• C’est avec satisfaction et un certain soulagement que nous avons vu rejeter voici quelques jours l’amendement à la loi de bioéthique permettant l’inscription à l’état-civil français d’enfants nés d’une GPA pratiquée à l’étranger.

     

    Cette modification aurait permis de les inscrire comme issus de leur père(c’est en général avec ses gamètes qu’est pratiquée la GPA) ET de l’épouse du père, « mère d’intention », avec un effacement complet de la mère biologique.
     

    Certains parlementaires avaient évoqué assez rudement un « blanchiment » de la GPA.

    Outre qu’il s’agissait de reconnaître administrativement une pratique strictement interdite en France, l’introduction de la « mère d’intention » comme seule mère entrait en contradiction avec le droit français : celui-ci estime que la mère est celle qui accouche, point.

    Sauf en cas d’adoption pleinière, où il y a rectification de l’acte de naissance, ce qui est un processus différent.

    Ces enfants continueront donc à être déclarés comme ceux de leur père et de celle qui les a portés, puis ensuite adoptés par leur belle-mère, l’épouse de leur père. Pour les couples d’hommes, l’époux du père sera l’adoptant.

    Cette législation lisible et cohérente n’avait pas de raison d’être modifiée. Les enfants nés de GPA n’ont jamais été « sans papiers » comme on a pu le prétendre.

     

    On objectera que dans la PMA, est aussi reconnue comme mère l’épouse de la mère au titre de « mère d’intention ». C’est exact.  Et cela pose problème , car tôt ou tard , l’amendement repoussé reviendra sur la table au motif de  « l’égalité » ; notre société ayant beaucoup de peine à comprendre que l’égalité n’est pas la similarité.

    L’intention n’est pas l’adoption. Elle ne peut à elle seule rendre parent. C’est ce que nous disons pour la GPA.

    S’agit il alors d’un décalque du principe juridique français  selon lequel est le père d’un enfant le mari de sa mère ? Le but étant à l’origine (code de 1804) dans certaines situations, de substituer à un père biologique défaillant, mineur, adultérin, ou « immontrable » car de classe sociale ou de rang inférieur, le père « social » qui léguera son patrimoine.

    Ce principe certes discutable, a permis de camoufler en connaissance de cause ou dans l’ignorance des intéressés, des liaisons réprouvées par les circonstances géopolitiques (guerres, occupations) ou sociales. Peut on le considérer encore d’actualité ? 

    En Europe, on ne jette plus guère l’opprobre sur les mères célibataires (encore que, l’hostilité à la PMA « pour toutes » ne tient elle pas à ce préjugé tenace ?) nous ne sommes plus en guerre et les classes sociales sont assez homogènes

    Mais surtout a-t-il une cohérence pour un couple de même sexe ?

    Quid de l’enfant si les parents se séparent ? Les mouvements féministes luttent à juste titre contre l’indifférenciation des parents lors des séparations, qui nie la relation spécifique d’un enfant à sa mère, et le pôle de sécurité qu’elle incarne. Parce que les parents sont deux femmes, la mère perdrait sa spécificité ? C’est parce qu’elle est celle qui a porté, échangé, donné naissance, allaité, que la mère représente pour l’enfant l’attachement le plus nécessaire ; pas juste parce qu’elle est une femme ! Les gardes partagées avec les « mères d’intention » risquent de s’avérer aussi problématiques…

     

    On peut interroger également cette notion contemporaine récurrente d’ « intention », qui devient prépondérante.

     Je l’ai déjà évoqué brièvement, dans certains pays anglo-saxons, il suffit de se déclarer « femme » de se sentir « femme » et d’avoir l’intention de se comporter comme telle, pour en être une.. Des personnes transgenre ont donc commencé à infiltrer tous les lieux dédiés aux femmes, (refuges, accueil) même lorsqu’ils avaient conservé leur anatomie masculine. D’où des dérapages inévitables, et la terreur des femmes, les « vraies ». Ces personnes ont également « raflé » toutes les premières places de compétition sportive féminine… Elles avaient « l’intention »  d’être femmes, mais gardaient leurs hormones mâles avec la force subséquente.

    Sommes nous dans la société du faux semblant ? du « faire comme si » ?

    Freud disait qu’on ne renonce jamais à un désir…

    Ainsi a été rejeté lors du vote de la même loi sur la bioéthique un amendement visant à permettre aux femmes transgenre s’étant « déclarées »  hommes, mais ayant conservé leur utérus, d’avoir accès elles aussi à la PMA.  La seule idée qu’un enfant puisse avoir une mère qui est socialement un homme pose un énorme problème de repères !!!

     

    Il est à noter que la notion d’ « intention » dépasse la sphère privée.

    On peut à présent être condamné(e) pour avoir eu l’ « intention » de commettre un acte terroriste. Cela peut sembler légitime.

    Mais qu’en est il de celui ou celle qui, ayant tout préparé , réalise l’horreur de ce qu’il va commettre et renonce ?

     

    Le monde moderne souvent nous déconcerte. Mais je continue à déplorer l’absence de débats contradictoires animés, riches , dans les respect les uns des autres, qui nous permettrait de poser tranquillement toutes ces questions sur la table. Sans postures partisanes. Et d’y voir plus clair, dans l’intérêt de ceux et celles qui bâtissent notre avenir : nos enfants et petits enfants.

     

     

     

    Michelle .C. DROUAULT

     


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  • Un projet de loi devrait permettre prochainement d’ouvrir la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation de vie ou leur état marital.

     

    Devant de tels enjeux, qui concernent l’avenir de notre société, on note une désolante absence de véritable débat.

    D’une part un mouvement bien connu pour son opposition précédente au mariage « pour tous » se dresse contre « la PMA sans père », au nom de la paternité. De l’autre, les partisans de la loi, s’ils la saluent, estiment qu’elle ne va pas assez loin…

    Et tous ceux et celles qui s’interrogent sur des questions éthiques, philosophiques, humaines, semblent évincés, voire cloués au pilori.  Les rares débats médiatiques se réduisent souvent à des oppositions binaires, voire caricaturales.

     

    Or, des questions de fonds s’imposent :

    -Voulons nous vraiment, en généralisant ce procédé, dissocier la sexualité de la procréation ; les relations humaines de la création d’un être vivant ?

    Quelles seront les conséquences sur le psychisme des mères et le vécu des enfants ?

    - Est il légitime, comme le dit entre autres la philosophe S. Agazinski, « d’abandonner la logique médicale de lutte contre l’infertilité pour répondre à des demandes sociétales » ?

    -le remboursement d’une telle pratique ne relève pas du secteur de la santé ; n’est il pas choquant que la collectivité réponde à des besoins individuels alors que beaucoup de citoyens(et de citoyennes !) doivent encore renoncer à des soins pour prise en charge insuffisante ? A l’heure où on s’ingénie à trouver des moyens de gratuité des garnitures périodiques pour les femmes en précarité, où soins dentaires et lunettes peinent à être couverts ? Où l’Aide médicale d’Etat ne couvre que les soins d’urgence ?

    -Enfin, l’introduction de la notion de « parent d’intention »n’est elle pas dangereuse, et ne peut elle conduire à plus ou moins long terme à la légalisation de la GPA, pourtant à juste raison interdite en France ?

     

    Je n’ai pas la prétention d’apporter des réponses à ces questions. Mais elles méritent d’être posées. De même que les causes réelles, tant des oppositions farouches que des engouements sans réflexion, doivent trouver des tentatives d’analyse.

     

    Il n’est pas égal d’attendre un enfant issu du désir pour un homme, qu’il inclue un projet de couple ou soit le résultat d’une éphémère nuit d’ivresse ; d’espérer que le bébé ait les yeux ou le don pour la musique de la personne qu’on aime ou qu’on a apprécié quelques instants, que de choisir un donneur sur dossier. Il n’est pas égal d’avoir du plaisir au moment de la conception d’un enfant, ou d’avoir un embryon implanté lors d’un acte médical.

    Les femmes qui ont eu recours à la PMA pour des raisons d’infertilité de leur conjoint le savent bien.

    Et si le désir pour un homme est impossible ?
    C’est là que la question devient difficile et délicate. Car l’enfant étant une personne, il n’existe pas de « droit à l’enfant »…

     

    Il semble néanmoins que détracteurs comme promoteurs de la « PMA pour toutes » se trompent de combat.

    Les opposants qui crient « Liberté, égalité , paternité » cachent mal, derrière ce slogan leur véritable préoccupation : que des femmes puissent avoir des enfants sans le contrôle d’un homme leur est insupportable. C’est le modèle patriarcal de la famille qu’ils ressentent attaqué.  

    Si le code civil napoléonien de 1804 consacrant l’inégalité essentielle des époux et parents n’a été transformé qu’à partir de 1970 pour aboutir à l’autorité parentale conjointe , puis le divorce par consentement mutuel, la tentative de reprise en main des femmes a été très rapide. Suite à la conquête fondamentale de leur émancipation : la contraception et l’avortement légal, le contrôle exercé sur elles glissait peu à peu des doigts des dominants.

    C’est donc sous couvert de progressisme et d’égalitarisme que l’offensive a été menée pour être mieux acceptée : effacer les différences de statut entre les femmes mariées et les autres pour mieux les contrôler toutes. Tout homme a pu reconnaître un enfant sans l’aval de la mère ; et toute reconnaissance a donné à cet homme l’autorité parentale, même en l’absence de projet de vie avec elle et l’enfant. Notons qu’il n’en est pas ainsi dans beaucoup de pays d’Europe. En Allemagne, la mère doit consentir à la reconnaissance, et l’approuver comme exacte ; en Suède et en Italie, la mère qui ne vit pas avec le père de l’enfant garde seule l’autorité parentale, le père conservant un droit/devoir de surveillance et d’éducation.

     

    En France une femme ni mariée ni pacsée n’a absolument aucun lien juridique avec le père de ses enfants(c’est à eux, pas à elle, qu’il doit une pension alimentaire). Néanmoins les Juges aux Affaires Familiales ont pu être saisis de litiges de couples de concubins, dés lors qu’ils étaient parents…

    Et les enfants, seul lien possible, ont été instrumentalisés pour servir de moyens de contrôle.* 

    Des contentieux inadmissibles se sont installés autour d’enfants otages, parfois enlevés ou séquestrés par des pères(divorcés ou non) impuissants à empêcher une séparation, ou laisser une femme avoir une vie autonome.

    Assez vite, avoir un enfant avec un homme est devenu synonyme d’avoir un boulet, une chaine au pied, car le droit à l’erreur était payé trop cher : des femmes se sont vues assignées à résidence, privées de promotion professionnelle, harcelées, par des hommes avec qui elle n’avaient parfois jamais eu de projet de vie, « au nom de l’enfant ».

     Pour certaines , cela a signifié être en danger de mort avec leur enfant, ou mourir :

     les féminicides et infanticides représentent 25% du total des homicides. 82 femmes depuis Janvier 2019 ont été tuées par un conjoint , ex –conjoint ou partenaire dans un contexte de séparation. La moitié d’entre elles laisse des orphelins, parfois bébés. Certains enfants ont été tués par leur père avec leur mère ; ou dans le seul but de se venger de la mère( un accusé a récemment reconnu ce mobile).

     

    Faut il s’étonner que dans ce contexte, les femmes veuillent vivre en paix avec leurs enfants, et commencent à privilégier des modes de conception qui les délivrent de pareilles épées de Damoclès ? Non.

     

     

    Mais paradoxalement, les opposants principaux à la PMA sont aussi ceux qui ont le plus appuyé les mouvements de pères séparés réclamant toujours plus de coercition sur les femmes.

    Récoltent ils ce qu’ils ont semé… ?

     

    Du côté des promoteurs inconditionnels de la PMA, on brandit des études établissant que les enfants élevés dans des familles homoparentales n’allaient pas plus mal que les autres. Heureusement ! la capacité des personnes d’élever des enfants est absolument indépendante de leur orientation sexuelle, et deux femmes peuvent être de bons parents.

     La question n’est pas là. Par ailleurs, être élevé sans père présent au quotidien ne veut pas dire être privé de modèles masculins (grand père, oncle , parrain, etc).

    La question est que si la PMA est ouverte à toutes les femmes, on va fabriquer sciemment des enfants qui ne connaîtront pas leur filiation biologique. Or savoir d’où nous venons, où sont nés nos aïeux, leur histoire, tout cela est constitutif de notre personnalité, de notre sécurité intérieure, de notre sentiment d’appartenance . Les enfants nés par PMA dans un couple hétérosexuel et au courant de leur conception, recherchent presque tous leurs origines, car c’est une quête légitime que de savoir quelle combinaison génétique a produit l’être unique que nous sommes. La fiction de parenté offerte aux enfants de couples de femmes sera purement sociale(la compagne de la mère) Ceux nés de mères célibataires n’auront pas de possibilité de recherche en paternité, seulement de connaissance de l’identité (s’il accepte) ou des caractéristiques de leur donneur. Comment se sentiront ils lorsqu’ils deviendront parents à leur tour ? 

    Leurs enfants n’auront de grand parents que d’un seul côté, ou des grand parents « d’intention ». Feront ils une différence avec leurs petits-enfants « biologiques » ? Nous n’en savons rien.

    Ces parentalités « d’intention » posent un énorme problème : suffit t-il de se vouloir ou se déclarer parent pour l’être ? c’est le modèle de la GPA : substituer à la mère qui a porté l’enfant et lui a donné naissance une mère « d’intention »(il est à noter que le père , lui, ne saurait être intentionnel, et que c’est avec ses gamètes-donc sa marque de fabrique-que l’enfant est conçu, puis il devient le père social dans une continuité rassurante..)

    Cette mère d’intention n’a aucun lien, biologique ou charnel, avec l’enfant, tout comme l’épouse ou la compagne de mères lesbiennes ayant conçu un enfant par PMA.*2

    Il ne s’agit donc pas ici de vie quotidienne et d’éducation, mais de filiation et de transmission.

    Cela mérite réflexion, débats, controverses, prudence.

    Il n’en est rien. Invectives et apostrophes continuent à pleuvoir dans un vide abyssal de pensée.

    D’autres questions surgissent : la PMA implique des traitements hormonaux massifs. Quels risques pour la santé des femmes ? Elle inclut des matériaux techniques sophistiqués et coûteux. Qui a intérêt à mettre ces produits sur le marché ?

    Enfin , du point de vue idéologique, certaines femmes ont fait remarquer combien l’accès aux soins était en ce moment problématique : hôpitaux en grève, urgences saturées, maternités fermées. Elles ont fait observer que le féminisme n’avait de valeur que s’il proposait l’émancipation et le bien-être de TOUTES les femmes, pas la satisfaction d’une demande minoritaire.  A laquelle on ne pourrait répondre qu’en tant que cerise sur le gâteau, une fois la santé de la majorité des femmes assurée. Ce qui est loin d’être le cas actuellement.

    Est il plus facile aux pouvoirs publics de satisfaire cette demande que de réformer le système de soins, et le système judiciaire, afin que la vie des femmes cesse d’être une lutte permanente ?

    Encore une fois, je ne fais que m’interroger.

    Les commentaires seront ici les bienvenus…

     

     Michelle. C. DROUAULT

     

     Notes

     

    * 1 C’est le sujet du film brillant de Xavier Legrand : « Jusqu’à la garde ».

    *2 On ne peut s’empêcher de penser au « changement de sexe déclaratif » proposé dans certains pays anglo-saxons : il suffirait de se vouloir femme pour l’être…ainsi certains hommes se sont ils introduits dans des espaces réservés aux femmes pour leur sécurité, avec cet argument de l’intention et du ressenti d’être une femme : résultats, violences et tentatives de viol, ces personnes étaient restées biologiquement des hommes…

     

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  • Le décès d’une jeune hollandaise de 17 ans a fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière, et provoqué les rumeurs les plus folles :la jeune fille aurait été « euthanasiée »,  comme la législation des  Pays-Bas l’autorise sous certaines conditions.

     

    Il n’en est rien ; et le sujet ici n’est pas l’euthanasie, mais la surdité-volontaire ou non- de la majorité des sociétés sur les conséquences des violences sexuelles subies par les enfants et les femmes.
     

     

    NOA POTHOVEN avait 17 ans.
     

    A 11 ans, elle avait été victime d’agression sexuelle ; puis à 14 ans, elle avait subi successivement deux viols.

    Nous ne savons rien des éventuelles procédures judiciaires et de leurs résultats.
    Mais cette agression et ces crimes avaient conduit la jeune fille à un état de dépression sévère et un syndrome post traumatique, qui avaient nécessité une douzaine d’hospitalisations en quelques années.

    Les traitements n’avaient pas donné les résultats escomptés, et Noa vivait une situation de souffrance psychique et morale qu’elle décrivait comme insoutenable.

    Elle avait d’ailleurs publié un livre pour décrire ses souffrances. Sans pour autant parvenir à s’en délivrer.

    « la vie m’est insupportable » écrivait elle récemment.

    La cause précise du décès de Noa est qu’elle avait cessé de manger et de boire pour se laisser mourir, refusant qu’on l’alimentât de force. (la rumeur d’une euthanasie est due à une démarche antérieure de sa part auprès d’une clinique la pratiquant, qui lui avait opposé un refus)

    Plusieurs questions s’avèrent pertinentes :

    Âgée de 17 ans, Noa était mineure, donc légalement une enfant. Ses parents avaient par conséquent la possibilité d’exiger à sa place une alimentation artificielle.

    Ils ne l’ont pas fait, et il est hors de question de les juger. Mais Noa ne semble pas avoir été traitée en mineure, c’est à dire en personne devant être protégée y compris d’elle-même, et du poids d’avoir des décisions à prendre.

    On peut aussi s’interroger sur les motifs du médecin qui a donné son accord à cette solution ultime :le serment d’Hippocrate n’enjoint il pas de chercher à soigner les patients , et sauver leur vie avant tout, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants ?

    Le mal était il incurable ?

    Toutes les recherches , à présent mieux connues, sur le syndrome post traumatique et les violences, expliquent que l’agresseur « colonise «  le cerveau de la victime, et que celle-çi se voit alors avec les yeux de son agresseur : dévalorisée, objetivée, et ne méritant pas de vivre.

    Et cette volonté de l’agresseur de la détruire, elle la retourne contre elle-même.

    Il n’est donc pas étonnant que Noa ait perdu l’envie de vivre, comme elle l’a hélas répété plusieurs fois avant sa mort.

    Ces explications scientifiques étaient elles suffisantes pour éviter de « prendre au pied de la lettre » sa volonté d’en finir ? A-t-elle suivi des thérapies spécialisées ?

    Nous ne le savons pas.

    La résignation des parents de Noa interroge autant que l’obstination désespérée de ceux de Vincent Lambert…

     

    Cette mort injuste n’est elle pas le résultat des errements d’une société incapable de protéger les enfants, les filles et les femmes, des prédateurs sexuels ?

    Quand ils sont enfin jugés, les criminels sexuels et pédocriminels sont condamnés à des peines qui peuvent paraitre dérisoires. Il arrive qu’ils soient libérés pour « bonne conduite » et récidivent.

    Les dénis massifs devant le mouvement « MeToo » ; les atermoiements de l’Eglise catholique devant la pédophilie qui la gangrène ; les procès en diffamation envers les victimes qui osent parler, sont la preuve que les sociétés européennes (et nord américaines), malgré leur progressisme affiché, protègent les violeurs, et non pas les violé(e)s !

    La terrible impuissance qui consiste à dire que la victime »n’a plus qu’à mourir », révolte.

    Car alors, c’est l’agresseur qui a gagné ; sa victoire est complète ! Il avait détruit le corps et le psychisme de sa victime, il détruit son âme, il fait imploser sa famille démunie.

    Et si c’est un pervers, il en jouit.

    Tous ceux qui ont travaillé en hôpital auprès d’adolescents et jeunes adultes, et ont été en contact avec des rescapés du suicide peuvent témoigner d’une chose : une fois sauvés et leurs esprits retrouvés, la plus part regrettent leur geste, estimé vain et insensé.

    Les suicides par médicaments peuvent « griller » les cellules du foie, la seule solution reste la greffe, ce qui est un long parcours. Les défenestrations provoquent des fractures multiples, qui nécessitent de nombreuses opérations.

    Heureusement, ils mesurent qu’ils ont la vie devant eux..

    Si Noa avait été soignée de manière adéquate, en serait elle arrivée à ces conclusions ? c’est impossible à dire.

    Néanmoins, les souffrances telles que celles de Noa sont évitables.

    Au premier chef, en établissant dans tous les pays des programmes de prévention des agressions sexuelles, et de ce que l’on appelle la « culture du viol » c’est à dire la permissivité morale dont jouissent les agresseurs. Cela passe par l’éducation, et des campagnes publiques et médiatiques.

    En créant les conditions d’une judiciarisation adéquate, qui pose clairement l’interdit.

    Or en France , nous sommes toujours abasourdis et choqués que, malgré des demandes réitérées des citoyens, de certains parlementaires, et des groupes de défense des mères et des enfants, il n’existe TOUJOURS PAS de seuil d’âge de consentement à un acte sexuel, comme dans les autres pays d’Europe(il varie alors de 12 à 16 ans). Plusieurs enfants, entre 9 et 12 ans( !!!) ont récemment été jugés « consentants par défaut » en France.. Alors que la Grèce vient de promulguer une loi déclarant que tout acte sexuel non consenti est un viol.

    Enfin, si une prise en charge psychologique est systématiquement proposée en cas d’attentat ; si des cellules psychologiques sont facilement mises en place en cas d’évènements traumatisants touchant une collectivité, qu’en est il des victimes d’agression sexuelle, quel que soit leur âge ?

    La docteure Muriel Salmona, spécialiste du syndrome post traumatique, estime que depuis presque 30 ans, on sait traiter les conséquences psycho traumatiques des violences.

    Mais ce n’est pas enseigné dans les facultés de médecine ! Seuls les médecins et médecins psychiatres des Armées sont formés à cette discipline.

    Selon Mme Salmona, ces lacunes sont un véritable scandale de santé publique.

    Car non soignés, ces troubles provoquent dépressions, addictions, anorexie, boulimie, crises d’angoisse, scarifications, tentatives de suicides. Et suicides « réussis ».

    On se préoccupe à juste titre de la généralisation des vaccins, la santé mentale n’est pas une option facultative !

    Qu’attendent les sociétés européennes (et les autres dans le monde !) pour mettre en place des politiques ambitieuses de soins aux victimes ?

    Au lieu de cela, il n’est pas de semaine sans que l’on entende fustiger la soi-disant « psychologie victimaire » de celles et ceux qui dénoncent sans relâche une situation indigne des sociétés démocratiques modernes : la tolérance du statut de proies potentielles pour les femmes et les enfants.

    Ce n’est pas une fatalité. Juste un enjeu crucial pour l’avenir.

     

    Michelle. C. DROUAULT
     

     

     

     


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  •  

     J’aurais aimé ne pas écrire ceci à l’occasion du 8 mars.

     

    J’aurais aimé écrire sur du festif, de l’optimiste( la marée humaine des femmes espagnoles  vendredi dernier) vous montrer des ballons multicolores, vous faire entendre des chants enthousiastes…comme à l’origine de la reconnaissance visible de ce jour en France, le 8 mars 1982. Un jour inoubliable.

    Mais voilà, ces belles images ont été submergées par la colère et la tristesse devant l’actualité :

     

    Au scandale de l’impunité des prêtres pédophiles-ou plutôt pédocriminels- médiatisé en France par le remarquable film de François Ozon »Grâce à Dieu », vient à présent s’ajouter  la révélation d’autres crimes aussi révoltants : les agressions sexuelles et viols de religieuses par des prêtres, perpétrés en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique, depuis plusieurs décennies.

     

    Les témoignages produits sont glaçants.

     

    Comme pour les enfants, ces  agressions n’ont pas provoqué de résistance. On a conduit les victimes à les accepter par une confusion volontaire et une manipulation mentale perverse :

    Leur faire croire que le prêtre est un représentant de Dieu, et non un serviteur de Dieu et des fidèles. Qu’il est « un peu Dieu », et que se soumettre à lui est se soumettre au Seigneur, quoi qu’il vous commande.* Le tout dans une hiérarchie genrée bien comprise : le représentant de Dieu ne peut être qu’un homme (représentation masculinisée : Dieu n’a pas de sexe) et cet homme a tout pouvoir sur les femmes et les enfants. Il « sait » mieux qu’eux ce qui est bon pour eux/elles.

    L’abus spirituel est ici monstrueux. L’une des victimes dit avoir été contrainte à des fellations à un prêtre »pour lui montrer l’amour de Jésus ».

     

    Ces femmes sont peut être naïves, mais se voir imposer des actes qui leur répugnent, être contraintes à briser leur vœu de chasteté, sous le prétexte d’atteindre l’amour de Dieu, elles ont senti que ce n’était pas normal Que leur esprit était méprisé autant que leur corps. Elles ont alors sombré dans un chaos mental terrible dont elles n’ont osé parler à personne.

     

    Mais le pire est le cynisme avec lequel nombre de ces prêtres ont obligé des religieuses enceintes de leurs œuvres à avorter, même à des termes avancés ; ce qui constitue un crime dans la plus part des pays. Le récit d’une religieuse dont la condisciple a été forcée de laisser tuer son fœtus de 8 mois(donc viable) par injection létale in utéro, pour accoucher d’un enfant mort, arrache des larmes  d’horreur.

    Le prêtre père de ce bébé, la supérieure du couvent complice et le médecin, sont des criminels. Les voilà les « tueurs à gage » évoqués par le pape François à propos de l’interruption volontaire de grossesse quelques mois plus tôt. …

     

    Au delà de la révolte au sujet du double crime commis sur cette religieuse, et des effroyables répercussions qu’il a pu avoir tant sur sa santé physique que psychique, une évidence se dessine : un certain clergé catholique ne croit pas vraiment que l’avortement soit un crime.

    Pour lui, il n’en est un que lorsqu’il est décidé et voulu par la femme.  Sinon, il peut être allègrement pratiqué sans états d’âme , jusqu’à l’assassinat d’un enfant viable, dés qu’il s’agit de dissimuler les méfaits d’un prêtre prédateur.

     

    Pour la façade, on proclame que supprimer volontairement un embryon de quelque semaines est un forfait abominable, quelles que soient les circonstances. Dans les pays où le catholicisme est religion d’Etat, on laisse mourir des futures mères aux grossesses pathologiques menaçant leur santé plutôt que de les faire avorter, car ce discours culpabilisant ont fanatisé de nombreux médecins. Récemment en Argentine, une fillette de 11 ans victime d’un viol incestueux a été contrainte d’accoucher à 32 semaines d’un grand prématuré de 500 grammes, alors qu’elle suppliait « qu’on lui enlève ce que le vieux avait mis dans son ventre ». Il s’agit d’une torture physique et morale d’une enfant déjà victime, traitements « inhumains et dégradants » tels que définis par les Conventions internationales.

     

    Au nom de la foi ? Nous n’avons pas entendu le Saint Siège sur le sujet.

     

    Une évidence saute donc aux yeux : l’Eglise en tant qu’institution ne respecte pas la vie des femmes et des enfants.

     

    Son seul but comme institution est de contrôler les femmes. Elles enfantent ou n’enfantent pas selon les diktats de prélats qui s’estiment au dessus des lois, et Dieu n’a rien à voir dans tout cela.

    S’il y avait une définition à donner du blasphème, je choisirais sans doute celle là.

    Cette démystification était nécessaire. Nous savons maintenant clairement à quoi nous en tenir.

     

    Mais l’Eglise catholique se relèvera-t-elle ?

    Ceux qui ont commis ces crimes seront ils poursuivis par la justice civile ?

     

    Il le faudrait. Et il faudrait que comme les victimes des prêtres pédocriminels, ces religieuses se groupent et portent plainte.

     

    En attendant , les ballons multicolores , ce sera pour aune autre fois…

     

     

    Michelle.C. DROUAULT

     

     

    * je cite ici Christine Pedotti, qui dans une des ses interventions récentes , s’exclame

    « les victimes de pédophiles disent presque toujours que pour elles, le prêtre c’était Dieu.

    C’est de la théologie de comptoir ! »

     

    * 2 communiqués complémentaires :

     

    https://www.viereligieuse.fr/Communique-de-presse-5-mars-2019

     

     https://www.dropbox.com/s/e1xk1uxax34mno8/Communiqué Parvis 9 mars 2019.pdf?dl=0&fbclid=IwAR2hC0QkXtD6a_fmPfc00SrBYmE-fmJRaX-fXLDsbJNc0KdIvUN_zz4pe2A


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  • « PUPILLE »  est un très beau film, émouvant et sincère. Il  essaie de suivre avec objectivité et honnêteté le parcours d’une accouchée sous X ; d’une jeune femme candidate à l’adoption ; et surtout d’un bébé, le petit Théo, entouré de travailleurs sociaux motivés à faire de leur mieux pour lui assurer un projet de vie harmonieux malgré des débuts difficiles.

     

    Tous les bébés figurant Théo de la naissance à 8 mois sont extraordinaires.
     
    Merci à leurs parents de leur avoir permis de sensibiliser le public à cette problématique souvent mal connue, ou entachée de fausses informations(un hebdomadaire, pour résumé du film, dit que la future adoptante « attend le bon vouloir » des services de l’Etat !)

    A une époque où Françoise Dolto est souvent décriée ou mal interprétée, on peut apprécier la démonstration que le bébé est une personne, qui comprend tout ( pas les mots, mais leur sens) et souffre quand la parole n’est pas là. La séquence où l’électrocardiogramme de Théo se modifie au fur et à mesure qu’on s’adresse à lui, est magnifique.

    Cependant, on peut déplorer que les différents protagonistes (assistantes sociales, éducatrice, assistant familial) sous couvert d’explication et de pédagogie, nous fassent parfois un véritable cours magistral sur la législation et les procédures concernant l’adoption.

    Au détriment de la spontanéité et la vraisemblance.

    La mère de naissance est un peu trop lisse ; on ne sait pas grand chose de sa vie.

    Ayant moi même travaillé à l’Aide Sociale à L’Enfance, je l’estime peu représentative de la majorité des mères souhaitant accoucher anonymement, ou contraintes de le faire.

    D’autres questions sont ouvertes : la proposition faite à cette jeune femme pour qui la maternité est impossible de « dire au revoir à son bébé si elle s’en sent la force » parait une épreuve insupportable, contraire à toute déontologie. Cette femme-comme beaucoup- refuse de voir ou toucher son bébé, afin de se préserver. 

    Jadis les personnels soignants, peu ou pas formés, portaient facilement un jugement moral sur les « abandons »(j’en ai été témoin) et insistaient pour présenter l’enfant à sa mère, dans l’espoir qu’elle revienne sur sa décision. Culpabilisée, la mère se rétractait, mais vite dans l’incapacité d’assumer cet enfant, revenait le placer en recueil temporaire. Ce qui le rendait non-adoptable… Les mentalités, les pratiques, évoluent dans le bon sens : les personnels ont à présent une attitude de neutralité bienveillante, et surtout le respect des volontés de la mère, quelles qu’elles soient. Et depuis une vingtaine d’années, les mères « sous X » peuvent être accompagnées après la naissance, et ne sont pas lâchées dans la nature.

    Épreuve trop dure pour la mère, mais manque de mots pour l’enfant ; le film raconte comment ce dilemme a été contourné intelligemment.

     

    Privé de sa mère, le petit Théo est confié temporairement à UN assistant familial.(formidable Gilles Lellouche) La réalisatrice aurait elle cédé aux sirènes de l’indifférenciation des sexes ? Si un homme peut certes très bien s’occuper d’un enfant de 2 mois et demi, avec compétence et tendresse, il le fait en homme, comme un père qu’il est déjà (l’assistant familial a une fille).  Peut-il être un substitut maternel ?

    La mère adoptante est lumineuse, obstinée dans sa quête d’équilibre et de bonheur, généreuse et ouverte au monde ; on souhaite une maman comme elle à tous les petits Théo.

    Elle est divorcée, et jugée meilleure candidate que des femmes en couple moins mûres.

     On peut savoir gré au film de faire préciser par une assistante sociale que son travail 

    « ce n’est pas de donner un enfant à des parents qui souffrent » mais de trouver une famille stable à un enfant qui n’en a pas ...

    Le sujet du changement de prénom est abordé : légal, est il vraiment une bonne idée ?

     A 8 mois, un bébé a déjà intégré la sonorité de son nom, et peut tourner la tête quand on le prononce. Le changer tout à la fois de milieu, de famille et de prénom, après un parcours aussi semé d’embûches , n’est ce pas beaucoup lui demander ?

    Dés sa majorité, la fille adoptive d’une amie a choisi son second prénom(celui d’origine ) comme usuel, car « c’est plus moi » disait elle…

    Toutes ces interrogations (peut être voulues ?) n’enlèvent rien à la grande qualité du film.

    Il nous redonne foi en l’humanité !

    Les spectateurs et spectatrices se passionneront pour les destin du petit Théo ; riront et pleureront avec lui et avec celle qui l’attend tout au fonds de son cœur ; comme avec celui qui lui a servi de passage vers sa deuxième chance.

    Allez y.

     

    Michelle. C. DROUAULT

     


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