•  

     

    Un récent reportage intitulé « Femmes invisibles, femmes de la rue », évoquait la vie éprouvante des femmes sans domicile dans les grandes villes, de plus en plus nombreuses.

     

    Ce qui frappe, c’est ce paradoxe : la violence familiale est souvent ce qui a conduit ces femmes à la rue ; et c’est un lieu où elles doivent encore redouter la violence.

     

    C’est à dire que pour les femmes il n’existe pas d’« endroit où reposer sa tête », la violence est partout , à l’intérieur/à l’extérieur et semble douloureusement inhérente à la condition de femme.(alors que pour un homme elle est affaire de situation)

     

    Pour éviter les agressions ou les mauvaises rencontres, certaines femmes marchent plusieurs heures par nuit, et ne se laissent aller à dormir que dans la sécurité de centres d’accueil de jour.

     

    Plusieurs d’entre elles disent avoir perdu la garde de leurs enfants, et être empêchées de les voir par leur père. Certains diront que les problèmes d’alcoolisme ou de drogue ne facilitent pas les relations parentales, mais est il possible de « tenir » dans la rue sans stimulants pour vaincre le froid et l’angoisse ?

     

    On les voit mendier-et il faut énormément de courage pour mendier- s’offrir le répit d’une douche ou d’une halte dans un dispensaire.

     

    L’état des pieds des personnes à la rue est toujours dramatique. Une collègue avait un jour accompagné un homme à la rue dans un dispensaire où on a découvert que le tissus de ses chaussettes incrusté dans la chair  avait causé une infection. « Ce sont les pieds qui voyagent » dit pudiquement une dame en errance.

     

    Cela fait plus de 10 ans que le « 115 », numéro permettant d’avoir une place d’hébergement pour la nuit, est perpétuellement saturé, et dysfonctionne.

     

    Alors dans les villes, les sans domicile se font toutes petites, se glissant dans les garages, les halls, d’où il faut décamper dés les premières lueurs de l’aube.

     

    Certaines femmes vivant dans des locaux de fortune, voiture ou baraquement, ont un emploi. Leurs collègues ignorent leur situation dont elles ont honte. D’autres encore ont été enceintes et à la rue.

     

    Pourtant AUCUN candidat à l’élection présidentielle ne prévoit de programme visant à éradiquer les violences familiales et les violences sociales dont sont victimes les femmes, et qui sont étroitement liées. Aucune ambition n’est affichée dans ce sens.

     

    Quelle est l’espérance de vie des femmes en errance et en souffrance ?

     

    Combien sont elles à accepter de guerre lasse un hébergement contre des relations non consenties, et à disparaitre ainsi des regards ? A finir sous la coupe d’un proxénète ?

     

    Ces interrogations sont laissées aux bons soins des associations caritatives, que la société tolère du moment qu’elles n’affirment pas l’égalité de tout être humain devant le besoin, et qui évitent de facto des troubles et revendications sociales trop importants.

     

    Pendant que media et réseaux sociaux s’alarment de l’invisibilité des femmes sur un catalogue d’IKEA, nul n’entend les voix des femmes de la rue. Elles ne votent en général pas, et qui dit sans domicile veut souvent dire sans domiciliation, donc sans aides ni minima sociaux.

     

    Lorsque des films de fiction parlent du drame de la rue, ils mettent en scène des hommes, double invisibilité.

     

    « Ne lâchons rien »disait l’Abbé Pierre. N’abdiquons pas notre capacité d’indignation et d’interpellation.

     

    Michelle C. DROUAULT

     

     


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  •         BONNE ANNÉE 2017 A TOUTES ET TOUS !

     

             Femmes du Monde, toujours actives :

     

               Une exposition magnifique va reprendre le 25 janvier 2017 à l’ESPACE DES FEMMES, 35 rue Jacob à Paris.

    Il s’agit de « LUTTES ET VICTOIRES DES GRANDS MÈRES DE LA PLACE DE MAI ».

    Rappelons que pendant la dictature militaire du Général Vidéla entre 1976 et 1983, des centaines de bébés sont nés en captivité. Leurs parents, opposants politiques ou simples citoyens, ont été portés « disparus » ; la plus part d’entre eux ont été assassinés par le pouvoir militaire. Qu’étaient devenus ces enfants, c’est ce que le mouvement des « Grand mères de la Place de mai » a opiniâtrement tenté de savoir, sans relâche, depuis plus de vingt ans. Et avec succès : sur prés de 500 enfants enlevés ou nés en prison, 121 ont pu retrouver leur véritable identité.

    En effet, ces enfants avaient été massivement « appropriés » ; c’est à dire qu’après avoir éliminé leurs parents, les militaires dont les épouses étaient stériles les faisaient passer pour leurs propres enfants, biologiques ou adoptés. Dans certains autres cas, les enfants étaient adoptés par des personnes de bonne foi qui avaient simplement déposé un dossier d’adoption, et se voyaient rapidement donner satisfaction.

    L’exposition montre les photographies et les récits de vie de ces jeunes trentenaires qui ont appris que leur identité n’était pas celle qu’ils croyaient, et ont retrouvé non seulement leur grand mère, mais aussi leur famille d’origine.  Les circonstances de ces retrouvailles ont été diverses : soit les jeunes personnes elles mêmes (ou leurs parents adoptifs de bonne foi) avaient des doutes, et contactaient les grand mères ; soit les recherches de celles-ci les conduisaient à demander des tests ADN pour identifier des jeunes ayant la même date de naissance que leur petit-enfant. Récemment une grande « campagne pour la restauration de l’identité » a été lancée par les pouvoirs publics argentins. Les recherches continuent.

    Les interrogations posées par cette exposition sont terribles.  Deux génération ont été sacrifiées par la dictature. Les parents, et les enfants. Et pour les enfants de disparus qui sont eux mêmes déjà parents, une troisième génération est touchée par ce trouble identitaire intensément douloureux.

    Savoir que ceux que l’on considérait comme ses parents ont été les tortionnaires ou les meurtriers de ses parents biologiques est un traumatisme psychique extrême.

    De même, les parents adoptifs de bonne foi qui ont du admettre que leur enfant était un enfant volé à une mère qui n’avait jamais consenti à son adoption, ont été également traumatisés.

    Certains parents « appropriateurs »ont tenté de fuir à l’étranger, ce qui encore compliqué la situation de leurs « enfants ».

    Il existe une association de » Fils et Filles de disparus, assassinés, anciens prisonniers politiques ou exilés » la H.I.J.O.S, dont nous avons pu voir un film documentaire(Nietos, Identidad y Mémoria)* avec des interviews de grand mères, d’ex-enfants volés, et de familles de disparus.

    Ces visages nous parlent, ils nous parlent d’un monde où les enfants ne sont pas sujets, sujets humains, mais objets. Voler l’identité, l’histoire, les racines d’un être humain, doit être jugé, au même titre que les autres crimes du totalitarisme.

     

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

     

    *petits –enfants, identité et mémoire


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  •  

     L’Eglise catholique nous fait honte. Elle défend en ce moment le mensonge et la manipulation.

    J’ai nommé les sites anti-IVG qui se font passer pour des sites officiels d’information, et trompent des femmes et des jeunes filles déjà aux prises avec une décision difficile.

    Dans une société démocratique, chacun est libre d’être pour ou contre l’interruption de grossesse pour soi même, et d’exprimer son opinion.

    Mais la lâcheté qui consiste à avancer masqué et à ne pas afficher ses opinions pour tromper les femmes et les empêcher d’avoir recours à une IVG tant elles deviennent inquiètes et terrorisées par les fausses informations qui leur sont données, doit être sévèrement condamnée.

    Les femmes journalistes ou élues (Aurore Bergé, députée LR, entre autres) qui ont « testé » ivg.net sont formelles : aucun véritable soutien n’est proposé ; aucune information médicale fondée n’est fournie. Seules sont énoncés des constats fantaisistes et lapidaires (ex : « les couples ne s’en remettent pas »).

    Par ailleurs, il semble qu’un « hameçonnage »  soit pratiqué pour obtenir les coordonnées des appelantes. La plupart des femmes croient de bonne foi avoir à faire à une organisation officielle. (il y a un numéro vert)

    C’est uniquement CE DÉLIT DE TROMPERIE qui est en cause. Pas autre chose.

    Il est justement nommé « délit d’entrave à l’IVG ».

    Aucune censure n’est exercée sur des sites qui annonceraient clairement que l’IVG ne leur paraît pas toujours une bonne solution et qu’il existe des alternatives.

    La Conférence des Evêques de France prend les femmes pour des idiotes qu’il convient d’influencer par de semblables supercheries.

    Si débat il doit y avoir sur l’IVG, ce n’est certainement pas à des hommes célibataires et sans responsabilités de l’initier, mais aux femmes elles mêmes.

    Nous attendons la CEF sur la véritable défense des faibles : les enfants d’Alep ; les enfants victimes « collatérales » des violences conjugales (73 enfants orphelins de mère ; 35 tués avec leur mère …).

    Nous souhaitons qu’elle remplisse les églises par un message de confiance ; et pas qu’elle les vide par de tels agissements indignes de chrétiens.

     

    Michelle. C. DROUAULT


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  • 25 NOVEMBRE, JOURNÉE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES :

    JACQUELINE SAUVAGE RESTE EN PRISON !

    LE MESSAGE EST CLAIR :UNE « BONNE » FEMME BATTUE EST UNE FEMME MORTE !

    134 femmes décédées sous les coups en 2016.

    Et les politiques ont l’indécence de se gargariser de « nos valeurs » !

    Vos valeurs , messieurs, c’est cela : cette femme prisonnière de la misogynie et ces 134 autres qui ne pourront plus jamais parler…

    Michelle.C.DROUAULT


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  • « Un migrant qui a payé son passage est une unité de commerce ; et il ou elle est échangé contre un prix négocié » (…)Beaucoup sont ainsi ballotés pendant des années sur le sol libyen(...).

    C’est ainsi que s’exprime, dans le magazine « TIME », le photographe NARCISO CONTRERAS, lauréat 2016 du prix Carmignac. Cette distinction récompense le meilleur photoreportage sur les violations des droits humains.

    Le photographe mexicain a effectué trois voyages sur les côtes libyennes, plaque tournante du trafic humain « Ce que j’ai vu en Libye, c’est un marché », martèle-t-il.

    Dans une magnifique exposition trop peu connue (4 place St-Germain des Prés, maison de l’Industrie, à Paris jusqu’au 13 novembre), Contreras montre en images et explique :

    La chute de Khadafi a laissé une vacance du pouvoir. Par cette brèche se sont engouffrés des milices tribales, rapidement alliées à des réseaux criminels.

    Elles contrôlent à présent la mer et le commerce d’êtres humains, effectuant  « achats » et « ventes » de groupes de réfugiés entassés dans des centres de détention illégaux.

    Les détenus doivent travailler des mois, voire des années pour payer leur libération ; d’autres sont libérés grâce à leur famille à qui les réseaux mafieux réclament des sommes astronomiques par téléphone, en faisant un odieux chantage aux mauvais traitements sur le détenu.

    Il n’existe ni ventilation ni hygiène dans les centres, par une température de 40°. Beaucoup d’hommes et de femmes tombent malades, ou deviennent fous.

    Trois millions de personnes environ végètent dans le camp de détention de Garabuli.

    D’où viennent-ils ? Majoritairement d’Afrique subsaharienne, par la frontière avec le Niger ; du Soudan ou d’Érythrée.

    Lorsqu’ils survivent, et ont payé leur passage, ils sont placés en hâte sur des embarcations peu solides en direction de l’Italie. Les embarcations coulent, beaucoup de personnes se noient.Les gardes–côtes libyens et la marine italienne tentent de les secourir. 8500 personnes ont été rescapées la semaine dernière.Des appareils de surveillance de l’OTAN survolent les côtes. Ils repèrent souvent des corps , dont beaucoup d’enfants et de bébés, échoués sur les rivages. Une horreur indicible.

    CONTRERAS a eu bien du mal à déterminer pourquoi les actions du gouvernement libyen n’étaient pas plus efficaces. Certes , ils combattent les milices. Sans succès.

    Et le photographe lui-même a dû payer des milliers de dollars pour qu’on le laisse accéder à ces zones…

    C’est après avoir vu l’exposition que j’ai réalisé que nombre des migrants que j’avais rencontrés en 2015 à la frontière franco-italienne étaient des rescapés de ce bagne.

    Et que ceux qui avaient atteint la « jungle » de Calais en faisaient partie également.

    C’est contre ces hommes et ces femmes ayant vécu l’esclavage que certains villageois et élus français veulent « se défendre» et lancent des pétitions.

    C’est alors que l’indécence des commentaires que je lis chaque jour dans la presse à la suite de reportages sur les migrants m’a sauté aux yeux.

    Tout d’abord , lorsque les médias décrivent la réalité, ils sont discrédités : ils sont traités de « menteurs » , de « naïfs » et « d’idiots utiles ». Un déni forcené.

    Quant aux migrants , le manque d’empathie et de compassion à leur égard est flagrant.

    Les stéréotypes pleuvent : eux aussi sont menteurs ; ils ont une « culture du mensonge », dissimulent leur âge, leur lieu d’origine. Les mineurs -c’est à dire des enfants- n’ont pas droit à davantage de compassion : leurs plaintes sont tournées en dérision : « comment, il a fait 5000 kms jusqu’à Calais, et il pleurniche parce qu’il a raté le bus ? ». Lequel de ces internautes apprécierait que son enfant de 13 ou 14 ans dorme deux nuits dehors par le froid suite à un manque d’organisation ? En effet, les journalistes décrivent un manque général d’information et d’organisation lors du démantèlement de la jungle de Calais, et une omniprésence policière pas toujours compréhensive.

    Mais il est clair que pour beaucoup de lecteurs de la presse, ces enfants ne sont pas comme nos enfants (1300 mineurs à Calais !), ces femmes qui veulent rejoindre leur époux en Angleterre ne sont pas des personnes respectables. À tous est déniée la dimension universelle d’être humain.

    Certains commentaires sont carrément odieux par la déshumanisation qu’ils expriment, et rappellent les heures les plus sombres de l’antisémitisme :

     « A Stalingrad, il y a déjà des encombrants, alors pourquoi pas des migrants, juste une autre forme d’encombrants ! ».(Commentaire sur le site du « Monde », 29 octobre).

    Les Juifs étaient des « nuisibles », les Tutsis des « cafards », voilà les réfugiés des « encombrants ».

    La chaîne FR3 Pyrénées, à la suite d’un reportage sur les migrants, a reçu des invectives si ordurières et racistes qu’elle a refusé de les publier. J’ai honte.

    Alors tous, croyants et incroyants, allons voir l’exposition, achetons le livre de photos, faisons le passer. Nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas.

    Et si c’est possible, répondons aux « réalistes endurcis » de tout poil qui veulent nous faire croire que certains sont moins humains que d’autres.

     Le seul enjeu immédiat, urgent, prioritaire, est celui-là.

     Michelle.C. DROUAULT

     http://time.com/4538519/libya-human-trafficking/photo/libya-human-traffic-narciso-contreras-01/?xid=emailshare


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