmanes….les racistes n’en ont cure, et ils prennent double peine.

     

    La suite de l’enquête n’a pas attiré l’attention, pourtant elle est essentielle :

    « Il était (…) particulièrement violent à l’égard de son épouse et de ses enfants ».

    Quand cet aveuglement va-t-il cesser ?

    La violence machiste et familiale exercée par les hommes est en France systématiquement niée ou banalisée. Des magistrats osent affirmer qu’un homme violent envers son épouse ou compagne peut être par ailleurs un bon père ! Des hommes qui tuent femme et enfants à l’issue d’une séparation sont plaints car « ils ne supportaient pas la séparation », et ces meurtres récurrents sont recyclés en « drames passionnels ».

    Entre Janvier et Mai 2016 en France, 44 femmes, dont 33 mères, ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint dans le cadre d’une séparation. Ces meurtres ont fait 64 orphelins (encore !). 4 enfants ont été tués avec leur mère, 8 ont été tués par leur père qui s’est ensuite donné la mort, 1 bébé a été tué in utéro. (Source : AFD *3)

    Le plus grave, outre la faible publicité médiatique donnée à ces faits en tant que question sociale, est la faiblesse des peines encourues par les coupables ( si ils survivent !) et l’absence totale d’obligation de suivi psychologique ou psychiatrique.

    Considérer sa famille comme sa propriété exclusive, une part de soi-même sans aucune autonomie, ou des proies pour satisfaire son besoin de violence sont des symptômes extrêmement alarmants qui devraient être pris en considération. En France, ils ne le sont pas.

    Il serait intéressant de connaitre la teneur des sévices ou menaces que le meurtrier de Nice avait infligés à sa famille. Avait-il seulement une interdiction de les approcher ?

    Par ailleurs, la dimension psychiatrique de la « radicalisation » est superbement ignorée.

    La « radicalisation «  est vue comme un processus magique, une sorte de métamorphose inéluctable que personne n’analyse : « Il se serait radicalisé très rapidement » ??? « On évoque une radicalisation-éclair ( !) »

    Que met-on derrière ce mot ?

    Il est paradoxal qu’une opinion publique qui tend à reléguer les religions au rang de superstitions, abonde dans le sens d’une transformation mystérieuse et quasi-surnaturelle d’individus devenus soudain assoiffés de sang…

    En amont du processus, rapide ou lent, il existe une faille, une fragilité psychique, un événement parfois vu comme négligeable qui fait effraction dans l’univers interne du sujet, une déconnection du réel ou une pathologie latente, sur lesquels surfent les manipulateurs qui recrutent de nouveaux adeptes.

    Le « djihadisme » est probablement l’une des plus grandes manipulations mentales de masse de l’Histoire (après le nazisme*4), dont la nature sectaire et pathologique est très peu prise en compte. Ceux et celles qui travaillent avec acharnement sur cet aspect fondamental du recrutement des jeunes par l’Etat Islamique ont été peu soutenus.*5

    Il est  en effet plus rassurant de croire à l’efficacité de la déchéance de nationalité, ou du rétablissement rigide des frontières européennes, tous processus cadrés et concrets, que de se pencher sur des stratégies de manipulation mentale complexes, et d’essayer de leur faire barrage, avec le travail de fourmi que cela implique.

    Saluons l’intervention récente dans ce sens de Gilles Kepel*6 expliquant que ce n’est pas l’Etat, ce ne sont pas forcément les lois, qui peuvent empêcher le terrorisme, mais ce sont les citoyens eux mêmes. En ouvrant les yeux. En ayant des exigences sur la prévention, le traitement et la répression de TOUTES les formes de violence.  Il n’y a pas une violence acceptable, et une qui ne l’est pas ; une violence privée et une violence publique, elles sont en lien ; et la lutte contre les maladies mentales, qui facilitent et exacerbent la violence, devrait être une priorité aussi importante que la lutte contre le cancer !

    Actuellement, tous les cas d’emprise, de harcèlement, de violence intrafamiliale, de comportements agressifs répétés, sont traités avec une naïveté et un fatalisme qui confèrent à l’inconscience, et ne sont pas répertoriés comme fléaux sociaux.

    Lorsque la cause de tels agissements est la psychose, elle est très mal identifiée.

    La psychose a pour caractéristique de couper le sujet de la réalité pour l’enfermer dans un monde imaginaire où souvent, il est persécuté, ou bien a pour mission de défendre ceux qu’il croit persécutés. L’actualité traverse les malades, ils en absorbent des bribes qu’ils intègrent à leurs idées délirantes. C’est ce qui peut les conduire à des crimes. Voilà ce que m’avait expliqué une psychiatre qui soignait de jeunes adultes psychotiques.

    Internet, les jeux vidéo, avec leur virtualité, sont des pièges qui alimentent la psychose.

    L’utilisateur est seul-e devant l’écran, et personne ne vient interférer dans ce monde fermé, où n’importe quel endoctrinement est possible. Pour les plus jeunes, il n’est pas anodin de jouer à « tuer » des personnages fictifs sur une console.

    Si comme l’a souligné le même Gilles Kepel dans une interview à la chaine BFM TV, les pulsions sadiques d’un psychotique trouvent un écho et une satisfaction dans les scènes d’horreur meurtrière (décapitations, etc…) diffusées par Daesh, on peut craindre le pire, et il n’est pas besoin d’affiliation réelle à un groupe terroriste pour passer à l’acte. Une affiliation fantasmée suffit.

    « Nous sommes en guerre » nous dit-on, mais contre quoi ? 

    Si chanter « la Marseillaise «  rassure et réconforte ceux qui chantent, on peut considérer que si les organisations terroristes n’existaient pas, la violence des auteurs d’attentat se serait exercée sur un autre mode. Mais lequel ? Y aurait t-il eu moins de victimes ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question.

    En attendant, nous pleurons nos enfants, enfants du monde ; et des enfants supplémentaires vont grandir sans parents.

    Michelle Colmard Drouault

     

    Notes :

    *1 : La marine  italienne vient de sauver 2500 personnes en Méditerranée, qui dérivaient sur des embarcations de fortune (19/7/16, source Le Monde)

     

    *2 Minority Report : film de science fiction de Spielberg : en 2054, la société a éliminé le meurtre grâce à un système de prévention/répression sophistiqué : trois extralucides analysent en permanence les idées de violence meurtrière des individus…

     

    *3 AFD Alliance des Femmes pour la Démocratie

     

    *4 L’assassin de Ms Joe Cox était sympathisant d’un mouvement néo-nazi, la Nouvelle Alliance…

     

    * 5 Dounia Bouzar : Centre de Prévention contre les Dérives sectaires liées à l’Islam

     

     * 6 Gilles Kepel, politologue, professeur à l’institut d’Etudes Politiques (Sciences PO)

     

    Spécialiste de l’Islam.


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  •  

    Appel de Témoignage chrétien au pape François.

    Les rédactrices de ce  blog s’unissent à la pétition du journal Témoignage chrétien pour demander au pape François d’enlever un article jugé homophobe du catéchisme de l’Eglise catholique. Voici le texte de la pétition et le lien pour signer.

     

    « Il ne fait pas de doute que l’abominable tuerie d’Orlando est un crime de haine contre les homosexuels. Face à l’horreur, il ne suffit pas de déplorer ni même de compatir, il faut lutter et combattre ce qui conduit à la haine et au crime. En cette matière, toute connivence avec des propos ou des attitudes pouvant porter à la haine des personnes homosexuelles est une faute. Le crime homophobe de masse d’Orlando ne doit pas cacher la multitude de violences, morale ou physiques, subies par les gays et les lesbiennes à raison de leur orientation sexuelle dans le monde entier. C’est la violence de l’exclusion qui est contraire à la loi naturelle, et rien d’autre.

    Cette faute, vous avez, pape François, commencé à la reconnaître lorsque vous avez déclaré que les chrétiens, et spécifiquement les catholiques, devaient demander pardon aux personnes homosexuelles et que celles-ci ne devaient pas être discriminées.

    Ce sont de belles et bonnes paroles, une pensée élevée qui vous est familière, mais il faut maintenant aller plus loin.

    Pape François, vous pouvez combattre la haine. Abrogez immédiatement l’article 2357 (1) du catéchisme stigmatisant cette orientation sexuelle. La répression pénale de l’homosexualité constitue, on le sait, un terrain propice au passage à l’acte meurtrier, c’est pourquoi nous vous appelons à engager à l’ONU votre autorité et celle du Vatican, aujourd’hui étrangement réfugié dans l’abstention, pour obtenir la dépénalisation universelle de l’homosexualité. 

    Nous ne sommes pas un « lobby » mais des hommes et des femmes, de toutes les orientations sexuelles, qui reconnaissons les personnes homosexuelles comme des frères et de sœurs, un groupe humain à part entière, qui lorsque la menace pèse, a droit à une protection active.

    Pape François, la haine ne doit pas passer par des textes ou des positions que l’on conserverait par fidélité à des usages anciens. Souvenez-vous de l’engagement éclatant et sans équivoque du pape Jean XXIII contre l’enseignement millénaire du mépris l’égard du peuple juif.

    Pape François, notre temps a besoin de grandes voix pour lutter contre la violence et la haine. C’est pourquoi, chrétiens ou non, au-delà de nos appartenances spirituelles, ou de nos croyances, réunis dans notre commune humanité, nous vous lançons cet appel ouvert à la signature de tous, car tous sont concernés. Vous êtes l’une de ces voix, ne vous taisez pas.

    Cette pétition sera remise en temps voulu au nonce apostolique à Paris et au pape François. »

     

    (1) Catéchisme de l’Église catholique, article 2357 : « S'appuyant sur la Sainte Écriture qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que "les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés". Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l'acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d'une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d'approbation en aucun cas. » 

     

    On peut signer la pétition en cliquant :

     

    http://temoignagechretien.fr/articles/contre-lhomophobie-meurtriere-appel-de-temoignage-chretien-au-pape-francois


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  • Aujourd’hui dans ma paroisse des Alpes maritimes, je n’ai pas regretté d’être « montée » à la messe (la basilique est haut perchée).

    En effet, j’y ai entendu une homélie inhabituelle et très intéressante sur la place des femmes au temps de Jésus.

    Les femmes de cette époque, expliquait le chanoine, n’étaient personne ! Considérées comme des marchandises qu’on pouvait acheter, et dont on pouvait disposer à sa guise, destinées au service, la procréation de la descendance et le service de l’époux; elles étaient bien loin d’avoir une place d’êtres humains à part entière. Une place qu’elles ont mis des siècles à  conquérir. L’occupation romaine de la Palestine -l’homme romain avait droit de vie et de mort sur sa famille- n’a nullement amélioré cette situation.

    L’Evangile du jour, a précisé l’orateur, nous présente une femme dans une position de dénuement et de désespoir absolus : elle est veuve, sans homme pour la défendre et la faire vivre ; et son fils unique vient de mourir. En surcroit de son chagrin, elle est donc réduite à la mendicité selon les codes de la société de son époque. (1)

    Par ailleurs, personne ne la plaint, car le judaïsme de ce temps considérait le malheur comme la punition du péché, commis par l’individu, ou sa famille. Bien fait pour elle !

    C’est cette femme que Jésus va relever en tirant son fils de la mort ; « redresse-toi ! » dit il au

    jeune homme. En grec, les verbes redresser et ressusciter sont similaires.

    C’est à dire qu’où que nous soyons tombés, nous pouvons renaître.

    Jésus, a poursuivi le chanoine, a fait l’impensable pour ses contemporains : donner aux femmes une place d’égale dignité, s’adresser à elles, les traiter en amies (Marthe et Marie) remettre en question les codes qui les maintenaient en servitude (la répudiation) ou les ravalaient à des objets de mépris (les femmes prostituées) ou encore les condamnaient à mort sans jugement (la femme adultère).

    D’où le « scandale » qu’il a causé, les « blasphèmes »  dont on l’a accusé : la remise en cause de l’ordre moral de son temps n’était pas pardonnable….

    Or les hommes (de sexe masculin), conclut enfin le prêtre, pratiquent depuis bien longtemps une politique qui ne sert que leurs intérêts et leurs désirs.

    Mais la Parole de Jésus, malgré toutes les déformations qu’on a tenté de lui faire subir, est restée, et les femmes (du Haut Moyen Age en particulier) ont pu s’appuyer sur elle pour commencer à exiger leur dignité.

    Dans la prière Universelle, le diacre a demandé à l’assistance de prier pour tous ceux et celles qui travaillent à l’égalité des sexes !

    Cela m’a beaucoup touchée, car c’était la première fois de toute ma vie que j’entendais une telle prière !

    Une prière appuyée sur des actes : un garçon et une fille servants de messe, portaient la même tenue ; et une religieuse donnait la communion aux côtés du prêtre en bas de l’autel.

    Me voici renforcée dans mon combat : être féministe et croyante !

     

    Cependant, pour pousser plus loin la réflexion, peut-on considérer que la rigidité à l’égard de codes sociaux inégalitaires et discriminants, l’invention de la « place de la femme différente et complémentaire », les discours « sur » LA femme, sans laisser aux femmes plurielles la possibilité de s’exprimer, sont des résidus du paganisme et d’un judaïsme archaïque ?

    Probablement.

    Jésus n’a jamais évoqué aucune complémentarité, mais a laissé à chaque femme à laquelle Il s’adresse sa pleine place, sa liberté d’être elle-même. Il n’en a jamais exclu aucune.

    Il n’a jamais abordé le sujet de la fécondité des femmes et de la maîtrise de leur corps. Cela leur appartient. Mais les religieux se bouchent les yeux et les oreilles.

    Et, dans la société civile, les véritables conservateurs, les « réactionnaires » au sens de ceux qui réagissent à toute tentative de changer les places et les rôles, ne sont-ils pas ceux qui, y compris sous le manteau d’un progrès soi-disant toujours en marche, veulent continuer à ravaler les femmes au rang de chair à consommer ou de couveuse vivante ?

    Certains athées moqueurs ou détracteurs des religions qu’ils assimilent à l’obscurantisme, veulent en fait revenir à cette époque bénie où une femme n’était personne. Ils veulent pouvoir continuer à acheter des services sexuels sans sanction ; ils veulent pouvoir louer le corps d’une femme pour se fabriquer une descendance selon leurs désirs ; ils veulent pouvoir répudier une femme rapidement quand ils en ont assez. D’autres encore ne veulent pas leur laisser la liberté de se vêtir comme elles le souhaitent, ou de se réunir entre elles, elles doivent être accessibles et disponibles.

    La course en avant du « progrès », la levée des « tabous », ne serait-elle  que l’inflexible tour de roue d’un retour en arrière ? Un bond de deux mille ans…..

     

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

    (1)  Le statut de »non-personne » et d’exclue des veuves a encore cours dans certaines régions de l’Inde contemporaine : vêtues du blanc du deuil, nombreuses sont les veuves qui vivent de la charité publique si un fils ou un gendre ne les prend pas à sa charge. Des organisations caritatives, alertées sur ce problème, tentent de leur venir en aide. Et cela ne fait pas si longtemps encore (un siècle), les veuves de certaines provinces indiennes devaient se jeter vivantes dans le bûcher d’incinération de leur défunt époux : preuve irréfutable que sans époux, elles n’existaient pas !

     

     


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  • L’Eglise catholique de France vient d’être ébranlée par un scandale dont elle se serait bien passée :

    Suite à un dépôt de plainte d’anciennes victimes en mai 2015, le père Bernard Preynat, du diocèse de Lyon, a été placé en garde à vue le 25 janvier 2016, puis mis en examen le 27,  pour agressions sexuelles sur mineurs. Les faits remontent aux années 1980/1991.

    Constitués en association, « La Parole Libérée », les plaignants, anciens scouts, ont enfin trouvé la force d’agir, et de rendre public leur traumatisme, refoulé pendant de longues et douloureuses années.

    Cependant, leur action ne semble pas être la bienvenue dans l’Eglise et pour cause !

    Elle éclabousse le Cardinal Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002, qui, au courant des faits depuis 2007, date à laquelle il a convoqué et reçu le prêtre suite à un nouveau signalement d’atteinte sexuelle, n’a absolument rien fait d’autre que de le déplacer dans un autre département en 2011 (c’est son adjoint qui a pris cette initiative), puis de  « promouvoir »le père Preynat à la tête du doyenné de Roanne, en 2013.

    Entre 2007 et 2015, date de la plainte, le père Preynat n’a pas été écarté du contact d’enfants.

    On croit rêver.

    L’examen attentif des faits montre que c’est depuis 1991 qu’il existe des signalements au diocèse, puis des aveux écrits du prêtre lui-même dans des échanges de courriers avec les parents des victimes. En 1998, nouvelles plaintes, nouveaux échanges de courriers qui contiennent des aveux explicites. Dans ces deux circonstances, le seul résultat des plaintes a été la mutation du prêtre (à Neulise, puis à Cours la Ville) et son changement de nom d’usage.

    Publiés par l’Association d’anciens scouts, ces courriers de l’intéressé aux parents des victimes, s’ils contiennent des formules de repentir, dénotent aussi une terrible inconscience de la gravité de ses agissements :

    Il « s’étonne » qu’on exige de lui un départ précipité, qu’il appréhende de devoir annoncer à sa famille, et demande « Comment pourrais-je quitter du jour au lendemain la paroisse comme un voleur ? » Un voleur ? Comme si un vol simple était plus grave que le vol d’une enfance qu’il a accompli maintes fois pendant des années ! Comme si sa réputation était plus importante que la souffrance des victimes.

    Quand à la défense de Mgr Barbarin, elle est pathétique, et tout aussi irresponsable : le regard porté sur la pédophilie n’aurait « pas été le même » dans les années 90, ce qui expliquerait l’inertie du diocèse ? Et en 2007 ?  Comment explique t-il de n’avoir pas écarté ce prêtre immédiatement du contact d’enfants ? Il ne l’explique pas. Il se borne à se raccrocher au code pénal : il n’aurait selon lui « couvert » aucun fait de pédophilie. ( Qu’a t-il donc fait d’autre ?) Une telle défense joue habilement sur les mots : les plaintes concernent des agressions sexuelles (c’est à dire des délits) et non des viols-il n’y aurait pas eu de pénétration des victimes- Ainsi, persuadé d’échapper à la « non dénonciation de crimes » qui l’emmènerait en Cour d’Assises, l’archevêque reste droit dans ses bottes.

    Les témoignages des anciennes victimes sont terribles, et ils dénoncent par de simples phrases l’enfance souillée (« il m’a appris des mots et des actes que je ne connaissais pas ») ;

    l’enfance terrifiée (« il était le Père B, il avait l’autorité, il fallait le respecter ») ; et l’innocence et la foi dupées (« c’était un prêtre, il ne pouvait pas être mal intentionné »).

    Trente ans après, ces hommes racontent le malaise, la peur, l’appréhension des agressions, et la duplicité de leur agresseur, qui nommait ses favoris servants de messe pour avoir l’excuse de les emmener préparer la messe à l’avance dans sa voiture, et procéder à des attouchements. Ces actes n’étaient donc pas des « impulsions » ; nous pouvons présumer qu’ils étaient prémédités.

    Certaines victimes, dont il faut saluer la grande foi, se soucient de savoir si les sacrements donnés par le prêtre étaient bien valides.

    Alors, la question est la suivante : les prêtres et prélats de l’Eglise catholique, qui se prétendent experts en humanité, sont-ils totalement ignares en matière de sexualité , de déviations sexuelles, de psychologie de l’enfant ? Comment ignorent-ils les souffrances physiques et psychiques causées par les abus en tous genres sur des enfants et leurs répercussions ? Ces enfants devenus adultes, époux et pères, disent pudiquement leurs difficultés, leurs blessures, et comment leurs compagnes ont du les approcher avec précaution et un amour sans faille pour qu’ils parviennent à se construire malgré tout.

    Mgr Barbarin a été un des plus farouches opposants au mariage entre personnes de même sexe, soi-disant au nom de la « protection des enfants ». Il avait tenu des propos d’une grande violence. Ses lectures sont donc à géométrie variable ! Ou bien est-il si ignorant, si peu instruit, qu’il confond la pédophilie, qui est l’incapacité à se sentir attiré par des adultes, que l’on soit hétérosexuel ou homosexuel, et l’amour entre deux personnes adultes et consentantes de même sexe ?  A ce moment là, est-il vraiment en mesure de guider des croyants ?

    Le plus grave nous semble être le soutien dont il bénéficie parmi les fidèles : Mgr Barbarin a célébré la messe des Rameaux à Lyon dans une église pleine ; et des journalistes se sont entendus confirmer ce soutien à la sortie de l’office.

    L’archevêque, comme ceux qui le soutiennent par ignorance ou aveuglement, contribuent à discréditer l’Eglise, à faire fuir loin d’elle nombre de croyants dégoutés ou désemparés.

    Ils finissent par douter, et par écouter les sirènes de ceux qui disent « comment Dieu peut-Il permettre de telles ignominies ? ».

    Comment des hommes peuvent ils les commettre ? C’est plutôt là la question.

    Le repli traditionaliste sur les seuls servants de messe masculins ne fait que prêter le flanc aux tendances prédatrices de prêtres pédophiles : il est beaucoup plus facile, comme le démontrent ces témoignages, de prétendre « initier » de jeunes garçons à un service réservé à leur sexe pour les approcher et prendre de l’ascendant sur eux. Un environnement mixte coupe court à ces secrets d’initiés.  Dans un environnement mixte, les jeunes garçons apprennent progressivement et joyeusement des relations de respect et de camaraderie avec l’autre sexe.

    Il n’existe pas de logiques excluantes.

    Rappelons qu’au Québec, depuis quelques années, les servants et servantes de messe sont uniquement des adultes.

    Le mouvement « La Parole Libérée » a écrit au Pape François  le 14 Mars, pour exprimer sa préoccupation, et demander au Saint Père de l’aide pour que les victimes puissent obtenir réparation.[1]

    Nous ne pouvons qu’espérer une parole forte, et le réconfort qu’elles attendent.

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

     

     

     



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  • Cette année encore, nous entendrons le mot « femme » toute la journée, car aucun organe de presse ne veut passer pour réactionnaire et passéiste en ignorant cette date symbolique.

    Alors, chacun y va  de son couplet admiratif (quelques femmes célèbres, la regrettée Florence Arthaud, par exemple) ou de son lamento (tant de chemin reste à parcourir !).

    Mais la journée est toujours, à quelques exceptions prés, présentée comme « la journée de LA femme », abstraction, généralité, concept éthéré et imaginaire qui nous nie toutes ensembles dans nos diversités :

    Femmes nous sommes Noires, Blanches, Asiatiques, Amérindiennes, Inuits, Africaines du Nord ou du Sud, Perses ou Moyen Orientales… Nous sommes mères par choix ou par contrainte ; homosexuelles, hétérosexuelles, bisexuelles ou transgenre ; libres de nous montrer ou obligées de nous cacher. Nous sommes une multiplicité de visages et de courages, car nous sommes aussi :

    MUTILÉES : si l’excision régresse, grâce surtout à la ténacité de femmes africaines qui forment des sages-femmes pour faire des interventions itinérantes dans les villages, elle reste une pratique majoritaire en Egypte, où elle est médicalisée pour les plus fortunées : seul est supprimé le traumatisme de la souffrance, mais reste celui de la non-jouissance ; d’une sexualité atrophiée et vide de sens demeure. Une médicalisation proposée, au mépris du serment d’Hippocrate, par certains médecins américains, dans le but de « limiter les dégâts » tout en conservant le rite. Or l’excision n’est plus un rite de passage, puisqu’elle n’est plus pratiquée à l’adolescence, avec les rites de passage qui les accompagnaient, mais sur des fillettes de plus en plus jeunes, voire des bébés ! Le but réel de l’opération est alors montré dans toute sa cruauté : contrôler les femmes, et les empêcher d’avoir une sexualité épanouie et des désirs. Elle va souvent de pair avec des MARIAGES FORCÉS, de plus en plus précoces ; c’est à dire des VIOLS DE PETITES FILLES. (Yémen, Soudan, Mali, Mauritanie, Somalie, entre autres)

    Félicitons les hommes et les femmes qui s’obstinent à montrer que dans notre diversité nous sommes toutes égales, et qu’aucune « exception culturelle » ne justifie des mutilations ou des crimes. Bravo au clip  de Julie Gayet montrant le mariage forcé d’une petite blondinette parisienne avec un vieil homme ; merci à Linda Weil-Curiel  d’avoir clamé, voici des années déjà , que Noires ou Blanches, les petites filles avaient les mêmes droits, et d’avoir impulsé les premiers procès pour excision sur le sol français, sensibilisant ainsi l’opinion. Car auparavant on pouvait encore voir des films sur « l’excision rituelle en Afrique », présentée comme un quelconque rituel folklorique et exotique… Merci aux médecins-des hommes pour la plus part- qui effectuent des chirurgies réparatrices sur les femmes excisées, et leur permettent une meilleure vie. Ils sont pour nous l’image de la solidarité humaine, et de l’entente des sexes, la démonstration vivante de l’abandon de la soif de pouvoir pour le respect et la compassion…

    APPAUVRIES : dans le monde occidental, aucun pays ne parvient à une égale représentation politique et économique des hommes et des femmes.

    En FRANCE, les chiffres sont effarants, rappelons-les : 26% d’écart de salaires entre les hommes et les femmes ; 73% d’hommes dans les instances parlementaires ; aucune femme à la tête d’une entreprise du CAC 40 ; mais 80% des personnes gagnant moins que le SMIC sont des femmes, le plus souvent avec enfants…

    ASSERVIES : nous effectuons 89% des tâches ménagères, 60% des tâches liées aux enfants, sans aucune rémunération ;

    HARCELÉES : plus de 90% des femmes ont reconnu avoir subi des attouchements, ou des intrusions ou interventions brutales ou humiliantes dans les transports français.

    Il se produit  un viol toutes les 6 minutes, et pour seulement 10% d’entre eux, une plainte est déposée. Mais les agresseurs sont loin d’être tous des anonymes ! Dans 37% des cas, il s’agit du conjoint ou ex-conjoint ou partenaire !

    TUÉES : une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son partenaire de vie.

    Mais surtout, dans notre pays comme ailleurs, nous sommes sujettes au DÉNI de notre vécu et de notre expérience : les insultes sont de l’humour, le harcèlement est de la galanterie, le viol est une « relation trouble » ou un « non qui veut dire oui » ; les coups sont de la jalousie et de l’amour ; le meurtre est « passionnel », et justifié par la « douleur de la séparation »….Ce sont les errements linguistiques de media eux aussi essentiellement masculins, où ne s’expriment (péniblement), que 30% de femmes.

    Dénier à une personne ce qu’elle vit, c’est lui retirer une partie de son humanité profonde, c’est induire une souffrance psychique énorme. Quelques femmes se prétendant « féministes », mais ayant totalement intériorisé l’idéologie dominante, veulent faire taire les doléances en se gaussant du « féminisme victimaire » qui aurait fait « fausse route » !

    Cette stratégie ne s’applique bizarrement qu’aux femmes, car je n’ai jamais entendu parler de « lutte anti-apartheid victimaire », par exemple.

    Nommer l’oppression est la première étape vers la transformation des mentalités et des sociétés. Une démarche qui provoque souvent des réactions extrêmement violentes de la part de ceux qui ont intérêt au maintien du patriarcat, fut il enrobé ou déguisé. Cette violence (verbale en général) a le mérite de lever les masques. (1)

    Nos filles, nos petites-filles, ont encore du pain sur la planche….

    Dés demain 9 mars, on nous remise aux oubliettes jusqu’à l’an prochain.

    En attendant, ne lâchons rien !

     

    Michelle. C. DROUAULT.

     

    (1) La violence récente d’hommes se prétendant « bons chrétiens » en commentaires d’un article sur les discriminations vestimentaires  et de fonction des petites filles dans l’Eglise Catholique (au mépris de la parole des Papes) est édifiante….

     

     

     


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