• Les pressions idéologiques en faveur de la gestation pour autrui demeurent fréquentes, et répétées depuis presque une décennie.

    Elles visent à la manipulation d’une opinion publique souvent prête à réagir de façon passionnelle, et impulsivement compassionnelle.

    Les arguments mis en avant sont toujours les mêmes : la détresse des couples stériles, et « l’amour » qui serait le moteur de la décision de devenir mère de substitution.

    Ces propos ne résistent pas à la plus simple analyse.

    Si la détresse des couples stériles est bien réelle, elle ne peut en aucun cas justifier d’infliger volontairement de la souffrance à autrui pour y mettre fin.

    Myriam Szejer* et Jean Pierre Winter, pédopsychiatres et psychanalystes, ont fondé « La cause des bébés », une association pluridisciplinaire qui milite pour « l’éthique du sujet-bébé ».

    Dans une réflexion très rigoureuse parue sous forme d’article dans la revue « Etudes » de Mai 2009, ils détaillent la souffrance et les dommages que la maternité « de substitution » « inflige tant au bébé qu’à celle qui le porte.

    Le fœtus, observe le Dr Szejer, se soucie peu des gamètes, et ce n’est pas elles qu’il reconnaît ! Les parents génétiques sont pour lui des étrangers.

    L’arracher à sa naissance à l’univers de perceptions sensorielles qu’il éprouve depuis le 5ème  mois de grossesse (voix, bruits), bref à l’ambiance familiale de sa vie anténatale, constitue pour lui « un véritable chaos », et une » rupture dévastatrice » avec ce qui permet à un nouveau-né de se repérer dans les premiers moments de sa vie.

    Il faut en mesurer les conséquences.

    Comment, demande-t-elle, les médecins, qui savent tout cela, et ont mis en place tout ce que nous avons cité dans l’article précédent : « peau à peau », « unités kangourous » mère/enfant, pour améliorer le pronostic de survie des prématurés et bébés fragiles, etc… comment certains d’entre eux peuvent-ils apporter leur caution au système des mères porteuses ?

    Prescrire des « abandons sur ordonnance » alors que toutes les recherches sur le psychisme infantile sont unanimes sur le préjudice d’une séparation mère/nouveau-né ?

    Par un processus bien connu, répond le Dr JP Winter : la dénégation.

    La dénégation vient de ceux qui ont intérêt à ce procédé, et retournent en boomerang la violence qu’il implique pour se positionner eux (ou ceux pour qui ils œuvrent) en victimes souffrantes.

    C’est une manipulation mentale bien connue, fort semblable à celle diffusée par les masculinistes concernant les « droits des pères ». La souffrance des enfants y est niée pour mettre en avant celle (réelle ou supposée) des pères, et les droits des enfants se confondent avec ceux des pères ; ce ne sont plus des droits autonomes de sujets.

    Il s’agit d’une régression terrible sur la conception de l’enfance. On a longtemps considéré à tort que les nourrissons ne ressentaient pas de souffrance physique, et qu’on pouvait les opérer sans anesthésie ( !) ; on entend fermer à présent les yeux sur leurs souffrances psychiques et sensorielles, dans le simple but de légitimer une pratique. Il est vrai que le bébé, ici objet de contrat et « produit », n’a pas droit à être sujet pensant….

    Le Dr Winter a été amené à assurer le soutien psychologique d’une mère de substitution.

    En France, le stratagème est simple, et utilisé depuis longtemps, sans que des contrôles suffisants soient effectués pour débusquer ces situations : les parents « génétiques » font pratiquer une FIV à l’étranger, où la mère de substitution se fait inséminer avec l’embryon du couple ; puis elle accouche sous X dans un hôpital français, et le père génétique reconnaît l’enfant.

    Comment, interroge t-il, une femme enceinte d’un enfant peut elle dire que cela ne la fait pas souffrir de l’abandonner à la naissance ?

    En clair, avons nous ici abandonné tout bon sens, et tout sens de l’humain ?

    Comment peut se sentir une femme contrainte de ne pas s’attacher à l’enfant qu’elle porte, quel est ce « déni de grossesse » volontaire ?

    Il est bien étrange qu’une société qui juge à son de trompe les mères en déni involontaire de grossesse par maladie psychique, et s’indigne (à juste titre) du sort des « bébés congelés », soit prête à allègrement prescrire des situations de déni, également sur ordonnance….

    On objectera que jadis, les mères peu certaines de la survie de leur enfant évitaient de trop s’y attacher ; et qu’ils étaient, pendant une longue période (du XVII au XIXème siècle) envoyés en nourrice sitôt après leur baptême.(voir notre article « pères nourriciers ») Certes. Mais revenir à l’équivalent de ces pratiques supposerait, en toute contradiction avec les affirmations précédentes, faire fi des progrès des sciences humaines !

     

    La mère de substitution suivie par le Dr Winter correspondait à tous les critères définis par les partisans de la pratique de la GPA : mariée, déjà mère de plusieurs enfants.

    Elle n’a pas été rémunérée, mais indemnisée.

    Cependant, le praticien souligne qu’il s’agit d’une femme fragile, au passé douloureux, qui s’est laissée attendrir par un couple stérile rencontré sur internet.

    Il évoque le risque que les candidates soient effectivement des femmes qui rejouent inconsciemment par là des maltraitances ou des ruptures infantiles.**

    Les complications sont survenues dés le 6ème  mois, et peu à peu, la mère porteuse a vu ce couple de parents d’intention « souffrant », changer de visage, et ne manifester aucune compassion pour ses difficultés (alitement, souci de garde d’enfants), pour devenir, après la naissance par césarienne, carrément arrogant et envahissant. ( Ce type de comportement a été relaté plusieurs fois aux USA par des mères de substitution qui avaient fini par changer d’avis devant l’emprise tyrannique des parents génétiques sur leur vie familiale)

    La mère porteuse et son mari se sont retrouvés dans une grande souffrance, traitée avec indifférence et désinvolture ; la mère s’était malgré elle attachée au bébé. Mais lorsqu’elle a voulu en demander des nouvelles, les parents « génétiques » sont devenus menaçants.

    Le psychanalyste nous laisse comprendre que la famille de la mère gestatrice mettra du temps à se remettre, ( si cette blessure se referme jamais !) malgré un soutien thérapeutique.

    « J’ai été prise pour un sac », a dit cette femme.

    Voilà à quelle réalité se heurte « l’amour », par lequel on appâte des femmes fragiles, soit par leur situation matérielle, soit par leur situation psychique. Il existe toujours une vulnérabilité.

    N’hésitons pas à dire qu’il s’agit d’un rapport de classe. La pratique des nourrices mercenaires à domicile au XIXème  siècle a été dénoncée comme telle : les bourgeois fermaient les yeux sur le fait que la nourrice devait délaisser son propre enfant pour venir s’occuper en ville d’un enfant de classe aisée que sa mère ne voulait pas allaiter (certains époux l’interdisaient à leur femme).

    Pour les dominants et les commanditaires, peu importent donc les souffrances infligées, du moment que le produit leur est livré. En cela nous pouvons partiellement donner raison à Pierre Bergé (voir 2nde partie) sur un point : les patrons d’usine des siècles précédents ne raisonnaient pas autrement(et ils continuent en Asie et ailleurs).

     

    A la lumière de ces problématiques, il paraît nécessaire de poser la question : qu’est-ce que le désir d’enfant ? Qu’est-ce que le désir d’élever des enfants ?

    Il convient de distinguer le désir de se reproduire, que l’espèce humaine a appris à canaliser pour progressivement maîtriser sa fécondité de manière acceptable, du désir d’avoir des descendants ; et de celui de vivre avec des enfants, et de les aider à grandir.

    Le désir de se reproduire est distinct de l’acte sexuel, et de l’orientation sexuelle.

    Parfois, certaines femmes ressentent une envie très puissante, et très récurrente d’être enceinte, tout le temps de leur jeunesse. Cela ne veut pas dire qu’elles mettent ce désir à exécution, ni qu’elles se retrouvent enceintes tous les ans ! Elles ont assez de raison pour avoir les enfants qu’elles peuvent assumer.

    Le désir de se reproduire implique aussi quelque chose de plus noble, partagé par une majorité d’êtres humains , hommes et femmes : la volonté et le souhait de transmettre un savoir, une terre, un espoir, une foi, des valeurs ; bref la volonté de survivre à sa propre mort par le biais de ses descendants.

    Ce moteur universel est cependant différent selon les époques et les cultures.***

    Il faut y joindre le désir de prolonger l’amour conjugal : donner vie à son amour. Une notion très contemporaine.

    Enfin, il y a le désir de vivre en compagnie d’enfants, et de participer à leur développement.

    Il y a peu de temps que ces trois désirs bien distincts sont censés être condensés dans un terme fourre-tout, le « désir d’enfant ».

    Jusqu’au XVIIIème siècle, la reproduction « animale » était involontaire, et souvent un fardeau pesant et menaçant pour les femmes. Et la volonté de transmettre un domaine ou une charge était plus exacerbée chez les possédants. Quant au désir de la compagnie des enfants, son couplage avec le fait d’être parents est extrêmement moderne : aristocrates et bourgeois ; artisans aisés, n’élevaient pratiquement pas leurs enfants, qui allaient de nourrice en pension, d’apprentissage éloigné en corps d’armée (voir l’article : « Enfances et Famille, des représentations relatives »). Par contre, l’autorité parentale, souvent tyrannique et arbitraire, demeurait indiscutée. De nos jours encore, les nombreuses « nounous »  qui élèvent les enfants des parents de profession libérale ou aisés, montrent la dissociation qui existe entre être parent, et vouloir se charger d’un enfant ou de plusieurs 24h/24. Le désir affiché de la compagnie et de l’éducation des enfants semble plutôt être l’apanage des enseignant-es et éducateur-trices. Qui ne souhaitent pas toujours avoir des enfants à eux….

    Mais plus on descend dans l’échelle sociale, plus l’obligation d’être parent, et surtout d’être mère- de surcroit, une « bonne » mère- se fait absolue.

    Depuis le milieu du XXème siècle, cette obligation a pour les femmes le poids d’une charge écrasante qu’elles assument quasiment seules : la famille élargie a peu à peu disparu, et la participation des pères reste facultative.

    Il semble qu’être mère soit devenu la seule identité constitutive d’une femme.

    Naturellement, plus l’investissement professionnel d’une femme est faible, moins son poste est gratifiant, plus cela est prégnant.

    Néanmoins, le modèle idéologique moderne de la femme « épanouie » « réalisée », est celui d’une femme qui est parvenue à « tout concilier » : carrière, enfants, couple uni….

    Constater que les femmes ne concilient rien, si ce n’est au prix d’une intense fatigue et d’une discrimination stagnante dans le monde du travail, serait l’objet d’un autre débat.

    Pour le moment, interrogeons nous sur l’axiome répété par les partisans de la GPA, à savoir que les mères porteuses vont permettre à d’autres femmes d’enfin « donner un sens à leur vie ».

    C’est un retour à une idéologie issue du XIXème siècle patriarcal et occidental, afin de faire rentrer les femmes à la maison, et de les écarter des études et du marché du travail (du moins celles qui ne pouvaient être exploitées dans l’industrie et les services !) : une femme n’en est une qu’à la condition d’être mère, état qui doit remplir toute sa vie.

    Le « progrès » tant vanté auquel nous ne pouvons pas nous soustraire, est au contraire un rétropédalage idéologique inquiétant.

    On comprend alors l’acharnement des femmes dont le couple est stérile à procréer à n’importe quel prix, si hors de cela, leur vie est réputée sans valeur. A leurs yeux, à ceux de leur conjoint, et de la société.

    Etre mère est une part de la vie d’une femme, cela ne la définit pas.

    Mais pourquoi l’adoption est elle si peu plébiscitée ?

    Jean Pierre Rosenczveig, magistrat, président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, donne sur son blog une hypothèse d’explication :

    Quinze mille demandes d’adoption ont été enregistrées dans l’année par les Conseils Généraux.

    Or 2300 enfants seulement sont adoptables, c’est à dire pupilles de l’Etat.

    On ne peut que s’en réjouir : ils étaient 20 000 en 1980.

    Cependant, dit-il, la majorité des candidats à l’adoption veut un bébé de 3 mois environ, de type européen, en bonne santé.

    Et les enfants adoptables sont âgés de 7 à 9 ans, souvent de couleur, souvent handicapés, et beaucoup sont en fratrie.

    Certains, ajoutons-le, ne sont adoptables qu’en « adoption simple », c’est à dire qu’ils gardent leur nom, et un lien avec leurs parents de naissance.

    Devant ce décalage, il évoque le « déphasage » des candidats, qui se tournent alors vers l’adoption internationale, ou….la GPA, alors qu’ils savent se trouver en pleine illégalité !

    A ce propos, le magistrat exprime son exaspération*° devant le tapage médiatique de la poignée de personnes aspirant à « avoir » un enfant coûte que coûte, alors que la loi sur la famille devrait avant tout viser à résoudre les difficultés communes de millions d’enfants (le statut du beau-parent, entre autres).

    Adopter un enfant qui a une histoire de plusieurs années n’est pas simple. Cet enfant a eu en général un parcours difficile : deuil, maltraitance, violence, incarcération ou maladie incurable des parents, placements multiples, scolarisation décousue ou peu valorisée…Il peut avoir été confié pour adoption en raison d’un handicap, et en garder la blessure inconsciente.

    Elever un tel enfant, avec parfois ses frère et sœurs, demande de l’abnégation, de la solidité, et du soutien, familial et psychologique, voire spirituel.

    Ne sommes-nous pas en train d’assister à l’obsession de l’enfant parfait, de l’enfant rêvé ?

    Mais surtout, à la victoire d’un narcissisme exacerbé : l’enfant parfait ne peut venir que des gênes, des gamètes, transmises ou choisies par les parents ; et il doit socialement « donner l’illusion » d’un enfant conçu naturellement. C’est le triomphe d’un étrange biologisme ; de la notion archaïque de « la voix du sang », autre régression impliquée par la préférence de ces pratiques contestables à l’adoption.

    Nous pouvons poser la question : pourquoi toutes ces personnes « en mal d’enfant » ne s ‘occupent-elles pas pour commencer des enfants qui ont des parents en difficulté ?

    Ils et elles pourraient parrainer des enfants, devenir parents de villages d’enfants orphelins, bref donner de l’amour et de l’attention au grand nombre d’enfants sous le seuil de pauvreté (deux millions en France !) qui ont besoin de soutien sous diverses formes.

    Et si tout cet argent investi dans des GPA à l’étranger était utilisé à donner un toit décent à des enfants mal logés ? On peut toujours rêver….

    On pourrait imaginer aussi qu’il existe une « formation de parents adoptants », pour adapter les parents à la réalité des enfants adoptables, et les accompagner dans le deuil du poupon imaginaire qu’il leur faudra faire….

    S’il n’existe pas de « droit à l’enfant », il existe une « Convention des Droits de l’Enfant ».

    Offrir de l’équilibre, du bonheur et de l’éducation au maximum d’enfants qui peuplent déjà la planète devrait être une priorité, avant d’en fabriquer d’autres dans des laboratoires.

    Ceci bien sûr ne remet pas en question les FIV intra-conjugales de couples qui ont des difficultés à concevoir, je m’empresse de le préciser.

    Nous avons peu de recul : les enfants nés par GPA sont encore petits.

    Quels adolescents, quels adultes deviendront ils ? Les traumatismes de leur période néo-natale auront ils une répercussion sur leur devenir ? Comment assumeront-ils leur histoire ?

    Nous l’ignorons.

     

    Michelle C. DROUAULT

    (Avec mes remerciements renouvelés à B. de Dinechin)

     

    Notes :

     

    *Myriam Szejer est l’auteure, entre autres, de « Ces Neuf mois là », préfacés par le Pr René Fryman ; et de « le bébé et les ruptures ».

     

    ** C’est un fait que nous avons déjà constaté en tant que travailleur social chargée des entretiens en vue d’un recueil temporaire à l’Aide à L’Enfance, ou d’un consentement à l’adoption

     

    *** et il est encore teinté de nombreuses discriminations de genre, certaines fonctions ou héritages ne pouvant être laissés à une femme. A l’opposé certains savoir-faire artistiques ou médicinaux ne se transmettent que de grand mère à petite-fille, ou de mère en fille.

     

    *° « Parlez moi de moi, Y’a que moi qui m’intéresse » sur le blog de JP Rosenczveig.

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Dans un de ses colloques , le professeur Jacques Testart, directeur honoraire de recherche à l’Inserm et scientifique, aborde la fuite en avant de ce qu’il appelle la « technoscience », et le manque de précaution et de réflexion qui prévaut , aussi bien dans ce qui touche à l’environnement qu’en matière de bioéthique.

    Il évoque (je cite) « l’escalade récente des propositions pour engendrer les enfants », et la confrontation de la bioéthique à la notion de « progrès » sans limites.

    Citant lui aussi la philosophe Sylviane Agacinski, et sa préconisation de la bioéthique comme une « autolimitation de la puissance », le scientifique reste néanmoins pessimiste.

    Il estime que la séduction du langage dont nous parlions précédemment finira sans doute par « éroder la violence initiale » (je cite) de techniques absolument surréalistes comme le clonage d’organes humains ; ou encore d’êtres humains. Dans cette fuite en avant, certains souhaitent des recherches dans ce sens, et le pire serait encore à venir…

     

    Lorsqu’on voit qu’une célèbre psychanalyste, qui a par ailleurs remarquablement analysé et démonté les motivations passionnelles et  anti-intellectuelles  de beaucoup de sympathisants des « Manif pour Tous », est favorable à la GPA au motif qu’ « il est illusoire de s’opposer au progrès de la science » ; et qu’un autre philosophe très médiatisé dont elle est pourtant une des plus farouches contradictrices**, clame que rien de ce qui est techniquement possible ne pose problème, et pourquoi pas un utérus artificiel ? … les bras vous en tombent, et nous avons de bonnes raisons d’être inquiet-es.

     

    Le professeur Testart pose une question essentielle : la médecine est elle bien dans son rôle quand elle participe à des montages comme l’AMP (assistance médicale à la procréation) ou éventuellement la  « gestation pour autrui » ? Y-a t- il maladie ? La stérilité est elle une maladie ou une incapacité ?

    Nous avons visionné un reportage sur l’IAD (insémination artificielle avec donneur) et les dons d’ovocytes en France. Une impression de malaise s’est dégagée pour nous à regarder ces entretiens où le médecin demande avec précision au « père social » la couleur de ses yeux, de ses cheveux, son groupe sanguin, son poids, sa taille, ses goûts…afin de choisir un donneur qui corresponde au plus près à ce tableau, et créer ainsi une parfaite supercherie organisée, puisque jusqu’à une date récente, on recommandait le secret aux parents d’enfants nés par IAD.

    Il arrive aussi que ce soit la mère qui ait un problème de stérilité, et doive faire appel à une donneuse ; l’ovocyte de la donneuse est alors fécondé avec le sperme du père ; mais ces cas sont plus rares.

    Et il nous est apparu  ce qui a également frappé le scientifique : C’EST AU MÉDECIN QU’APPARTIENT LE CHOIX DU DONNEUR OU DE LA DONNEUSE.

    Est il ou elle à sa place ? Quel pouvoir exorbitant est le sien de décider de la généalogie biologique d’êtres humains ! Et le praticien n’est il pas naturellement tenté de pratiquer une certaine forme d’eugénisme involontaire, c’est à dire d’attribuer ce qu’il y de « meilleur » à ces futurs parents ?

    Dans une récente interview télévisée, J. Testart a rappelé que si dans notre pays 2, 5% d’enfants naissaient par IAD, dans 25% des cas, la stérilité des parents n’était pas démontrée.

    Dans ces cas là, le médecin serait alors une sorte de démiurge qui prend en charge l’impatience ou les difficultés psychiques d’un couple (alors qu’il n’est pas psychiatre) pour les traiter par la satisfaction du désir. Est ce bien le fait du serment d’Hippocrate ?

    En ce qui concerne la GPA, le rôle du médecin est encore plus discutable : il met en relation, en vue d’un montage social, une femme dans le besoin et un couple hétérosexuel ou homosexuel. 70% des demandeurs de GPA aux Etats Unis sont des couples d’hommes.

    Ces hommes ne sont pas stériles. Mais il leur faut souvent « utiliser » deux femmes pour satisfaire leur fantasme et leur désir, une donneuse, et une mère porteuse.

    Dans son intervention, Testart accuse toutes ces pratiques d’ « installer durablement l’assistance médicale dans l‘univers marchand, pour la satisfaction d’intérêts particuliers ». (citation)

    Et en effet.

    Nous avons consulté les sites d’un organisme américain de « mères de substitution » qui fait là bas une grande publicité, et tente de s’implanter en Europe.

    Nous avons étudié les clauses de contrat, et la linguistique.

    Le langage est effectivement un langage commercial, émaillé de termes médicaux.

    Il y a le contrat lui même, les garanties, les tarifs.

    Les notes additionnelles sont assez symptomatiques des glissements sémantiques opérés pour une meilleure accroche : la mère de substitution n’est JAMAIS appelée « mère », mais seulement « surrogate », c’est à dire « substitut » en substantif. L’anglais étant neutre, cela peut être traduit littéralement par « le substitut », ou « votre substitut ». Il y a donc pour les parents une dépersonnalisation progressive de la mère porteuse au profit de la visibilité  unique des « parents d’intention ».

    Ceci s’adresse à eux.

    Le langage médical est assez cru et direct, mais il évite soigneusement toute personnalisation ou mention des êtres humains qui participent à l’opération :

    Je cite :

    « Pour un total de 33 750 $, et une garantie additionnelle de 5000 $* pour les frais d’agence, vous recevrez (qui est « vous » ? En fait, c’est la gestatrice qui reçoit , mais elle est gommée)

    soit 3 transferts de 2 embryons, soit frais, soit congelés ; ou des ovocytes fécondés ou congelés ; OU ENCORE 6 transferts d’1 embryon frais ou congelé, ou d’1 ovocyte fécondé et/ou congelé. Le premier transfert est toujours effectué avec des ovocytes frais provenant d’une donneuse contrôlée par un médecin. Si les parents d’intention n’ont pas de succès au premier essai, et qu’il reste des embryons congelés, ils peuvent utiliser les embryons qui leur sont médicalement recommandés. S’ils ne sont pas recommandés (on les a triés), ils peuvent essayer un nouveau cycle avec dix ovocytes, ou embryons congelés provenant d’une donneuse contrôlée ».

    Les termes « femme », mère », n’existent pas, il n’existe que des manipulations.

    Seuls les parents sont sujets, les donneuses et les porteuses sont objets, non nommées,

    in-nommables. Quant au terme « transfert », d’une terrible froideur technique, il nous a rappelé d’autres enrobages linguistiques de sinistre mémoire.* 1

    Les intermédiaires, qui ont pour FONCTION de produire ou de couver, sont totalement effacées, comme si l’intention était le seul moteur de l’action : ce sont les parents  qui reçoivent, font des tentatives et des essais, utilisent….On supprime ici la réalité humaine du don d’ovocyte et de l’insémination. Nous sommes dans le fantasmatique et l’illusion volontaire.

    Les donneuses d’ovocyte reçoivent souvent des traitements hormonaux pour produire plus d’ovocytes. Ces traitements ne sont pas anodins. Ils peuvent altérer les fonctions rénales, par exemple, qu’il faut surveiller attentivement, ou les fonctions hépatiques. Un don d’ovocyte est douloureux.  Une anesthésie locale peut être nécessaire. Il n’en est nulle part fait mention.

    Quant à l’insémination de la gestatrice, une fois que l’ovocyte de la donneuse a été fécondé avec le sperme du père, elle nécessite un examen gynécologique, et l’assurance que l’intéressée n’ait pas eu de rapports sexuels pendant au moins 72 H  avant l’opération.

    Ce n’est pas anodin non plus.

    Examinons ensuite les « frais payés à l’agence ». Le total estimé est de 88 610$*2

    Ils comprennent des examens médicaux (VIH), psychologiques, de la donneuse et de la gestatrice, et une recherche de casier judiciaire.

    Un don d’ovocyte est rémunéré 8000$,  frais d’agence 6500$

    Chaque « transfert » supplémentaire coute 500$,

    La gestatrice est rémunérée 22 500$ + 1200 de compensation de salaires+ 500 d’allocation de vêture+ 200$ par mois pour frais divers.

    Il existe environ 5000$ de frais d’avocats, 3500$ d’honoraires d’un travailleur social.

    L’agence empoche 41 410$.

    S’il ne s’agit pas d’une traite des femmes, what else ?

    Le fait qu’une assistante sociale soit prévue m’a interpellée. Que vient-t-elle faire là ? Quel est son rôle ? S’assurer que la mère porteuse ne s’attache pas à son bébé ? Ne refuse pas de le « remettre » ?

    Nous assistons à la dérive d’un dévoiement général de missions de service public (médecine, service social, assistance judiciaire) en direction d’intérêts particuliers.

    Quand tant de personnes renoncent à des soins, ont besoin d’une aide sociale personnalisée ou d’un avocat commis d’office, nous voici dans un libéralisme sauvage  qui estime que tout s’achète, et que tout doit être au service du marché.

     

    Mais l’embouteillage des tribunaux avec des affaires de mères porteuses a déjà commencé en Europe :

    La Cour de justice Européenne vient de refuser le congé de maternité à deux « mères commanditaires » (encore un terme intéressant) qui l’avaient demandé.

    En effet, et cela nous rassure, la Cour a estimé que c’est la femme qui porte le bébé et en accouche qui a droit au congé de maternité pour compenser la fatigue de cet état de fait.

    Par contre, les « mères commanditaires » peuvent demander à leur pays de résidence un congé d’adoption. Il est important de noter que la deuxième mère a fait état de sa malformation utérine comme d’un handicap et a évoqué une discrimination à son égard fondée sur le handicap, ce qui également été jugé non fondé.

    L’impossibilité de porter un enfant est certes une souffrance morale, ce n’est pas un handicap qui peut nuire à la carrière ou à la vie d’une personne.

     

    Dans une troisième partie, nous évoquerons le désir d’enfant/désir d’élever un enfant ; et les solutions alternatives raisonnables à l’impossibilité d’avoir un enfant par soi même.

     

    Michelle. C. DROUAULT

    ** p.1 :il s’agit de la controverse entre E. Roudinesco et Michel Onfray sur, entre autres, son ouvrage sur Freud

    ** p.2 : soit 24 258 euros et 3594 eur de garantie additionnelle

    * note 1  « réinstallation » pour déportation, entre autres…

    * note 2 =63 680 euros

    Liens : colloque de J. Testart : http://jacques.testart.free.fr/pdf/texte926.pdf 

     

     


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  •  La philosophe Sylviane Agacinski vient de publier une réédition de son ouvrage « Le Corps en Miettes » revue et augmentée.

    Rappelons le, ce petit livre dénonce les dangers de la Gestation pour Autrui-en clair le système des mères porteuses-, et donne à voir sa réalité : un contrat qui permet la mise à disposition d’un corps et d’une vie pendant un temps X, et la vision d’un enfant comme un produit ; alors qu’en droit français le corps humain est résolument indisponible.

    Dans une interview radiophonique récente, la philosophe va plus loin :

    « La GPA, dit elle, est une démission de la pensée ».

    La formule nous a intéressées, et nous avons essayé de la questionner.

    Est ce vraiment une démission ?

    Nous avons plutôt vu à l’œuvre un certain nombre d’artifices, de détournements, de dénis, de dérives langagières, liés entre eux de manière complexe, pour amener la pensée à accepter l’inacceptable.

     

    DÉTOURNEMENTS ET DÉNIS

    Les partisans français de la « gestation pour autrui » s’autoproclament en général de gauche, ce qui les pousse à éliminer en vitesse tout l’aspect d’exploitation « de l’homme par l’homme » qui ne peut manquer de surgir ; et à justifier les pratiques revendiquées par des axiomes qui appartiennent à l’idéologie de la gauche humaniste, qu’ils défigurent.

     

    La philosophe établit un parallèle avec la prostitution (après tout, il s’agit de corps à vendre).

    Or, nous venons d’assister, concernant la prostitution, au détournement le plus grotesque et le plus obscène d’une des premières revendications des mouvements de libération des femmes, « notre corps nous appartient », par des hommes. La rhétorique est simpliste : si le corps des femmes est à elles, elles sont alors libres de le vendre, au prix qu’elles souhaitent, pour une heure ou neuf mois ! Montrant rapidement le bout de l’oreille en clamant que « nul ne peut limiter nos désirs et nos plaisirs » (les leurs) ils réaffirment la toute-puissance des mâles sur le corps des femmes, vénales ou non.

     

    Les figures de proue des associations en faveur de la GPA sont majoritairement des hommes, même si certaines femmes sont à leurs côtés ; et les déclarations fracassantes et méprisantes de Pierre Bergé (fondateur du Sidaction) : « Louer son ventre pour faire un enfant, ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? », comparaison DÉJÀ utilisées par les défenseurs du droit d’utiliser une prostituée, ne démontrent que l’ignorance et le dédain de son auteur pour ce qui se passe dans le corps des femmes.

     

    Que l’on parle à la place des femmes pour leur imposer des maternités non souhaitées ( dans le cas de l’Eglise) ; ou pour justifier la mise à disposition de leur sexe et de leur corps ( pour ces beaux parleurs arrogants), la place des femmes est la même : sans voix, chosifiées, distributeurs à plaisirs, ou couveuses vivantes… Maintenant qu’on ne peut plus les faire taire avec la menace de l’Enfer, on bâillonne les femmes avec l’argument de la libération qu’elles ont elles-mêmes réclamée, en le déformant, toujours pour le profit des hommes. Leur domination  a simplement changé de visage.

     

    Est convoquée également sur un ton péremptoire la notion de « progrès ».

    L’archaïsme et la brutalité de ce qui se joue doit être camouflé sous l’étendard du sacro-saint progrès, dont on nous abreuve, avec l’affirmation stupide et mensongère que, comme le souligne Sylviane Agacinski « Tout ce qui est techniquement possible est un progrès ».

    Ne pas questionner une telle affirmation est un déni de recherche sur l’Humain.

    Le « techniquement possible » ou « techniquement meilleur », peut être au service de projets humanistes OU destructeurs. Et une même invention peut être un bien ou un mal suivant qui l’utilise. Sans vouloir nous livrer à la surenchère argumentative qui fait apparaître à coup sûr le nazisme, il est évident que la recherche du « techniquement possible » et du « techniquement meilleur » a fait partie du champ de recherche du nazisme pour ses éliminations de masse, par exemple. Une telle affirmation est donc irrecevable.

    Néanmoins, il ne se passe pas de semaine sans qu’un politique ou une personnalité médiatique, voire un scientifique, ne s’exclame « mais enfin, la France est en retard, terriblement en retard ! » sur la PMA, la GPA, ou la fin de vie, et ne cherche à nous en faire honte.

    Récemment, on a osé présenter comme un progrès le fait qu’en Belgique, un enfant malade puisse décider de sa propre mort, lui déniant ainsi le statut d’enfant, avec l’irresponsabilité nécessaire qui l’accompagne.

    En retard sur quoi, sur qui, pourquoi, comment ?

    Naturellement, la question n’est pas posée.

    Mais le déni du réel se cache sous une dérive langagière qui habille, travestit, banalise, déconstruit ; bref habitue en douceur l’esprit à la barbarie….

     

    NOVLANGUE OU TERMINOLOGIE DE L’ABSURDE ?

     

    L’écart entre les mots posés, et la réalité empirique des faits, est une des violences de ce qu’Arendt nommait « la banalité du Mal ».

    Linguistiquement, il s’agit d’un écart volontaire entre le signifiant et le signifié, afin d’éroder le scandale que pourrait provoquer la juste dénomination d’un fait ou d’une pratique.

    Si aux USA, les termes du « contrat » de gestation pour autrui sont directement posés, très crûment, impliquant la « livraison » d’un enfant en bonne santé, en France, on nous berce d’un sirop douceâtre :

    « Altruisme » ; « don d’enfant » « aide à la fertilité » ; parents d’intention » ; « remise de l’enfant » « compensation », indemnité»….. « bonnes pratiques », « GPA éthique » ; « encadrement de la GPA »..

    Que recouvre cette terminologie ?

    La notion d’altruisme est absolument démentie par le fait que nulle part, en aucun pays, il n’existe de femmes riches qui se proposent de porter des enfants pour des femmes pauvres.

    La « gestation » ne va que dans un sens : la mise à disposition de ventres de louage de femmes de pays ou de classes défavorisées pour des couples riches, et en majorité blancs.

    Ces femmes n’ont aucune inclinaison altruiste particulière, mais des besoins, dont celui d’entretenir correctement leurs propres enfants. Les « compensations » ou « indemnisations » n’ont aucune commune mesure avec le niveau de vie des mères porteuses, et représentent des gains inespérés. En Ukraine, un des pays les plus économiquement déficient d’Europe, le salaire moyen est de 170 euros ; le coût d’un enfant par mère porteuse varie entre 9000 et 12000 euros.  Dix fois le salaire annuel.

    Nous pouvons relier cela au trafic d’organes (Turquie, Roumanie, Inde) que l’on peine à enrayer. Quand on n’a plus rien à vendre que son propre corps, il se trouve toujours des professionnels de la traite des êtres humains pour en faire commerce.

    Concrètement, dans les pays où la GPA est autorisée, ce splendide altruisme supposé est implicitement mis en doute : aux USA, le « contrat » prévoit l’obligation absolue pour la mère de remettre l’enfant au couple après la naissance, au besoin par l’intermédiaire de la police (cela s’est vu) ; dans d’autres pays, on endort la mère pendant l’accouchement pour qu’elle ne voie pas l’enfant à la naissance ; enfin, on déclare qu’il vaut mieux que la mère porteuse ne porte pas un enfant issu de ses propres ovocytes, afin qu’elle ne « court pas le risque de s’attacher à l’enfant  qu’elle porte » et « qu’ils ne deviennent pas trop proches ».

    Il faut réaliser la violence de ces propos : l’organisation délibérée du non-attachement de la mère et de l’enfant, comme si la grossesse n’était qu’un travail animal, et pas un travail tout à la fois d’échanges psychiques et physiques.

    Lorsqu’une mère accouche « sous X », on soustrait en général l’enfant à sa vue. Mais si une association agréée accompagne depuis une quinzaine d’années ces mères après la naissance si elles le souhaitent, c’est bien parce que des graves dépressions, comportements suicidaires ou addictifs, ont été observés par les services sociaux. Ce qui est sans surprise.

    Pour le « don d’enfant », il n’existe pas en droit français ; un être humain ne pouvant être « cédé ». La mère étant, selon ce même droit, celle qui accouche de l’enfant, la mère porteuse serait contrainte de consentir à l’adoption de son enfant.

    Or, on ne peut demander une adoption nominale ; l’acte de consentement à l’adoption est déposé devant l’Aide Sociale à l’Enfance, qui se réserve le droit de rechercher les meilleurs parents adoptants. S’en suit, au bout de trois mois, s’il n’y a pas eu rétractation, un jugement de transfert des droits parentaux à l’Etat.

    Observons que la mère porteuse ne bénéficie dans aucun pays d’un semblable délai, et que ses choix sont encore plus contraints que ceux de n’importe quelle mère.

     

    Mais, hors du champ juridique, que recouvre de concret la soustraction de l’enfant à celle qui l’a porté ?

    Qu’implique –t-elle ?

    Nous avons visionné de nombreux reportages sur les bébés prématurés, et grands prématurés, et il nous a été donné d’aller dans des services de néonatologie.

    Un bébé prématuré devrait encore être dans le ventre de sa mère. Il ne peut, avant 8 mois, se nourrir ou respirer seul. Ce qui aide à sauver les grands prématurés, c’est la présence quotidienne, rassurante, de leur mère (et si possible de leur père) dont ils ont entendu la voix, ressenti les émotions pendant qu’ils étaient en sécurité au chaud in utéro. ; puis le lait maternel, d’abord tiré, puis donné au sein dés que le bébé en est capable.

    La présence de la mère est considérée comme si importante, et même vitale, qu’on commence à essayer d’hospitaliser systématiquement la mère et le bébé dans le même établissement, pour qu’il n’existe aucune rupture de contact.

    On a aussi découvert que le « peau à peau », le fait de poser le bébé plusieurs heures par jour sur la poitrine découverte de sa mère, qu’il reconnaît, et aussi de son père, aidait considérablement à la survie de grands prématurés, qui avaient de plus grandes chances de se développer normalement.

    Il nait en France 55000 bébés prématurés par an, pourquoi ceux issus de mères porteuses échapperaient ils miraculeusement à cette éventualité ?

    Que se passera t-il alors en cas de naissance prématurée ? A-t-on l’intention de substituer à la mère « gestatrice » qui a porté l’enfant la mère « d’intention », qui n’a évidemment pas de lait, et dont la voix et les gestes, inconnus, ne sont pas aptes à rassurer le bébé ?

    Voilà donc des enfants à qui on ôterait délibérément des chances de survie ?

    A moins que, dernière « traite des femmes », on ne tire le lait de la gestatrice, donné par la mère d’intention… nous voilà dans la pire science-fiction.

    On peut aussi craindre que, comme dans le cas de naissance d’enfant handicapé, les parents d’intention déclarent ne pas vouloir d’un prématuré, car trop fragile…..

    Dans un débat sur France Culture, la juriste Muriel Fabre-Magnan, auteure du livre « Gestation pour autrui, fiction et réalités » ( Fayard, 2012), évoque en effet  avec inquiétude le cas des enfants qui naîtraient handicapés, car des cas de rejet se sont déjà produits aux USA.

    Sa contradictrice, favorable à une GPA « encadrée », lui répond benoîtement que l’enfant sera alors « remis aux services sociaux ». Très simple !

     Il ne s’agit pas d’un colis postal qu’on « remet ».
    Pour avoir pratiqué ce type d’entretien, des parents qui ne se sentent pas capables d’assumer un enfant trisomique, par exemple, et savent qu’il ne pourra être que difficilement adopté, sont en état de grande souffrance en venant le confier à l’Aide à l’Enfance. Quand à l’enfant, il ressent qu’il va quitter pour toujours son univers, et lui aussi ressent une terrible angoisse, qui se manifeste souvent par des cris ou des pleurs, une léthargie totale ; ou une maladie dés l’admission.

    On a beau parler au bébé, demander aux parents de lui expliquer leurs sentiments et leurs limites, rien n’y fait. Tout le monde est bouleversé. Or, ces situations douloureuses sont le fait des aléas de la vie. Mais les organiser est indéfendable.

    N’étant pas psychanalyste, je ne me lancerai pas dans des supputations sur le fait que l’enfant de mère porteuse demeure pour les parents  « d’intention » sûrement imaginaire, car il n’est pas réel : force est de constater que personne ne songe à la réalité de son destin si, comme il peut arriver à tous les bébés, il nait prématuré, malade, ou handicapé. C’est un bébé virtuel.

    En effet, personne ne parle du fait qu’aucun bébé de mère porteuse, prématuré ou à terme, ne peut être allaité.

    Pour eux, finies les campagnes sur les bienfaits de l’allaitement maternel, qui tout à la fois protège des infections, et tisse des liens qui fortifient.

    Un lent travail de désinformation parallèle est d’ailleurs mené, à coups de petits articles en apparence sans lien avec la GPA :

    une des personnalité médiatiques les plus favorables à une « GPA éthique » est partie en guerre contre l’allaitement maternel (il « aliénerait » les femmes), et soutient à qui veut l’entendre que l’instinct maternel n’existe pas du tout ! Il est certainement très inégalement réparti, et très différent selon les époques et les cultures. Et il existe des femmes pour qui la maternité est impensable. Mais c’est tout un ensemble d’instinct, de mémoire et de conduites apprises et guidées par les autres femmes, qui fait des femmes  les « mères suffisamment bonnes » (Winicott) pour procurer aux enfants la base d’attachement stable qui les construit, en Afrique comme en Finlande !

     

    Quant aux complications qui peuvent surgir pour la mère porteuse, nul ne s’en soucie. Autre réalité déniée, pour qu’un enfant naisse, il faut un accouchement !

    Cet accouchement peut être compliqué d’une présentation par le siège, d’une mauvaise position du cordon ; d’une subite hypertension  de la parturiente, d’une épisiotomie, voire d’une césarienne… et souvent de grandes douleurs. Ya-t-il un prix de la douleur ?  De plus, la parturiente ne peut avoir le réconfort de son conjoint auprès d’elle, puisqu’il ne s’agit pas de son enfant.

    Qui va prendre en charge ces complications ? Les mères porteuses ukrainiennes se plaignent que ces aléas ne sont pas indemnisés…certaines souffrent ensuite de troubles mentaux, reconnaissent des soignants.

    On nous rabat les oreilles des dangers du « baby blues », mais, pour les mères de substitution, ce risque est subitement évacué, inexistant…

    La mortalité maternelle est certes très faible en Occident, mais elle existe…Ce risque couru par « altruisme » peut être un risque vital.

     

    Qui courrait de pareils risques pour autre chose qu’une nécessité absolue ?

    Peut on « encadrer » les sentiments humains, le lien, l’attachement, la douleur ?

    Où est donc la fameuse « éthique » de la GPA ?

     

    Elle est effectivement impossible, renchérit Muriel Fabre-Magnan, car cette pratique porte atteinte aux libertés fondamentales de la mère porteuse : son intégrité physique, psychique, sa liberté de vivre comme elle l’entend (certains contrats américains réglementent même la sexualité de la gestatrice !) On ne peut « encadrer »la mise à disposition du corps et d’une portion de vie d’autrui, sous peine de revenir à l’esclavage : une grossesse, c’est 24h/24.

    Elle réduit un enfant « remis » à un  produit qui doit être parfait pour convenir, ouvrant la porte à un certain eugénisme.

    La dure réalité camouflée par tous ces jolis mots ronflants serait celle d’Aldous Huxley : une  sous-classe de femmes dans le besoin destinée à une « fabrique de bébés » pour les classes supérieures. Et une déshumanisation totale du maternel.

    A quel prix pour l’espèce humaine ?

     

    Michelle C. DROUAULT

    (avec mes remerciements à B. de Dinechin pour son aide documentaire)

     

    Liens : Interviews et débats avec : Sylviane Agacinski

                                                            Muriel Fabre-Magnan

    http://www.franceinfo.fr/entretiens/un-monde-d-idees/sylviane-agacinski-la-gpa-est-une-demission-de-la-pensee-1331955-2014-02-26

    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4618450

     

    Reportage  vidéo sur les mères porteuses aux USA

    http://m.youtube.com/watch?v=ohozmyEgx_g 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    4 commentaires
  •  Manifestez-vous !


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  • Au moment où Antoinette Fouque vient de nous quitter, je retiendrai d’elle avant tout sa volonté d’indépendance de pensée des femmes.

    Une indépendance linguistique, d’abord, de par le choix du vocabulaire, l’inventivité du langage :

    Préférer « misogynie à « sexisme », car le sexisme, comme le racisme, est réversible ; publier un essai de « féminologie », science des femmes, étude des femmes ; évoquer le « gynocide » ou le « féminicide » constant de ces meurtres de femmes, souvent au moment où elles allaient se libérer d’une relation mortifère, que les media qualifient complaisamment de « drame passionnel ».Ce vocabulaire nomme, qualifie, reconnait .

    Une indépendance politique, philosophique, essentielle : bien qu’ancré à gauche, le MLF n’a jamais été subordonné à aucun parti, et Antoinette Fouque s’est toujours réservé le choix de la critique ou de la distinction ; accueillant pour dialoguer toutes les femmes en voie de libération ;( sauf celles d’extrême-droite dont les idéologies sont incompatibles ; et qui n’ont jamais manifesté aucun désir de rapprochement !).

    Une indépendance vis à vis de ce qu’elle nommait « le féminisme d’Etat », c’est à dire celui qui croit pouvoir promouvoir l’égalité par l’abolition de différences pourtant irréductibles ; et n’est capable de voir dans toute différence que de l’infériorité.

    Celui qui nous incite à croire actuellement que le congé de paternité va avoir un impact sur ce qui se passe dans le corps des femmes, comme si les deux parents avaient le même rapport à la naissance. Celui qui parle d’une laïcité-bulldozer qui ne veut voir que l’apparence des femmes, souhaitée uniforme.

    Pour A. Fouque, le terme « misogynie » désignait le terme-clé de la haine universelle dont les femmes sont l’objet ; une haine pour les capacités de faire qu’ont les femmes : produire, à partir de leurs corps, des êtres vivants et pensants, la première des richesses humaines.

    A être jaloux de cette capacité, ou à la dénier, on peut être un homme ou une femme, l’expression de la misogynie n’a pas de sexe.

    Les capacités des femmes, productrices, créatrices, artistiques, culturelles ; elle n’a eu de cesse de les mettre à l’honneur, nous rendant plus fortes, plus fières de nous-mêmes.

    Plus armées pour tracer notre chemin, en dehors de toutes influences.

    Réfutant l’appellation de « féministe » trop galvaudée, elle mettait les femmes en garde contre « l’universalisme égalitaire » : ceux et celles qui dénient le principe de réalité humaine qui permet la pensée, la différence des sexes ; pour réduire l’Humain au monosexué, au sexe unique, le masculin, comme par hasard…selon cette idéologie pernicieuse « toute femme qui acquiert une gloire, une visibilité, devient un homme » (Il y a Deux Sexes, éd de 2004).

    Je ne souscris pas à son analyse que le christianisme serait un « filiarcat » qui exclurait les femmes.(voir ouvrage ibid) Cependant, elle a dénoncé à juste titre l’androcentrisme des religions, laissant là un champ en partie inexploré dont nous nous sommes saisies ici.

    Aussi, nous pouvons nous sentir ses héritières en ne nous laissant accaparer par aucune sphère d’influence, asséner sans analyse aucun dogme, récupérer par aucun courant de pensée pré-formaté.

    Merci à cette grande dame de nous laisser indépendantes à tout jamais !

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

    Antoinette Fouque,

    Petit historique ;  dates-clés du Mouvement des femmes.

    Naissance le 1er Octobre 1936 (née Grugnardi) à Marseille.

    1961/1964 : Etudiante, puis professeure à Paris,(elle écrit sa thèse sous la direction de Roland Barthes). Etudes supérieures de Lettres, doctorat en Sciences Politiques. Ecrit dans la Quinzaine Littéraire.

    1964, naissance de sa fille

    1968 :débute avec deux amies, Monique Wittig et Josiane Chanel, un mouvement non mixte le MLF, mouvement de libération des femmes, car le mouvement étudiant, trop « viriliste »,  laisse peu s’exprimer les femmes.

    Printemps 1970 : premier meeting public du MLF à Vincennes,

    26 Aout 1970 : 9 femmes issues de groupes féministes déposent symboliquement une gerbe à l’Arc de Triomphe sur la tombe de « la femme du soldat inconnu »

    Cette manifestation est souvent considérée à tort comme l’acte fondateur du MLF, mais il déclenche les échanges entre tous les courants féministes et de libération des femmes.

    1973 : création des éditions « Des Femmes », pour promouvoir l’expression artistique et culturelle des femmes,

    3 librairies « Des Femmes » sont ouvertes à Paris, Lyon, Marseille.

    6 Octobre 1979 : marche des femmes pour la liberté de la contraception et de l’IVG, pour le remboursement de l’IVG.

     

    1979 : Antoinette Fouque crée le groupe « Psychanalyse et Politique », qui s’oppose aux « féministes » (dont les « féministes révolutionnaires). Elle estime que celles-ci, dans le sillage de Simone de Beauvoir, dont elle ne conteste pas l’apport essentiel, veulent nier la spécificité féminine.

    « Egalité et différence ne sauraient aller l’une sans l’autre, ou être sacrifiées l’une à l’autre.

    Si on sacrifie égalité à différence, on revient aux positions réactionnaires des sociétés traditionnelles. Si on sacrifie la différence des sexes, avec la richesse dont elle est porteuse, à l’égalité, on stérilise les femmes, on appauvrit l’humanité toute entière ».

    Avec Antoinette Fouque : Hélène Cixous, Annie Leclerc, Luce Irigaray.

    Avec les « féministes révolutionnaires » Christine Delphy, Colette Guillaumin.

    Gisèle Halimi, de son côté, a fondé « Choisir », la cause des femmes.

     

    1980 : avec les femmes du MLF : création de l’hebdomadaire « des femmes en mouvements », puis du mensuel du même nom.

    En même temps, elle a l’idée d’une « bibliothèque des voix », les premiers audio-livres.

    1981 : campagne « d’initiative populaire » pour faire du 8 Mars une journée chômée et payée pour les femmes,

    8 Mars 1982 : grande manifestation pour l’indépendance politique, économique, et érotique des femmes,

    1986 : devient psychanalyste,

     

    1989 : fondation de « l’Alliance des Femmes pour la démocratie »

    1989 : création de l’Observatoire de la misogynie,

    8 Mars 1990 : Mise à l’honneur de 12 femmes exceptionnelles dans le monde, sous l’égide de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie : , Doina CORNEA ;Simone ROZES ;Kanitha WICHIENCHAOREN ;Ela BHATT, Charlotte PERRAND ;Marta MESZAROS ;

    Maria Jimena DUZAN ; Molly YARD ; Jeannie LONGO ; Albertina SISULU pour Adélaîde TOMBO ; Yvonne CHOQUET BRUHAT ; ELENA BONNER .

    Au cours de cette cérémonie, sous la présidence d’honneur de Simone Veil, celle- ci plaide que « les femmes ne doivent pas oublier que l’objet de leur lutte est la reconnaissance de ce qu’elles sont ».

     

    1994/ 1999 : Antoine Fouque siège au Parlement Européen ; elle s’y bat, entre autres, contre la normalisation de la prostitution et la traite des femmes en Europe.

    1995 : parution  chez Gallimard de son livre « Il y a deux Sexes », essai de « féminologie », constitué d’articles, de débats et d’interviews publiés entre 1980 et 1995. Cette édition sera revue et augmentée en 2004.

    1995 : Vice-présidente de la Commission des Droits des Femmes ; déléguée de l’Union Européenne à la Conférence mondiale des femmes de Pékin.

    Parallèlement : directrice de recherche à l’Université Paris VIII St Denis,

    2000 : création de l’Observatoire de la parité.

    2007 : soutient la campagne de Ségolène Royal aux présidentielles,

    2013 : dictionnaire des Femmes Créatrices, fruit de 5 ans de travail collectif,

    Mort le 20 Février 2014.

     

    Distinctions : Commandeur de la Légion d’Honneur, grand Officier de l’Ordre National du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres.

     

     

     

     

     

     


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