• « J’ai vu beaucoup de morts » (…) « mais jamais rien de tel. C’est choquant. Cela vous fait penser que vous ne vivez pas dans un monde civilisé ».

    Ce sont les propos du photographe grec de l’AFP ARIS MESSINIS, dans une interview au « New York Times », traduits dans la revue « Courrier International ».

    Le 4 octobre dernier, Messinis se trouvait à bord de l’Astral, un bateau de sauvetage d’une ONG espagnole, au large des côtes libyennes où des migrants tentent pas milliers de gagner l’Italie ou la Turquie.

    Il décrit des scènes qui rappellent le temps de l’esclavage, et des embarcations de négriers :

    « Dans un des bateaux, plus d’une vingtaine de personnes étaient mortes asphyxiées par la foule massée sur le bateau. Dans d’autres embarcations, les corps étaient enchevêtrés sur le sol, contraignant les survivants à grimper sur les cadavres » (…)

    Au cours de cette journée, 4655 personnes ont été secourues ; 28 ont perdu la vie.

    Elles venaient principalement d’Erythrée, de Somalie, du Nigeria, pays où sévissent la dictature, les conflits, ou la famine.

    En 2016,  plus de 4000 personnes se sont noyées en Méditerranée, dont 3500 entre janvier et Mai.

    75000 réfugiés fuyant la Syrie sont actuellement piégés à la frontière avec la Jordanie.

    Plus de 10 000 réfugiés Afghans au Pakistan sont harcelés par les autorités, et souvent contraints de retourner dans leur pays en guerre.

    Beaucoup sont incarcérés illégalement dans des centres de rétention, sans recours possible à un avocat, et sans considération pour leurs enfants.

    Selon Amnesty International, le viol est monnaie courante dans ces voyages avec des passeurs, et beaucoup de femmes et de filles prennent la précaution d’un contraceptif oral pour éviter une grossesse issue d’un viol…

     

    Les photos d’Aris Messinis ne sont pas de la fiction, comme le film « Twelve Years A Slave ». (Bien que ce soit basé sur des faits réels, ce sont des acteurs que nous voyons)

    Elles sont des témoignages insoutenables.

    Le photographe a présenté sur une chaine de télévision une photo emblématique d’une famille rescapée, avec l’espoir que ceux qui la regarderont s’identifieront à cette famille, semblable à la leur, et lutteront pour un meilleur accueil de tous les réfugiés.

    Je crains que ses espoirs ne soient déçus : en France, les communes qui doivent accueillir des réfugiés « se défendent » « organisent la résistance » avec le concours des élus !

    Des habitants manifestent carrément leur hostilité sur la voie publique, comme à Montpellier dernièrement.

    Ils ne veulent pas d’autres êtres humains désespérés, de femmes et d’enfants épuisés. Cet accueil est pourtant prévu dans des bâtiments inutilisés, et avec un accompagnement social et sanitaire. Là où il existe déjà, il se passe bien. Plusieurs reportages ont montré que, d’abord méfiants, les villageois ont du convenir que les réfugiés s’intégraient peu à peu à la vie commune sans problème. Mais peu importe. Les français ont peur de leurs frères humains, une peur irrationnelle qu’ils ne sauraient expliciter. Car enfin, que craignent-ils exactement ? Cela n’est jamais dit. Le mot « migrant » est inlassablement associé avec « insécurité » et « terrorisme » par la presse dite populaire. Or le danger, il est pour ceux qui fuient des pays où ils n’ont pas d’avenir, si ce n’est peu de chances de survie.

    Le reportage « Exode », diffusé sur la chaîne Canal +*, a montré le parcours  d’une famille syrienne, n’ayant échappé à la noyade et à l’arrestation que pour subir une marche forcée.

    « Ce qu’on nous fait » dit le père de famille, « c’est un crime contre nos enfants ».

    La France n’a accueilli que 12000 syriens depuis 2011, alors que la Jordanie en a accueilli 655 000 ! Les premiers pays d’accueil, on ne le dira jamais assez, sont les pays voisins, Jordanie, Liban, Iran, Turquie…

    Mais peu importe en effet cette réalité : un politique français déniait récemment aux réfugiés leur humanité en persistant à évoquer des « flux migratoires », et « l’erreur » de la Chancelière allemande Angela Merkel de leur avoir ouvert les portes de l’Allemagne.

    Madame Merkel a sauvé l’honneur de l’Europe, et les réactions de mes compatriotes me couvrent de honte.

    Comme durant la seconde Guerre Mondiale, l’Europe montre le hideux visage du rejet et de l’égoïsme. Elle n’a rien appris. Rien.

     

    Michelle C. DROUAULT

     

    * Et qu’on peut par conséquent revoir si on l’a manqué

    * ci-joint un texte du maire de Palerme :

     

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/11/leoluca-orlando-il-faudrait-abolir-le-permis-de-sejour-c-est-la-peine-de-mort-de-notre-temps_5011787_3212.html


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  • Les sociétés démocratiques sont fragiles car ceux qui veulent leur disparition utilisent la liberté pour ensuite la détruire. Plus on acceptera l’expression islamique dans l'espace public, comme par exemple, l’usage du « burkini », plus se répandra un islam totalitaire et offensif.

     

    Le catholicisme a pu accepter le pluralisme parce que des lois de séparation de l’Etat et de l’Eglise, l'ont stoppé dans son emprise sur la société. Ces lois nous ont délivré du système de  chrétienté que l’occident à vécu autrefois. Dans certains pays la loi religieuse islamique impose un ordre similaire. Système de chrétienté d’hier et charia islamique de certains pays  sont anti-démocratiques en soi.

    Les lois religieuses islamistes sont en train de s'exporter dans les pays démocratiques en bénéficiant d'une liberté qui est refusée dans beaucoup de pays musulmans.

     

    Celle qui parle, c'est quelqu'un qui est heureuse de vivre maintenant et non au Moyen-Age, car avec les idées qu'elle a...elle aurait fini  sur le bûcher !

    La laïcité pour moi, c'est une protection contre une maladie des religions, une dérive qui est sa volonté d’imposer à tous leurs convictions avec une force qui leur est propre : se réclamer du divin

    La laïcité, c'est une liberté contre le concept de  religion d'État qui a fait tant de mal en Occident et qui continue à en faire dans les pays où l'islam est la seule religion possible.

    La question de la liberté d'expression doit donc avoir un traitement particulier quand il s'agit du religieux.

     

    Personnellement je suis contre le port de la soutane...et aussi de l'habit pour les religieux-ses dans l'espace public.

    Je suis religieuse et je ne porte aucun signe distinctif.  C’est une forme de respect de ne pas imposer « visuellement » ma foi. C’est une manière d’entrer en relation sans étiquette pour ne pas induire  tout de suite la question religieuse. Mais quand la question vient, je suis heureuse de dire qui je suis et les gens sont souvent étonnés…et heureux !

    Donc ma position n'est pas particulière pour l'islam, elle touche toutes les religions.

     

    Je ne les renvoie pourtant pas dans un espace strictement privé  car elles peuvent contribuer de manière positive au débat de société et à un agir pour le bien commun.

    Personnellement je partage ma foi par mon travail, par l’écriture, par mon blog en usant d’une légitime liberté mais sans provocation, sans prosélytisme.

     

    L’islam en France doit apprendre à vivre cette laïcité comme l’on appris le judaïsme, le catholicisme, le protestantisme.

     

     

     

    Michèle Jeunet


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  • « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette », disaient certaines affiches féministes des années 70/80…

    Ce type de propos pourrait être repris avec humour et bonheur pour illustrer la décision absurde et liberticide du maire de Cannes, et d’autres communes en PACA, d’interdire le port du «burkini» (maillot de bain couvrant) sur les plages municipales.

    Cette tenue, selon l’édile, constituerait un « trouble à l’ordre public », en référence à la tuerie de Nice du 14 Juillet.

    Or, comme nous l’évoquions dans notre précédent article, il est prouvé que ce meurtre de masse, certes préparé par son auteur, ne relevait pas d’une démarche politique ou idéologique, mais était surtout l’acte d’un homme déséquilibré et violent depuis plus de dix ans (son père avait fait appel à un psychiatre en 2004 à la suite d’actes de violence et de séquestration) désespéré et suicidaire. Le sociologue Farhad Khosrokhavar, spécialiste dans l’étude de la radicalisation, confirme cette dimension psychiatrique et fait le parallèle avec l’acte du co-pilote allemand de Germanwings, qui a entraîné plus de 180 personnes avec lui dans la mort.

    Néanmoins,  à la suite de ce crash meurtrier, nul n’a interdit notre sol aux citoyens allemands au motif que leur seule présence constituerait un trouble à l’ordre public.

    Dans ce contexte, lier le port d’une tenue de bain portée par des femmes de confession musulmane à cette tragédie est aussi illusoire que de rapprocher poissons et bicyclettes. (Et insultant pour les musulmanes elles mêmes victimes ou endeuillées par l’attaque du 14 Juillet)

    Merci à l’internaute qui ironise sur le site du « Monde » : « Peut-on faire de la danse classique en tenue de scaphandrier ? », démontrant par là même l’inanité de ce décret.

    Le « trouble à l’ordre public » n’est pas constitué par les quelques (rares) femmes arborant cette tenue, mais par le fait qu’un représentant de l’Etat se mêle de ce que doivent porter les citoyens-et plus précisément les citoyennes- pour aller se baigner ! 

    « Ce n’est pas le rôle du gouvernement de réglementer ce que les citoyens doivent porter » a commenté la Première Ministre britannique Térésa May (en Grande Bretagne, les fonctionnaires peuvent porter le turban shik, ou un discret hijab).

    Nous voici donc revenues aux interdictions du bikini dans l’Espagne franquiste et sous la dictature portugaise, ainsi que dans certaines régions de la (trop) catholique Italie de naguère… Pire encore, il ne s’agit nullement « d’attentat à la pudeur », c’est à dire que les contrevenantes, à qui l’on veut infliger 38 euros d’amende, n’ont commis aucun délit, et ne peuvent choquer aucune tête blonde.*

    Si le maire craint les agressions racistes de ces femmes, qu’il punisse les agresseurs éventuels, et non les possibles victimes. Un décret dans ce sens aurait alors une logique !

    Sont invoqués les « bonnes mœurs » et les règles « d’hygiène et de sécurité ». Mais quelles bonnes mœurs ? Il est seulement interdit depuis toujours de se balader sur la plage dans le plus simple appareil, et de se baigner nu, sauf sur certains sites naturistes.

    Quand à l’hygiène, personne n’a jusqu’à présent démontré que les combinaisons de plongée, par exemple, ou les tenues protectrices des surfers soient contraires à l’hygiène ! Dans ce cas, il conviendrait de verbaliser également plongeurs et surfeurs. Ah, il est vrai qu’avec le masque , le visage est dissimulé ! Vite, ôtons nos masques, et avalons la mer et ses poissons…

    Jusqu’à présent, les nombreux messieurs qui se baignaient en caleçons (et étaient par là susceptibles de déverser en Méditerranée diverses mycoses), n’avaient attiré l’attention de personne. Et à bien y regarder, les strings sembleraient plus propices à la propagation des MST que les burkinis.

    Tout cela prête d’abord à rire.

    Cependant, tant de mauvaise foi et de détournement des lois républicaines nous fait passer du rire au malaise, et du malaise à la crainte du pire : la haine systématique et publique pour une catégorie de personnes. La Ligue des Droits de L’Homme ne s’y est pas trompée, qui titre :

    « Le maire de Cannes interdit la baignade et baigne dans la haine religieuse ».

    Et comme d’habitude, les hommes tuent, les femmes payent.

    La question n’est pas de savoir s’il est adéquat de se couvrir ainsi pour aller se baigner.

    Pas plus que de savoir s’il est beau, ou sain, d’aller à la plage seins nus. Cela ne regarde que les femmes elles-mêmes. Rappelons-nous sans faiblir que ce qui est obscène est défini dans nos sociétés par les individus de sexe masculin : enlever le haut était scandaleux voici trente ans, se couvrir l’est à présent, dans des buts politiques, électoralistes, dont le corps des femmes fait encore et toujours les frais.

    La signification possible de ces maillots couvrants ne m’est pas agréable : cela peut vouloir convenir que mon corps est un objet de tentation, et que je dois le dissimuler ; dispensant les hommes de leur responsabilité à réfréner leurs pulsions. Je n’aimerais par conséquent pas en porter.

    Mais pour rien au monde je ne voudrais ôter à celles qui le souhaitent la liberté d’arborer des « burkinis », ou de se baigner habillées si elles se sentent plus à l’aise.

    (Pourquoi un nombre croissant de femmes se sentent gênées de montrer leur corps est un autre problème, qui peut être débattu entre les femmes elles mêmes, mais ne regarde pas la société.)

    L’interdiction du maire de Cannes n’est qu’un échelon d’une dangereuse escalade, qui rogne chaque jour davantage les libertés : le maire de Le Pennes-Mirabeau dans les Bouches du Rhône a annulé une transaction entre deux personnes privées sous le prétexte de « trouble à l’ordre public ». L’association culturelle et sportive pour les femmes et les enfants « Smile 13 » avait loué pour une journée l’espace aquatique « Speed Water Park ». L’invitation à cette journée recommandait aux dames de ne pas porter de maillot deux- pièces, et de respecter une tenue vestimentaire correcte, le minimum étant le maillot une pièce, vu la présence sur le site d’employés de sexe masculin. Cette simple mention sur l’invitation a été vue comme un brûlot et la journée annulée par le maire…La déception d’enfants qui comptaient venir s’amuser dans l’eau avec leurs mamans ne semble pas avoir pesé bien lourd dans la balance.

    Cela ne rappelle t-il pas quelque peu les enfants juifs interdits de square entre 1942 et 1945 ?… Car enfin si ce tourbillon d’interdictions ridicules et hystériques se poursuit, les personnes musulmanes- et françaises pour la plus part- seront carrément éliminées de l’espace public.

    Encore une fois, il n’appartient pas à l’Etat laïc de se mêler de religion, et de décider qu’une tendance ou une interprétation d’une religion est erronée ou illicite.

    Que devons nous faire ? Tous porter une étoile verte par solidarité ? Toutes descendre à la plage dans divers costumes fantaisistes : maillots de bain des années 30 avec jupette et leggings ; tunique et turban, robes longues ?....Mais aussi paréos et topless, bref toute la gamme des parties de leur corps que les femmes veulent ou ne veulent pas montrer selon leurs envies et leurs convictions. Habillée si je veux, déshabillée si je veux !

    Nous ne devons pas laisser s’installer un racisme d’Etat qui ne dit pas son nom.

    Nous ne pouvons pas opposer les cultures les unes aux autres, et les hiérarchiser.

    Sinon, la triste réalité de la circulation des idéologies terroristes nous rattrapera, et elle aura atteint son but : diviser les français, faire régner l’irrationnel, et recruter des humiliés avides de vengeance.

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

     

    * Trois femmes ont déjà été verbalisées, dont une de 57 ans…celles qui se baignaient habillées ont été « rappelées à l’ordre » : une police des mœurs à la française, faisant pendant à celle de l’Iran, où on est , au contraire, sommées de se couvrir ?

     

     

     

     

     

     

     


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  • Au moment où est survenue la tragédie de Nice, j’étais en train d’écrire un article concernant une fois de plus, les enfants, et intitulé : « Trop d’orphelins ».

    Après les orphelins de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher, du Bataclan et des cafés avoisinants (plusieurs jeunes parents y ont perdu la vie),  le double meurtre d’un policier français et d’une secrétaire de police, sa compagne, à Magnanville, a fait récemment un autre orphelin : un jeune enfant de 3 ans, qui a assisté à la mort de ses parents.

    Une semaine plus tard, la députée travailliste britannique Joe Cox, assassinée en pleine campagne référendaire du Brexit,  laissait deux autres orphelins de 3 et 5 ans.

    S’il n’y a pas de mots pour décrire les traumatismes de ces petits, je ne peux oublier non plus que sur les 65 millions de personnes actuellement déracinées ou en déplacement forcé dans le monde, 51% sont des enfants.

    Le déplacement affecte de façon tragique la vie des jeunes, et 1 enfant sur 11 vit dans une zone de conflit.

    98 400 demandes d’asile émanent d’enfants ou d’adolescents non accompagnés, séparés de leurs parents, qui ignorent s’ils les reverront un jour. (Sources : CHCR, UNICEF)

    Une psychologue d’un centre pour réfugiés Palestiniens et Syriens expliquait dans un reportage qu’elle estimait une génération entière sacrifiée : certains enfants ne dessinent que du sang, des couteaux et des balles ; d’autres ne rêvent que de vengeance parce qu’on a tué des personnes de leur famille. Beaucoup ont perdu un de leurs deux parents.

    Pour quelles conséquences psychiques et sociales ?

    Les enfant meurent aussi : le petit Aylan n’était que le symbole de ces morts injustes et scandaleuses, dont l’Europe ne se soucie guère. Nous n’allons pas ici dresser de statistiques macabres, mais ils sont plusieurs centaines depuis janvier, malgré les efforts d’ONG, d’associations humanitaires, et des autorités italiennes,*1 à avoir trouvé la mort dans la Méditerranée. Plusieurs centaines : soit une vingtaine de classes de petits, moyens et grands.

    Une école entière.

    A l’heure où j’écris ceci, j’apprends qu’un jeune Afghan, mineur non accompagné, demandeur d’asile en Allemagne, a fait une tentative d’attentat dans un train, où plusieurs personnes ont été gravement blessées, et qui lui a couté la vie.

    Dans quelles conditions cet enfant (car légalement, c’était un enfant) a-t-il vécu, je l’ignore.

    Cette énième tragédie est peut être hélas une des réponses à mes questions précédentes : quelles conséquences psychiques et sociales pour les enfants en zones de conflits, les enfants qui n’ont plus de parents ? Seuls des bénévoles, c’est à dire « ceux qui veulent bien », s’attellent à la tâche de tenter de les reconstruire.

    Si les enfants victimes d’attentat sont « personnalisés », et si l’on publie leur photo et on raconte leur courte vie sur les réseaux sociaux, les enfants réfugiés sont une masse anonyme.

    Agresseurs comme celui-ci, ils connaissent une célébrité  éphémère et posthume.

    Une famine de masse pour des milliers d’enfants au Nigéria (50 000 ?) : c’est ce qu’annonce ce matin Médecins Sans Frontières. Des  centaines de tonnes de nourriture seraient nécessaires dans l’urgence, dans des régions où le tristement célèbre Boko Haram (littéralement : l’Occident illicite ») sévit….

    A Nice plus d’une dizaine d’enfants auraient été tués dans cette terrible agression au camion fou.

    QU’EST CE QUE L’HUMANITÉ EST EN TRAIN DE FAIRE À SES ENFANTS ?

    A cette question cruciale, je n’entends comme réponse que des discours « va-t-en-guerre » totalement inadaptés à la réalité.

     Pour contrer le terrorisme, certains préconisent des mesures de science-fiction totalitaire : un état d’urgence permanent, l’arrestation ou l’internement préventifs de tous les fichés, bref, une descente vers « Minority Report *2 » : arrêter ceux qui ont seulement l’idée de commettre un délit, ou pire, qui pourraient l’avoir un jour, au mépris des principes de droit qui nous différencient justement des barbares…

    D’autres encore s’en prennent aux migrants déplacés qui, comme nous venons de le voir, sont pour bon nombre des enfants.  L’équation obligatoire migrant=terroriste cède à ce banal constat : les meurtriers des précédents attentats étaient français ; celui de Nice un résidant ordinaire, installé durablement.

    La haine de la différence bat son plein avec son lot d’irrationnel : jusque sur les sites de journaux peu suspects de sectarisme identitaire, des commentaires haineux et stupides de lecteurs sur l’Islam  sont répétés en boucle, avec les mêmes obsessions : fermer toujours plus de mosquées, arracher les voiles…imposer une « laïcité » déformée, qui devient à son tour un dogme et un remède-panacée.

    Pour quelle efficacité ?

    L’irrationnel de l’opinion semble irréductible : en effet, dans l’attentat de Nice, d’après le procureur Molins lui même que je cite :

    « Les témoignages font état d’un individu (le meurtrier) éloigné des considérations religieuses, NE PRATIQUANT PAS LA RELIGION MUSULMANE , mangeant du porc et buvant de l’alcool, consommant de la drogue, et ayant une vie sexuelle débridée ». Dont acte.

    Ce comportement devrait être le cauchemar de tout fondamentaliste !

    Dans un premier temps « aucun élément de l’enquête ne démontrait l’allégeance de Mohammed L.B. à une organisation terroriste ». Puis nous avons su qu’il avait des complices. Et que cet attentat était certainement prémédité de longue date, sur la base d’une idéologie peu claire, référencée effectivement à la propagande de l’EI, qui a « revendiqué » l’attentat.

    Malgré ces données, qui dessinent un profil de terroriste jusqu’ici inconnu, le président de la LICRA de la région PACA fait tristement état d’une « parole raciste libérée » à Nice…

    Le véritable racisme, celui qui condamne non pas les actes, mais les personnes pour ce qu’elles sont, de confession ou d’origine réelle ou supposée.  Nombre de victimes du 14 Juillet sont musulmanes….les racistes n’en ont cure, et ils prennent double peine.

     

    La suite de l’enquête n’a pas attiré l’attention, pourtant elle est essentielle :

    « Il était (…) particulièrement violent à l’égard de son épouse et de ses enfants ».

    Quand cet aveuglement va-t-il cesser ?

    La violence machiste et familiale exercée par les hommes est en France systématiquement niée ou banalisée. Des magistrats osent affirmer qu’un homme violent envers son épouse ou compagne peut être par ailleurs un bon père ! Des hommes qui tuent femme et enfants à l’issue d’une séparation sont plaints car « ils ne supportaient pas la séparation », et ces meurtres récurrents sont recyclés en « drames passionnels ».

    Entre Janvier et Mai 2016 en France, 44 femmes, dont 33 mères, ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint dans le cadre d’une séparation. Ces meurtres ont fait 64 orphelins (encore !). 4 enfants ont été tués avec leur mère, 8 ont été tués par leur père qui s’est ensuite donné la mort, 1 bébé a été tué in utéro. (Source : AFD *3)

    Le plus grave, outre la faible publicité médiatique donnée à ces faits en tant que question sociale, est la faiblesse des peines encourues par les coupables ( si ils survivent !) et l’absence totale d’obligation de suivi psychologique ou psychiatrique.

    Considérer sa famille comme sa propriété exclusive, une part de soi-même sans aucune autonomie, ou des proies pour satisfaire son besoin de violence sont des symptômes extrêmement alarmants qui devraient être pris en considération. En France, ils ne le sont pas.

    Il serait intéressant de connaitre la teneur des sévices ou menaces que le meurtrier de Nice avait infligés à sa famille. Avait-il seulement une interdiction de les approcher ?

    Par ailleurs, la dimension psychiatrique de la « radicalisation » est superbement ignorée.

    La « radicalisation «  est vue comme un processus magique, une sorte de métamorphose inéluctable que personne n’analyse : « Il se serait radicalisé très rapidement » ??? « On évoque une radicalisation-éclair ( !) »

    Que met-on derrière ce mot ?

    Il est paradoxal qu’une opinion publique qui tend à reléguer les religions au rang de superstitions, abonde dans le sens d’une transformation mystérieuse et quasi-surnaturelle d’individus devenus soudain assoiffés de sang…

    En amont du processus, rapide ou lent, il existe une faille, une fragilité psychique, un événement parfois vu comme négligeable qui fait effraction dans l’univers interne du sujet, une déconnection du réel ou une pathologie latente, sur lesquels surfent les manipulateurs qui recrutent de nouveaux adeptes.

    Le « djihadisme » est probablement l’une des plus grandes manipulations mentales de masse de l’Histoire (après le nazisme*4), dont la nature sectaire et pathologique est très peu prise en compte. Ceux et celles qui travaillent avec acharnement sur cet aspect fondamental du recrutement des jeunes par l’Etat Islamique ont été peu soutenus.*5

    Il est  en effet plus rassurant de croire à l’efficacité de la déchéance de nationalité, ou du rétablissement rigide des frontières européennes, tous processus cadrés et concrets, que de se pencher sur des stratégies de manipulation mentale complexes, et d’essayer de leur faire barrage, avec le travail de fourmi que cela implique.

    Saluons l’intervention récente dans ce sens de Gilles Kepel*6 expliquant que ce n’est pas l’Etat, ce ne sont pas forcément les lois, qui peuvent empêcher le terrorisme, mais ce sont les citoyens eux mêmes. En ouvrant les yeux. En ayant des exigences sur la prévention, le traitement et la répression de TOUTES les formes de violence.  Il n’y a pas une violence acceptable, et une qui ne l’est pas ; une violence privée et une violence publique, elles sont en lien ; et la lutte contre les maladies mentales, qui facilitent et exacerbent la violence, devrait être une priorité aussi importante que la lutte contre le cancer !

    Actuellement, tous les cas d’emprise, de harcèlement, de violence intrafamiliale, de comportements agressifs répétés, sont traités avec une naïveté et un fatalisme qui confèrent à l’inconscience, et ne sont pas répertoriés comme fléaux sociaux.

    Lorsque la cause de tels agissements est la psychose, elle est très mal identifiée.

    La psychose a pour caractéristique de couper le sujet de la réalité pour l’enfermer dans un monde imaginaire où souvent, il est persécuté, ou bien a pour mission de défendre ceux qu’il croit persécutés. L’actualité traverse les malades, ils en absorbent des bribes qu’ils intègrent à leurs idées délirantes. C’est ce qui peut les conduire à des crimes. Voilà ce que m’avait expliqué une psychiatre qui soignait de jeunes adultes psychotiques.

    Internet, les jeux vidéo, avec leur virtualité, sont des pièges qui alimentent la psychose.

    L’utilisateur est seul-e devant l’écran, et personne ne vient interférer dans ce monde fermé, où n’importe quel endoctrinement est possible. Pour les plus jeunes, il n’est pas anodin de jouer à « tuer » des personnages fictifs sur une console.

    Si comme l’a souligné le même Gilles Kepel dans une interview à la chaine BFM TV, les pulsions sadiques d’un psychotique trouvent un écho et une satisfaction dans les scènes d’horreur meurtrière (décapitations, etc…) diffusées par Daesh, on peut craindre le pire, et il n’est pas besoin d’affiliation réelle à un groupe terroriste pour passer à l’acte. Une affiliation fantasmée suffit.

    « Nous sommes en guerre » nous dit-on, mais contre quoi ? 

    Si chanter « la Marseillaise «  rassure et réconforte ceux qui chantent, on peut considérer que si les organisations terroristes n’existaient pas, la violence des auteurs d’attentat se serait exercée sur un autre mode. Mais lequel ? Y aurait t-il eu moins de victimes ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question.

    En attendant, nous pleurons nos enfants, enfants du monde ; et des enfants supplémentaires vont grandir sans parents.

    Michelle Colmard Drouault

     

    Notes :

    *1 : La marine  italienne vient de sauver 2500 personnes en Méditerranée, qui dérivaient sur des embarcations de fortune (19/7/16, source Le Monde)

     

    *2 Minority Report : film de science fiction de Spielberg : en 2054, la société a éliminé le meurtre grâce à un système de prévention/répression sophistiqué : trois extralucides analysent en permanence les idées de violence meurtrière des individus…

     

    *3 AFD Alliance des Femmes pour la Démocratie

     

    *4 L’assassin de Ms Joe Cox était sympathisant d’un mouvement néo-nazi, la Nouvelle Alliance…

     

    * 5 Dounia Bouzar : Centre de Prévention contre les Dérives sectaires liées à l’Islam

     

     * 6 Gilles Kepel, politologue, professeur à l’institut d’Etudes Politiques (Sciences PO)

     

    Spécialiste de l’Islam.


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  •  

    Appel de Témoignage chrétien au pape François.

    Les rédactrices de ce  blog s’unissent à la pétition du journal Témoignage chrétien pour demander au pape François d’enlever un article jugé homophobe du catéchisme de l’Eglise catholique. Voici le texte de la pétition et le lien pour signer.

     

    « Il ne fait pas de doute que l’abominable tuerie d’Orlando est un crime de haine contre les homosexuels. Face à l’horreur, il ne suffit pas de déplorer ni même de compatir, il faut lutter et combattre ce qui conduit à la haine et au crime. En cette matière, toute connivence avec des propos ou des attitudes pouvant porter à la haine des personnes homosexuelles est une faute. Le crime homophobe de masse d’Orlando ne doit pas cacher la multitude de violences, morale ou physiques, subies par les gays et les lesbiennes à raison de leur orientation sexuelle dans le monde entier. C’est la violence de l’exclusion qui est contraire à la loi naturelle, et rien d’autre.

    Cette faute, vous avez, pape François, commencé à la reconnaître lorsque vous avez déclaré que les chrétiens, et spécifiquement les catholiques, devaient demander pardon aux personnes homosexuelles et que celles-ci ne devaient pas être discriminées.

    Ce sont de belles et bonnes paroles, une pensée élevée qui vous est familière, mais il faut maintenant aller plus loin.

    Pape François, vous pouvez combattre la haine. Abrogez immédiatement l’article 2357 (1) du catéchisme stigmatisant cette orientation sexuelle. La répression pénale de l’homosexualité constitue, on le sait, un terrain propice au passage à l’acte meurtrier, c’est pourquoi nous vous appelons à engager à l’ONU votre autorité et celle du Vatican, aujourd’hui étrangement réfugié dans l’abstention, pour obtenir la dépénalisation universelle de l’homosexualité. 

    Nous ne sommes pas un « lobby » mais des hommes et des femmes, de toutes les orientations sexuelles, qui reconnaissons les personnes homosexuelles comme des frères et de sœurs, un groupe humain à part entière, qui lorsque la menace pèse, a droit à une protection active.

    Pape François, la haine ne doit pas passer par des textes ou des positions que l’on conserverait par fidélité à des usages anciens. Souvenez-vous de l’engagement éclatant et sans équivoque du pape Jean XXIII contre l’enseignement millénaire du mépris l’égard du peuple juif.

    Pape François, notre temps a besoin de grandes voix pour lutter contre la violence et la haine. C’est pourquoi, chrétiens ou non, au-delà de nos appartenances spirituelles, ou de nos croyances, réunis dans notre commune humanité, nous vous lançons cet appel ouvert à la signature de tous, car tous sont concernés. Vous êtes l’une de ces voix, ne vous taisez pas.

    Cette pétition sera remise en temps voulu au nonce apostolique à Paris et au pape François. »

     

    (1) Catéchisme de l’Église catholique, article 2357 : « S'appuyant sur la Sainte Écriture qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que "les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés". Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l'acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d'une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d'approbation en aucun cas. » 

     

    On peut signer la pétition en cliquant :

     

    http://temoignagechretien.fr/articles/contre-lhomophobie-meurtriere-appel-de-temoignage-chretien-au-pape-francois


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