• Sociologue et chercheuse au CNRS, Christine Delphy a également été une des co-fondatrices du Mouvement de Libération des Femmes français, et, se démarquant des autres tendances du Mouvement, a fondé en 1977 avec Simone de Beauvoir la revue « Questions Féministes », puis « Nouvelles Questions Féministes ».

    Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, en particulier «  l’ennemi principal » et « Un universalisme si particulier », qui traite du dévoiement de la notion de laïcité en athéisme d’Etat.

     

    Elle tient un blog, où elle invite divers intervenants.

    Les analyses qui y sont développées sont toujours très intéressantes, précises, et elles pourfendent avec bonheur les idées reçues.

    Nous joignons 2 liens vers des articles que nous vous invitons à lire ; l’un sur la prostitution ;

    l’autre  qui présente l’ouvrage d’un auteur homme pro-féministe, et évoque la juste place des hommes-la leur- d’où ils peuvent parler, au lieu de le faire sempiternellement à la place des femmes…

     

    Michelle. C. Drouault

    https://delphysyllepse.wordpress.com/2015/07/05/prostitution-et-engagement-profeministe/

     

     

    https://delphysyllepse.wordpress.com/2013/03/26/preface-au-livre-de-john-stoltenberg-refuser-detre-un-homme-pour-en-finir-avec-la-virilite/


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  • Plusieurs organes de presse relatent que l’éditorialiste du journal du Vatican « l’Osservatore Romano », a demandé au Pape François si on pouvait envisager la nomination de femmes cardinales.

    Or, qu’est ce qu’un cardinal ?

    C’est une personne nommée directement par le Pape, et qui devient électeur du Pape pour le prochain conclave.

    Contrairement aux idées reçues, le cardinal ne relève pas du sacrement de l’ordre (diacre, prêtre, évêque) ; il n’est pas « ordonné ». On ne peut donc opposer aux femmes l’argument, discutable d’ailleurs, selon lequel la prêtrise serait réservée aux seuls hommes.

    Dans l’histoire, il y eut des laïcs cardinaux (par exemple Mazarin)

     

    Quelles qualités et compétences doit avoir un-e cardinal-e ?

    Celles que peut avoir toute personne baptisée :

    -une expérience spirituelle personnelle

    -un engagement fort au service de l’Evangile

    -une bonne connaissance de la situation de l’Eglise catholique de son pays.

    Si ce type de nomination avait été possible, on aurait pu penser à Sœur Emmanuelle….

     

    Les articles suivant, vous permettra d’en savoir un peu plus :

    http://www.ilmessaggero.it/PRIMOPIANO/VATICANO/papa_francesco_donna_cardinale_vaticano/notizie/329972.shtml

     

    http://www.newsring.fr/monde/3599-francois-1er-nouveau-pape-le-bon-choix/69057-rlc-vatican-des-femmes-cardinales-lidee-est-lancee

     

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/09/24/97001-20130924FILWWW00514-une-femme-cardinal-pourquoi-pas.php

     

     

     

     


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  • Dans le précédent article, l’auteur évoque un passage de la Bible où un homme sacrifie sa fille pour être fidèle à un vœu fait à Dieu. On trouve ce passage dans le livre des Juges au chapitre 11. On peut légitimement se révolter devant de tel récit, qui plus est dans un livre que l’on dit inspiré par Dieu. Mais il faut aller au-delà d’une lecture fondamentaliste.

     

    Il faut savoir d’abord que le Bible contient des positions contradictoires. Ici un sacrifice, et à d’autres endroits un refus virulent des sacrifices humains. Dieu se contredirait-il ?

    Ensuite comprendre que ces textes témoignent d’une lente progression vers plus d’humanisation. Les textes les plus anciens laissant la trace de ce qui se faisait couramment chez les peuples de l’Antiquité, les textes les plus récents s’insurgeant devant ces pratiques. Mais alors pour quoi les auteurs bibliques ont laissé des textes «  dépassés » par une meilleure compréhension de ce qui est meilleur de faire ?

    Parce que la Bible ne nous livre pas du « tout-fait », du prêt à croire, une carrière de normes monolithes et intemporelles. Elle nous montre que la vérité se cherche, qu’on tâtonne, qu’on peut progresser vers plus d’humanisation. Elle ne gomme pas la lente émergence de l’esprit humain éclairé par Dieu, vers ce qui est meilleur. Elle laisse ces textes, témoins de cette longue émergence, pour nous apprendre à penser, à nous positionner, à nous révolter devant l’inacceptable.

    Enfin il nous est possible, même avec ce texte des Juges, de l’interpréter de manière neuve. C’est ce que je propose dans l’article qui va suivre.

     

     

    Le fille de Jephté

    Ce passage se trouve dans la Bible, au livre des Juges chapitre 11

    On ne sait rien de cette jeune fille, sauf qu’elle est la fille unique de Jephté.

    Au temps des juges, Jephté est rejeté par les siens, car sa naissance est suspecte : il est le fils d’une prostituée.

    Il est devenu un chef de bande, ambitieux et plein du désir de se venger. On est en guerre et à la veille de la victoire, Jephté fait un vœu porteur de haine et de violence : « Si tu livres, dit-il au Seigneur, entre mes mains les Amonites, quiconque sortira le premier des portes de ma maison, celui-là appartiendra à Dieu et je l’offrirai en holocauste »

    Violence et mort déguisées en bien, en offrande, en un geste religieux de reconnaissance envers Dieu : cela  dépeint  l’idée qu’il se fait de Dieu et de sa puissance. Une fausse image qui lui donne le droit de disposer de la vie de ses sujets, en s’autorisant de l’idée qu’il se fait de Dieu.

    Une fois victorieux, Jephté rentre chez lui. Qui va sortir le premier de sa maison pour lui faire fête ?

    « Et voici, sa fille sortant à sa rencontre avec des tambourins et en dansant. Mais elle était son unique …Dès qu’il la vit il déchira ses vêtements et dit : « Ah !ma fille tu me désespères ! Tu es de ceux qui me portent malheur »

    Visiblement sa fille est au courant du vœu prononcé par son père…Sa réponse le confirme : « fais pour moi selon ce qui est sorti de ta bouche puisque le Seigneur a pour toi tiré vengeance de tes ennemis »

    Si elle sort la première, c’est en connaissance de cause et parce qu’elle l’a voulu. C’est elle-même qui pour faire la fête à son père, s’expose en personne, peut-être pour l’empêcher d’exécuter son vœu cruel contre un innocent. En ce sens, c’est un acte libre qu’elle pose pour s’opposer à l’image mortifère de Dieu que se fait son père. En ce sens, elle préfigure l’acte du Christ qui dira : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne »

    C’est son enfant unique : s’il accomplit son vœu en faisant tuer sa fille, il se prive de son enfant unique et de descendance.

    Ainsi, cette fille met son père au défi de faire ce qu’il a promis, espérant que l’affection de son père va l’emporter sur son ambition. C’est un père aimant, peut-il honorer le Dieu qui donne la victoire en lui sacrifiant sa fille pour leur malheur à tous les deux ?

    Mais Jephté ne répond rien.

     Elle lui demande deux mois : pour que son père réfléchisse, pour qu’il prenne la mesure de ce qu’il va faire, pour qu’il pèse le poids de souffrance de part et d’autre ? Elle part dans les montagnes « pleurer sa virginité » : elle est au désespoir, comme son père. A son retour, « il accomplit sur elle le vœu qu’il a prononcé ». 

    Cette fille admirable a l’audace d’affronter son père, (le délire ambitieux de son père), au risque de sa vie. Elle n’a pas de nom puisqu’elle va être privée d’elle-même. En elle est le désir de protéger les gens de sa maison, et peut-être aussi, son père de sa folie meurtrière. Elle espérait que l’amour de son père pour elle l’emporterait sur son désir de revanche et sa soif de pouvoir.

     

     « D’année en année, les filles d’Israël iront célébrer la fille de Jephté le Galaadite quatre jours par an » ; Elle n’a pas de nom mais c’est elle, dont la mémoire restera.

     

    « Pour les femmes de la Bible, Dieu est avant tout le  Dieu de la Vie, plutôt que de la puissance et de la victoire » nous dit Sylvie Germain…. Dieu se dresse au cœur de leur vie …Dans cet Ailleurs (on pourrait dire Autre) qui est Dieu même, au plus profond d’elles-mêmes, elles puisent la force d’affronter les puissants et de risquer leur vie, afin d’obtenir grâce pour les petits : elles ont la foi en Dieu, et elles peuvent en mourir comme le Christ.

     

     


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  • Les représentations artistiques et graphiques de la famille au sein de son foyer, sont très récentes : elles prennent leur plein essor au XIXème siècle ; et on commence à en trouver en nombre certain à compter du début du XVIIème siècle.

    Les raisons en sont simples : jusqu’au XVIème siècle, il n’existe pas de délimitation nette entre la sphère publique et la sphère privée. Dans les villes européennes, les maisons communiquent entre elles, elles ouvrent sur les mêmes cours, les mêmes coursives, les galeries et les arcades où se pressent hommes, femmes, enfants vieillards, serviteurs, marchands. La vie est  avant tout sociale, dans la rue, dans le village ; et les diverses assemblées, fêtes saisonnières et religieuses rythment la vie collective, ne laissant qu’une faible part à l’intime.

    L’intimité n’est pas une valeur ; même la chambre conjugale est ouverte à tous vents…On vit sous le regard des autres.

                    L’école se fait au coin des rues et des places sur des bottes de paille, puis des bancs, à des assemblées d’ « écoliers » de tous âges : la notion de classe d’âge est totalement absente, ce qui compte, c’est le désir d’apprendre et de savoir ; nul ridicule à ce qu’un enfant de douze ans ait un niveau supérieur à un vieil homme qui souhaite s’instruire dans un domaine précis.

     

    Le concept d’ »enfance » est une découverte progressive.

    Jusqu’à la seconde moitié du XVIème siècle, les enfants sont considérés en êtres inachevés avant qu’ils n’aient l’usage de la parole ; puis, habillés en adultes miniatures, ils vivent au milieu d’eux, et sont priés de faire l’apprentissage des usages de leur milieu, et d’acquérir des capacités de discernement et de survie.

    Leur premier âge laisse indifférent-une indifférence de précaution, car ils peuvent si aisément être emportés par une maladie ou un accident-, irrité, ou encore amusé.

    Jugés incapables de comprendre ce qui les entoure, les jeunes enfants entendent tout des conversations et plaisanteries d’adultes, souvent à caractère sexuel ; ce n’est pas malséant. Sitôt sortis du berceau, ils n’ont pas de lit personnel, et dorment avec domestiques ou parents.

    Vers 7 ans, surtout pour les garçons, on commence à exiger d’eux décence et contrainte, afin de s’adapter à la vie collective, et de perpétuer la lignée, le commerce, le négoce ; en milieu rural le fermage et les cultures.

     

     La soi-disant « pureté » ou « innocence » de l’enfance, est une conception tout à fait nouvelle.

     Elle surgit au XVIIème siècle, avec les premiers traités d’éducation pour les deux sexes. (Jacqueline Pascal, Mme de Maintenon, diverses compagnies de Jésuites, les Oratoriens ; plus tard, Rousseau) Pour la première fois, on affirme l’utilité de séparer les enfants des adultes, pour ne pas « souiller » leur pureté initiale, et imprimer à leurs esprits mous comme de la cire, de bons principes.

    Si l’influence de l’Eglise n’est pas étrangère à ces changements, on note qu’en même temps, la sphère publique s’est rétrécie au profit du cercle privé.

    L’aristocratie et la bourgeoisie se retirent progressivement de l’espace et des réjouissances publiques, pour un « entre soi » de classe, *de salon ; coupé du « peuple », foule bigarrée et vivante qui occupe toujours les places les rues des  villes, bourgs et villages.

    C’est alors que la peinture représente davantage des portraits familiaux ou individuels  d’ « intérieur », marquant l’appartenance à une maisonnée.

    Néanmoins, la famille n’est pas encore nucléaire : cohabitent souvent deux générations (surtout en Europe du Sud) : le couple principal avec un père ou une mère veuf ou veuve, ou bien le couple et un frère ou une sœur encore célibataire. Bien souvent, les nombreuses morts des femmes en couches font cohabiter dans une famille les enfants issus de plusieurs lits.

    A cela s’ajoute la multiple domesticité ; Molière nous montre bien que le moindre quidam a toujours un valet. Cette domesticité n’est pas encore séparée des maîtres comme on le fera au XIXème ; elle participe pleinement à la vie familiale, et parfois est plus proche des enfants que leurs parents, qui conservent surtout un rôle d’autorité et de pouvoir.

    Cette demeure familiale, les enfants des classes aisées la quittent dés la naissance pour aller en nourrice, et y reviennent vers 7 ans, souvent pour repartir vers une institution religieuse, ou être confiés à une autre famille sous l’égide d’un « maître ». Les enfants des artisans et commerçants, bras indispensables, apprennent le métier soi chez eux, soit chez d’autres, pour revenir assurer la pérennité de l’entreprise.

    La famille, à taille variable, existe concrètement ; elle se resserre, pose des bornes, mais elle n’est pas encore exaltée, elle n’est pas un but ; le but principal est beaucoup plus la perpétuation d’une profession, d’un domaine, d’un lignage, d’une renommée, par le biais de la descendance.

    Pour notre grand bonheur, notre cher Molière a refusé de reprendre la charge de tapissier de son père….

     

    Peu à peu,  avec le concept de la spécificité de l’enfance, se fait jour le souci reconnu de leur éducation, au cours des XVII et XVIIIème siècles.

    C’est le développement de l’école par classe de sexe et d’âge, qui sert de viatique de passage vers l’âge adulte, et remplace l’apprentissage et le tutorat permanents de jadis.

    Les grands auteurs moralistes : Montaigne, Coulanges, Jean Baptiste de la Salle, ont réfléchi aux préceptes d’éducation nécessaires, relayés par les nombreux « traités », qui montrent une préoccupation grandissante de cette question, tant pour les garçons que pour les filles.

    En même temps, l’Eglise catholique a tourné la page du Sacré du Moyen Age pour se tourner vers les aspects moraux de la religion, sous l’influence des réformateurs.

    On rentre dans l’ère de « l’éducation chrétienne », sous la responsabilité des parents ; responsabilité qui est soulignée. Elle n’est plus dévolue à la collectivité, la socialisation passe du groupe à la famille : les bases de la famille moderne sont jetées.

    La représentation de la famille commence alors à être mise en exergue.

     

    Au XIXème siècle, la famille deviendra une véritable idéologie.

    Les raisons en ont été multiples : peur des ravages de l’industrialisation, découvertes scientifiques et début de l’hygiénisme, appels de pouvoirs politiques autoritaires à une morale religieuse, ou d’inspiration religieuse, pour limiter la contestation…des volumes entiers ont été écrits sur la question. Mais nous peinons à sortir de l’idéologie familialiste telle qu’elle s’est développée aux XIX et XXème siècle ; et certains ont tendance à confondre la « nature » avec cette construction issue des lentes évolutions successives de la pensée et des mœurs.

    La famille, et l’idée qu’on se fait du « bien des enfants », ou de leur intérêt, sont des notions mouvantes, datées, relatives.

    Cette relativité devrait nous amener à un peu de modestie ; et à éviter des proclamations naïves sur les « papas et les mamans » que les enfants devraient avoir constamment à leurs cotés pour bien se développer !

     

    Cependant, plusieurs questions paraissent dignes de réflexion :

    S’ils étaient loin d’être élevés dans la seule proximité constante de leurs parents, les enfants avaient en général la certitude leur filiation, réelle ou fictive. La honte de l’illégitimité, due au système patriarcal, semble avoir traversé les âges.

    Les questions de l’éducation et de la filiation sont donc distinctes.

    Enfin, ce regard permanent des autres, dans la vie sociale intense que nous avons observée précédemment, préservait- il davantage les enfants de la maltraitance ?

    Est ce que l’univers étouffant et triangulaire de l’époque moderne, de plus en plus réduit en raison du chômage et de la mobilité géographique, ne favorise pas la maltraitance par surcharge, exaspération, solitude ?

    Beaucoup de jeunes couples n’ont personne à qui confier leurs enfants pour faire des courses ou sortir,* et a fortiori peu de vie sociale. Nombre de jeunes mères n’ont plus l’étayage des autres femmes de leur famille pour les aider et les conseiller lorsqu’elles rentrent à la maison ; ce sont des professionnelles souvent débordées qui les remplacent, et pas systématiquement. On n’a jamais autant parlé d’ »aides à la parentalité » pour parents désemparés que depuis l’imposition de ce modèle familial.

    Surinvestis, surmobilisés, les parents de la famille nucléaire n’en peuvent plus…quand la famille n’est pas réduite à un seul parent, mère courage au sein d’un monde indifférent, et replié sur lui même.

    Voilà plutôt les enjeux de société sur lesquels nous ferions bien de nous pencher, au lieu de nous cramponner à des normes fluctuantes…

     

    Michelle.C. DROUAULT

     


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  • Dans un article paru dans la revue Croire aujourd’hui  A. Wenin traduit Adam par : « l’humain ». (A..WENIN, « Une rencontre manquée », Croire aujourd’hui, n°159 du 1er septembre 2003)

    Actuellement, dans la langue française, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour inclure féminin et masculin dans un même mot. Si nous adoptons cette traduction pour Gn 2-3, cela permet, de décrire l’homme et la femme comme formé-es de la glèbe, recevant une haleine de vie, posé-es dans le jardin, entendant ensemble la parole d’ouverture à tous les arbres et celle de l’interdiction de l’arbre à connaître le bien et le mal. 

    Si nous suivons la lecture inclusive d’A.Wenin, le verset 18 du chapitre 2 peut cependant nous arrêter et rendre difficile l’inclusion du féminin et du masculin dans cet-te Adam 

    Même si on traduit par : "Le Seigneur dit: il n’est pas bon que l’humain soit seul", on peut se demander qui était-il cet humain seul ? La réponse de l’auteur est de considérer Adam comme l’Humain dont l’être n’est pas encore différencié sexuellement. L’interpréter ainsi (et non comme un Adam masculin) comporte un enjeu important. Pourquoi ? Parce que Dieu s’adresse à lui-elle, fait de lui-elle un-e interlocuteur-trice,  lui donne un pouvoir de nomination. Dieu l’associe donc  à son pouvoir. En donnant un nom, il-elle en devient maître-maîtresse. 

    Si Adam est toujours cet-te humain indifférencié-e sexuellement, ce pouvoir est celui des deux sexes. 

    Si c’est l’Adam uniquement masculin, une lecture fondamentaliste peut se servir, s'est servi et se sert encore de lui, pour introduire une image du masculin différente du féminin, dans le sens d’un pouvoir de gouvernement qui n’est donné qu’à l’Adam masculin. 

    C'est en tout cas une lecture non avertie des exigences critiques d'une éthique de l'égalité homme-femme. Cette interprétation a prévalu pendant des siècles au point d’oublier ou d’occulter l’Adam mâle et femelle de Gn 1. 

    Telle n’est pas l’interprétation que suggère la traduction d’ A.Wenin. 

    « Dans le récit, il n’est ni homme ni femme. Ou les deux à la fois. Mais pour le Seigneur Dieu, un tel isolement n’est pas bon. C’est la relation qui fait vivre. » 

    Très beau commentaire qui dit bien l’enjeu et le bienfait de cette différenciation voulue par Dieu et qu’il va opérer. La suite de son commentaire est encore plus novatrice : 

    « La torpeur fait perdre  connaissance  à l’humain. C’est la  manière de dire que ce qui constitue un être dans sa singularité échappe forcément…Dieu prend un côté de l’humain puis ferme la chair à sa place. Cette opération signifie que seul un manque, une perte ouvre un être à l’altérité et qu’une relation authentique n’est possible que si le moi accepte d’être blessé, altéré. »  

    Dans une Bible traduite et commentée comme cela, nous pourrions avoir comme titre à partir du v.27 : « Le premier péché ». Il aurait pour premier auteur l’Adam masculin. 

    En effet ce qui est dit au v.23, à côté de son aspect positif, peut être questionné. Ce n’est pas une parole de dialogue, Adam ne dit pas : « Tu es os de mes os et chair de ma chair ». Il se parle à lui-même. La communication commence mal !  « Il en fait l’objet de son discours ». dit A.Wénin. Mais peut-être encore plus grave, il se donne comme l’origine de « issah » : « Car de ys a été prise celle –ci ». Il croit qu’elle vient de lui. 

    Cette déclaration se veut parole de savoir. Il croit savoir comment cela s’est passé et qu’elle vient de lui alors que le texte nous a bien dit que c’est Dieu qui est l’auteur de cette différenciation, que l’humain féminin comme l’humain masculin a été tiré comme lui de l’humain par séparation : lui, un côté, elle l’autre. Il croit savoir alors qu’il ignore tout puisque tout s’est passé dans un sommeil. 

    Quelle aurait dû être la parole juste ? Peut-être interroger Dieu sur ce qui vient de se passer, sur le mystère accompli, et s’adresser à cette autre maintenant devant lui ? Au contraire, poursuit A.Wénin : 

    « On le voit ainsi reprendre connaissance en gommant ce qu’il ignore, à savoir l’action divine qui a fait de la femme un être singulier, différent de lui. On le voit aussi prendre sur elle un pouvoir que Dieu avait donné à l’humain sur les animaux, le pouvoir de nommer. » 

    Si cette remarque est juste, elle devient un bon exemple de la manière dont une lecture biblique est toujours voilée par des présupposés. On va pointer le péché de la femme en Gn 3/6 et ne pas remarquer cet autre peut-être encore plus grave et qui n’a pas même besoin d’un tentateur extérieur ! 

    Premier péché donc mais qui est aussi celui de la femme. Celui-là aussi a été voilé et combien il est nécessaire qu’il soit  dévoilé. Le péché, ici, au féminin, est le silence. Elle ne dit rien, se laisse dire. Se laisse prendre dans ce refus d’une vraie altérité, au profit du même. Elle se laisse nommer par un autre. Ce mutisme est autant refus de dialogue que le « parler à soi même » de l’humain masculin. Il dit un péché de soumission à l’injustice dont on est victime et donc une possible complicité avec son propre malheur. La femme ici le commet : par son silence elle accrédite la parole qui fait d’elle un objet dont on parle, au lieu d’être sujet parlant. 

    Le texte même à partir du verset 25 à l’air d’entériner cette situation. En effet pour parler de l’humain masculin, le texte va simplement dire l’humain (l’Adam ou le Glébeux, ou l’homme selon les traductions). Comme si le masculin était simplement l’humain à lui tout seul. Simplement  et c’est bien là la faute. Au lieu d’accueillir l’altérité comme un don, le manque comme l’espace d’une vraie rencontre, l’Adam masculin va se vivre comme le sexe premier, parfait, exemplaire et le féminin comme dérivé de lui. Ceci est au fondement de toute l’anthropologie classique discriminente qui va s’élaborer à partir d’une interprétation de l’Adam au masculin. 

     


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  •  Est parue l’an dernier, en collaboration avec Djénane Kareh Tager : Suis-je Maudite ?  La Femme, La Charia et le Coran, de Lubna Ahmad al-Hussein, journaliste soudanaise qui s’était fait connaître pour avoir porté un pantalon, à Khartoum, et risqué… 40 coups de fouet !

    Porte-parole de toutes les femmes musulmanes qui veulent résister à l’intégrisme, elle a recueilli de nombreux témoignages de femmes maltraitées au nom de l’Islam, avant de fuir son pays pour pouvoir continuer à diffuser ses idées.

     

    Son objectif est de lutter contre les discriminations envers les femmes par une analyse claire et rigoureuse des textes du Coran, débarrassé de tout ce qui le fausse. Le problème résiderait, selon l’auteure, dans la « seconde source » de la religion, les « hadiths », qui rapportent des propos, faits et gestes du Prophète Mohamed recensés pendant les deux siècles suivant sa mort.

    Les mille trois cent hadiths existants combleraient les silences du Coran sur des sujets de vie quotidienne. Certains peuvent être tenus pour authentiques, d’autres beaucoup moins et les différentes écoles coraniques (chiites ou sunnites) ne s’appuient pas sur les mêmes.

    Pour l’auteure, ils doivent toujours être pris avec du recul, car ce sont des compositions humaines (alors que la révélation faite au Prophète est, pour un musulman, la parole même d’Allah). Mais pour certains musulmans, ils auraient fini par supplanter le Coran lui même.

    D’une façon plus large, l’auteure met en doute le bien fondé de la charia, cet ensemble de normes doctrinales, morales et relationnelles (le mot désigne quasiment le droit musulman) de l’Islam. Elle  estime que ces règles, contraintes et diktats figés ne correspondent plus aux sociétés modernes, au concept de droits humains et au respect dû aux femmes.

     

    Enfin, certains hadiths sont en contradiction flagrante avec le Coran. Ils sont d’autant plus suspects que, paraît-il, le Prophète se méfiait de ce qu’on lui faisait dire. Un des hadiths les plus fiables relate son interdiction d’écrire à son sujet. Le travail de l’auteure a consisté à détricoter ce lacis de hadiths. 

     

     Chrétienne, j’ai été frappée de la similitude de procédés des êtres humains de sexe masculin pour asseoir leur domination sur les femmes en se prévalant d’ordres divins :

    -le découpage et le tronçonnage de textes sacrés

    -la tenue pour véridique de textes peu fiables dés l’instant qu’ils renforcent la toute-puissance masculine

    -l’omission de textes qui mettent en scène des femmes valeureuses et croyantes.

    Ainsi, explique l’auteure, tous les hadiths ordonnant la soumission des femmes ont été retenus comme fiables, surtout par les écoles hanbalites (les plus fondamentalistes), tandis que ceux qui prônent respect et égalité à leur égard ont été écartés, même si leur source était relativement sûre.

    Pourtant, le Coran (2, 79) maudit « ceux  qui, de leur propres mains, composent un Livre et le présentent comme venant d’Allah… »

    Les crimes d’honneur, la lapidation, l’enfermement des femmes viennent tous d’interprétations de hadiths peu fiables.

    Le Coran lui même contredirait l’usage de la violence envers les femmes, conseillant aux hommes : « Comportez vous convenablement avec elles (vos épouses). Si vous ressentez de l’aversion envers elles, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose où Allah a déposé un grand bien ». C’est là reconnaître qu’en tout être humain existe une parcelle de divinité.

     

    Pensons aux fréquents découpages, lors des mariages catholiques de jadis, des textes de Saint Paul ! Tous les parallèles entre l’attitude de l’époux et de l’épouse étaient supprimés, pour que soit seule évoquée l’appartenance du corps de la femme à son mari, et non la réciproque qui suit. (Corinthiens, 7, 4)

    De même, dans la Lettre aux Ephésiens (5, 22 à 33), était retenu « femmes soyez soumises à vos maris comme au Seigneur », tandis que la suite « maris, aimez vos épouses comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré Lui même pour elle » était occultée. L’affirmation que les maris doivent aimer leurs épouses comme leur propre corps disparaissait souvent.

     

    Démarche extrêmement courageuse, ce livre est une bataille contre la confiscation par les hommes de la parole divine pour la remodeler à leur gré.

    L’image de l’Islam dans l’opinion publique ne peut ressortir que grandie d’une telle entreprise.

     

    Saluons les efforts de toutes nos sœurs qui travaillent pour la vérité des textes et  luttent pour les droits des femmes en se réappropriant leur religion.

    C’est au péril de sa vie que Lubla Ahmad al Hussein a amorcé sa recherche et répondu à ses détracteurs. La fin de son livre rejointLes pieds dans le Bénitier :

    « Je sais que ce livre me vaudra d’être accusée d’hérésie et de blasphème, mais je ne peux pas continuer à me taire. Ca suffit !».

     

     

    Michelle C. Drouault.


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    Texte qu’on peut trouver dans l’Evangile de Luc au chapitre 10 verset 38 à 42

     [38] Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. 

    [39] Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. 

    [40] Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider." 

    [41] Mais le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; 

    [42] pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée."

     

     Cet épisode de Marthe et Marie a été « lu » comme symbolique de la vie contemplative (Marie) et de la vie active (Marthe). C’était une lecture justificatrice de la supériorité de l’une sur l’autre.  C’est un bon exemple d’interprétation qui se fourvoie faute de connaissance du contexte historique mais aussi d’aveuglement plus ou moins conscient qui favorise des intérêts de certains au détriment d’autres. 

    Comment se fait-il que dans la situation  discriminatoire de la société où Jésus vivait, la parole scandaleuse de Jésus n’ait pas été perçu ? 

    Le scandale, c’était qu’une femme, dans cette société patriarcale, ne pouvait pas prétendre à être disciple d’un maître,  c'est-à-dire ne pouvait pas étudier, scruter les Ecritures, réfléchir sur la foi.  Sa place traditionnelle était à la cuisine ! Marie transgresse ce positionnement. Elle veut être assise au pied d’un maitre et l’écouter,  en position du disciple. Marie la prend et Jésus approuve son choix qui est une transgression du rôle dévolu aux femmes. 

    La meilleure part est donc, pour les femmes, et dans l’optique de Jésus, d’être disciple, une part à laquelle il les autorise, les appelle, auquel il leur reconnaît le droit d’aspirer. Il ne s’agit donc pas dans ce texte d’opposer la vie contemplative à la vie active mais  c’est un texte fort pour dire que les femmes de la même manière que les hommes, peuvent être disciples. 

    Jésus prend position ainsi contre les discriminations dont étaient victimes les femmes sur ce point à son époque.  

    Contemplons donc cette scène en nous attachant à cette relation étonnante entre Jésus et Marie. Regardons-la désirant cette place de disciple que seul Jésus à l’audace de lui accorder. Regardons-la briser les limites qu’on lui impose.  

    Laissons-nous étonner par la transgression que Jésus opère, similaire à tant d’autres qu’il a accomplies pour faire éclater tout ce qui limite, tout ce qui enferme, tout ce qui exclut.  


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  • Dans l’Eglise catholique romaine, des textes de la Bible sont lus durant des célébrations liturgiques. Pour tous les jours de l’année et pour les messes des dimanches.

     Depuis le Concile Vatican II, un nombre plus important de textes sont entrés dans la Liturgie.

    Mais pas tous. Les catholiques romains n’entendent jamais le chapitre 4 du Livre des Juges. Cet « oubli » de l’un d’entre eux me semble significatif.  Pourquoi ? Parce que c’est un texte de la Bible où l’on voit une femme en position d’autorité civile et religieuse. On fait mémoire d’elle non pas en tant que mère, non pas en tant qu’épouse. Non on fait mémoire d’elle en tant que personne ayant exercé  un gouvernement efficace, reconnu par le siens. Nous avons donc avec ce texte, un exemple de la capacité des femmes à gouverner. Cas unique retenu mais qui peut faire penser qu’il n’a pas été le seul.

    Pourquoi est-il occulté, obturé dans la liturgie catholique-romaine ? Parce qu’il donnerait à penser que des femmes pourraient très bien, dans l’Eglise, avoir des charges de gouvernement !

    Michèle Jeunet

     

    Ce texte, que je ne connaissais pas du tout, m’a paru intéressant sous plusieurs angles.

    C’est à mon sens un texte à teneur politique : la résistance à la tyrannie est possible, mais il faut être plusieurs, unis, pour y parvenir.

    Ensuite, la relation entre Baracq et Débora est assez contemporaine. 
    Il a besoin de courage. Il sollicite cette femme respectée, et reconnaît sa  propre faiblesse :

    « Si tu ne viens pas avec moi, je n’irai pas ».

    Elle accepte, mais le prévient : il ne peut pas retirer seul les honneurs de cette bataille qu’ils vont mener, car la tyrannie doit tomber par les mains d’une femme. 
    Il est probable qu’à l’époque déjà, la propension des hommes utiliser les femmes, pour ensuite se proclamer les seuls vainqueurs, était forte.

    Ils sont donc égaux et complémentaires, et c’est une bien meilleure complémentarité dans l’action pour la justice, que celle que l’on nous propose en tant que femmes chrétiennes en ce moment !

    Néanmoins, je reste un peu interrogative devant la violence de Yaêl avec son piquet.

    Fichtre !

    Mais est ce que cela ne fait pas tomber l’imagerie mièvre des femmes telle que l’Eglise tente de nous l’inculquer depuis deux siècles ?

    Michelle.C. Drouault

     


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