•         BONNE ANNÉE 2017 A TOUTES ET TOUS !

     

             Femmes du Monde, toujours actives :

     

               Une exposition magnifique va reprendre le 25 janvier 2017 à l’ESPACE DES FEMMES, 35 rue Jacob à Paris.

    Il s’agit de « LUTTES ET VICTOIRES DES GRANDS MÈRES DE LA PLACE DE MAI ».

    Rappelons que pendant la dictature militaire du Général Vidéla entre 1976 et 1983, des centaines de bébés sont nés en captivité. Leurs parents, opposants politiques ou simples citoyens, ont été portés « disparus » ; la plus part d’entre eux ont été assassinés par le pouvoir militaire. Qu’étaient devenus ces enfants, c’est ce que le mouvement des « Grand mères de la Place de mai » a opiniâtrement tenté de savoir, sans relâche, depuis plus de vingt ans. Et avec succès : sur prés de 500 enfants enlevés ou nés en prison, 121 ont pu retrouver leur véritable identité.

    En effet, ces enfants avaient été massivement « appropriés » ; c’est à dire qu’après avoir éliminé leurs parents, les militaires dont les épouses étaient stériles les faisaient passer pour leurs propres enfants, biologiques ou adoptés. Dans certains autres cas, les enfants étaient adoptés par des personnes de bonne foi qui avaient simplement déposé un dossier d’adoption, et se voyaient rapidement donner satisfaction.

    L’exposition montre les photographies et les récits de vie de ces jeunes trentenaires qui ont appris que leur identité n’était pas celle qu’ils croyaient, et ont retrouvé non seulement leur grand mère, mais aussi leur famille d’origine.  Les circonstances de ces retrouvailles ont été diverses : soit les jeunes personnes elles mêmes (ou leurs parents adoptifs de bonne foi) avaient des doutes, et contactaient les grand mères ; soit les recherches de celles-ci les conduisaient à demander des tests ADN pour identifier des jeunes ayant la même date de naissance que leur petit-enfant. Récemment une grande « campagne pour la restauration de l’identité » a été lancée par les pouvoirs publics argentins. Les recherches continuent.

    Les interrogations posées par cette exposition sont terribles.  Deux génération ont été sacrifiées par la dictature. Les parents, et les enfants. Et pour les enfants de disparus qui sont eux mêmes déjà parents, une troisième génération est touchée par ce trouble identitaire intensément douloureux.

    Savoir que ceux que l’on considérait comme ses parents ont été les tortionnaires ou les meurtriers de ses parents biologiques est un traumatisme psychique extrême.

    De même, les parents adoptifs de bonne foi qui ont du admettre que leur enfant était un enfant volé à une mère qui n’avait jamais consenti à son adoption, ont été également traumatisés.

    Certains parents « appropriateurs »ont tenté de fuir à l’étranger, ce qui encore compliqué la situation de leurs « enfants ».

    Il existe une association de » Fils et Filles de disparus, assassinés, anciens prisonniers politiques ou exilés » la H.I.J.O.S, dont nous avons pu voir un film documentaire(Nietos, Identidad y Mémoria)* avec des interviews de grand mères, d’ex-enfants volés, et de familles de disparus.

    Ces visages nous parlent, ils nous parlent d’un monde où les enfants ne sont pas sujets, sujets humains, mais objets. Voler l’identité, l’histoire, les racines d’un être humain, doit être jugé, au même titre que les autres crimes du totalitarisme.

     

     

    Michelle. C. DROUAULT

     

     

    *petits –enfants, identité et mémoire


    votre commentaire
  • « Très tôt j’avais remarqué que les hommes utilisaient les arguments religieux pour dominer les femmes. J’ai compris qu’il fallait passer par la connaissance approfondie des textes religieux pour contrecarrer ces abus. »….

    «  On peut utiliser les arguments théologiques pour casser les préjugés traditionnels »

     

    C’est ainsi que s’exprime Sabiha Husic, théologienne de l’Islam, psychothérapeute bosniaque, et directrice depuis 2007 du centre « MEDICA ZENICA », premier centre de thérapie pour les femmes victimes de traumatismes et de viols pendant la guerre de Bosnie.

    « Durant la guerre de Bosnie », explique-t-elle sur son site, « je suis devenue une réfugiée, et pour la première fois,  j’ai réalisé l’impact des traumatismes des femmes découlant de la guerre » (…) « En essayant de me guérir, j’ai voulu aussi guérir les autres femmes ; particulièrement  les survivantes de viols de guerre » (…)

    Sabiha réunit des groupes de femmes informels, puis travaille au centre « Medica Zenica ».

    Ensuite, elle devient diplômée de l’Université Islamique, et psychothérapeute.

    Le 19 Novembre 2014, l’organisation pour les droits des Femmes « Women For Women » (des Femmes pour les Femmes) lui décerne le prix 2014 de « Femme du Monde » pour son action efficace et acharnée, et ses programmes d’aide aux femmes victimes de viols de guerre massifs en Bosnie, sous forme d’aide juridique et médicale.

    Sabiha a mobilisé des femmes de toutes les religions, et a également été nommée :

    « Bâtisseuse de paix Interreligieuse ».

     

     Elle fait le constat qu’hélas, s’est établie dans les procédures juridiques une sorte de « hiérarchie du traumatisme » ; le viol vient en dernier, après les victimes de l’épuration ethnique et les victimes de torture. Et les femmes sont contraintes pour poursuivre leur plainte, d’apporter des preuves (!) et d’être confrontées à leurs agresseurs. Il n’existe pas pour elles de programme de protection spécifique.

    Beaucoup de victimes de viols ont amèrement reconnu leurs bourreaux qui mènent une vie paisible, et ont des pages facebook, tandis qu’elles doivent affronter l’indifférence ou la pression de leur famille pour taire ce qui leur est arrivé.

    Cela doit changer. Et l’impunité des violeurs doit cesser.

     

    La communauté islamique a aidé à l’acceptation par les familles et l’entourage, des problèmes et difficultés des femmes traumatisées : elle a fourni des médiateurs.

    Notons qu’une « fatwa » de 2008 a déclaré les femmes violées dans le cadre de la guerre de « shahida », martyres de l’Islam. Ce qui a contribué à assurer leur dignité.

     

    Nous ne pouvons que saluer, non seulement le courageux travail de SABIHA HUSIC, mais aussi la finesse et la perspicacité de ses analyses, que nous partageons :

    Les religions peuvent être un instrument de libération de femmes si elles se les approprient, et non un prétexte de domination.

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

     

     


    votre commentaire
  • Dans une interview publiée dans le magazine « Télérama » de fin Juillet, Delphine Horvilleur, rabbin, ancienne journaliste, constate  « qu’il n’est plus possible que, dans un monde où hommes et femmes partagent leur érudition dans toutes les sphères de la société, synagogue, mosquée et église, soient les seuls lieux où la femme est réduite à sa fonction de mère et d’épouse »

    Nous recommandons à nos lectrices la totalité de l’article, dans lequel une des rares femmes rabbins qui existent en France reprend pour les contester les interprétations de la Genèse qui justifient soi-disant la « complémentarité » de la femme par rapport à l’homme : être relatif réduit à son sexe biologique. C’est à partir de l’hébreu qu’elle re-situe le véritable sens des termes, comme l’ont déjà fait plusieurs auteur-es catholiques

    ( voir le livre de André.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 p 57et suivantes ;

    voir aussi l’article de Michèle JEUNET sur le site du Comité de la Jupe : http://www.comitedelajupe.fr/du-grain-a-moudre/reflexions-bibliques-et-theologiques/adam-etait-il-un-homme-par-s-m-jeunet/ 

    ou sur son blog : http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/article-une-interpretation-non-sexiste-du-2eme-chapitre-de-la-genese-87465317.html

     

    De même, avec beaucoup de finesse, elle pose la question du voile dans l’Islam, sans y répondre, bien sûr : s’agit-il d’une revendication de sujets autonomes, ou d’une lecture masculine des textes coraniques ?

    En fait, sommes-nous, femmes croyantes des trois monothéismes, l’objet d’immenses escroqueries intellectuelles et théologiques, visant à conserver aux hommes le pouvoir et la domination, ainsi que les décisions politiques ?

    Cet état de fait est-il en soi une violence supplémentaire envers les femmes ou encourage-t-il  simplement les violences faites aux femmes en général ?

     

    Irene Zeilinger,  auteure autrichienne, a publié en 2008 un « manuel d’auto défense à l’usage des femmes, « NON, c’est NON », dans lequel elle énumère toutes les formes de violence auxquelles elles sont sujettes, et elle les détaille :

    -la violence physique

    -la violence psychologique ou morale (qui a mis longtemps à être reconnue, et inclut la négation des perceptions de la victime) 

    -la violence sexuelle : agressions, viol (y compris conjugal), mutilations génitales

    -la violence économique (contrôle abusif sur les biens ou le salaire d’une femme, faire peser sur elle de manière inégale les charges du ménage, exploiter une femme âgée et vulnérable)  la violence émotionnelle (manipulation) ;

    -la violence sociale (isolement) ;

    -la violence intellectuelle ;

     et la VIOLENCE SPIRITUELLE.

    Elle définit celle-ci comme « tout comportement qui stigmatise les croyances religieuses ou culturelles d’une femme », mais aussi toute coercition : tentatives de conversion forcée à une religion différente, et « PRATIQUES COERCITIVES EXERCÉES OU JUSTIFIÉES DANS LE CADRE RELIGIEUX ». Elle y ajoute le fait, par ces pratiques ou discours, de nuire à l’estime de soi des femmes, et de véhiculer des stéréotypes d’infériorité genrée.

    C’est la première fois que nous voyons ce type de violence listée et reconnue, et nous ne pouvons qu’en féliciter l’auteure.

    Mais il nous appartient d’aller plus loin : quand nous sentons nous violentées dans le cadre de notre religion, quelle qu’elle soit ?

    Il m’est arrivé de me sentir brûlante de colère à la lecture de certains textes écrits par des responsables religieux masculins, pour dire une fois de plus aux femmes ce qu’elles doivent être, faire et croire.
    Peut-on une minute imaginer l’inverse ? Qu’une femme rabbin, ou évêque, tienne de grands discours publics sur le comportement, l’habillement ou les devoirs de ses coreligionnaires masculins ? Les femmes n’ont pas cette suffisance !

    Nous sommes également nombreuses à être sorties furieuses et humiliées d’une église ou d’une salle de prière, après avoir entendu des homélies ou des prêches qui nous traitaient en moitiés d’êtres humains, ou niaient tout simplement le respect du à nos vies, (comme les homélies catholiques qui soutiennent qu’un avortement ne doit être autorisé en aucun cas, même celui de danger pour la mère)

    La violence intellectuelle comprend l’empêchement de l’accès aux textes sacrés et à leur étude (femmes juives empêchées d’étudier la Torah dans le judaïsme orthodoxe par exemple), et le détournement des textes qui est une violence autant intellectuelle que spirituelle.

     

    Dernièrement, la nomination de femmes au titre d’évêques dans la religion anglicane a défrayé la chronique. Des évêques anglicans africains se sont opposé à cette réforme avec un argument théologique absurde : la Cène (le dernier repas du Christ) n’aurait compris comme « invités » (il ne s’agit pas d’un salon !) que des hommes… Sous leur apparente absurdité, ces propos sont extrêmement violents, et c’est ce genre d’arguments qui sont utilisés dans l’Eglise catholique romaine pour exclure les femmes de la prêtrise et de l’épiscopat avec l’autre argument similaire que Jésus n’auraient appelé que des hommes à être apôtres. Nous renvoyons, pour contredire ces arguments à l’excellent article du Père Joseph Moingt :

    http://femmes-ministeres.org/?p=202

     

    La violence spirituelle s’exerce envers nous chaque fois qu’au lieu de trouver la paix de Dieu et le moyen de nous améliorer et d’apporter cette paix aux autres en lisant un texte, en assistant à un office ou une prière, nous sommes confrontées à des propos qui nous trahissent ; nous renvoient une mauvaise image de nous mêmes ; rejettent la responsabilité des erreurs et fautes des  personnes de sexe masculin sur nous ; nous assignent une place obligatoire de servante(qui n’a rien à voir avec le service volontaire des autres),malmènent nos corps ; ou nous culpabilisent d’avoir voulu préserver nos vies en quittant un mariage toxique, ou en ayant recours à une interruption de grossesse indispensable.

    Que ces beaux parleurs sacrifient leur propre vie ! Ceux-là ressemblent aux pharisiens et aux légistes dont Jésus parle dans l’évangile de Luc 11/46 : «  Vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts »

    La violence spirituelle s’exerce à notre encontre chaque fois qu’on tente de nous persuader que des contraintes humiliantes ou absurdes nous conduisent au salut : une proche musulmane m’expliquait comment dans certaines régions on endoctrinait de très jeunes femmes afin qu’elles portent un niqab et des gants, des bas et des chaussures fermées, même par des chaleurs accablantes : chaque goutte de sueur les rapprocherait du Paradis !!

    De même, toutes les théories qui nous proclament « impures » à certaines périodes du mois parce que nous saignons, ne sont que des héritages de superstitions païennes, et d’ignorance du fonctionnement du corps humain. Rien de ce qu’a pu créer Dieu n’est impur.

    Le sang des menstrues est simplement celui qui n’a pas servi à implanter un embryon dans notre utérus. Celui de l’accouchement est le résultat d’un processus normal. Il n’existe aucune raison de se « purifier » après un accouchement. Le retour de couches est lui aussi un évident retour du corps de la femme à son fonctionnement ordinaire.

    Nous décréter impures ou dire que nous allons faire tourner la mayonnaise en cuisinant ces jours là relève de la même absurdité. Cela n’a rien à voir avec l’Amour de Dieu.

    Bien malheureusement, certaines femmes se font les courroies de transmission de telles pratiques, soit pour être bien intégrées dans leur communauté ; soit pour se venger sur leurs filles de ce qu’elles ont elles-mêmes subi, en espérant illusoirement se décharger du poids de leurs souffrances. Une jeune amie juive s’est trouvée très humiliée de se voir infliger par sa mère un bain rituel après une IVG.

    La violence spirituelle est un écran : elle empêche, au contraire les femmes de se rapprocher de Dieu, car elle les fait fuir les églises , les mosquées et les synagogues ; elles peuvent se laisser attirer par les philosophes athées qui énoncent que les religions ne sont que des empêcheuses de tourner en rond et de vivre, et qu’elles doivent être éradiquées.

    Ce qui doit être éradiqué, c’est la domination d’un genre sur l’autre, car la source de la violence spirituelle est là. Dans des sphères où les religions ne sont pas en cause, les

    présupposés sur la faiblesse, l’incapacité, ou la duplicité des femmes sont semblables.

    Il n’est qu’à relire les débats parlementaires sur le vote des femmes, chaque fois que ce sujet a été proposé au suffrage. C’est la religion, au contraire, qui a été accusée d’influencer les femmes et les rendre inapte à des droits civils, par des députés laïques et souvent athées qui leur niaient toute capacité de discernement.

    Quand ce n’était pas la religion, c’était leur Nature, leur conformation, leur devoir*….un véritable florilège d’incantations terrorisées par le simple concept d’égalité tant prêché par la Révolution.

    La violence spirituelle, c’est cette image d’un Dieu-Père Fouettard, de genre masculin évidemment, dont une des volontés premières serait de maintenir éternellement les femmes sous le boisseau par le biais de rites et de soumissions encastrés les uns dans les autres comme des poupées russes. Une volonté qui se serait manifestée uniquement à des hommes, dotés d’une sorte de téléphone rouge spirituel…

     

     

     

    Michelle.C.DROUAULT et Michèle JEUNET

     

     

     

     

     

     

    * Le philosophe René Rémond relève, dans son ouvrage sur l’antichristianisme contemporain, que dans les débats parlementaires sous la III éme République, l’Eglise a été accusée de soustraire les femmes, dans le secret de la confession, au « plus sacré des devoirs »….le devoir conjugal ! Les confesseurs semblaient conseiller en effet l’abstinence aux femmes qui ne voulaient pas enfanter chaque année ; abstinence qui obligeait leurs époux à porter un autre regard sur elles, peut être ? Dans le même temps, au Québec, le clergé enseignait aux épouses que se refuser à son mari était un pêché mortel…pour raison politique : il s’agissait de faire davantage d’enfants que les anglophones.


    1 commentaire
  • Au moment où Antoinette Fouque vient de nous quitter, je retiendrai d’elle avant tout sa volonté d’indépendance de pensée des femmes.

    Une indépendance linguistique, d’abord, de par le choix du vocabulaire, l’inventivité du langage :

    Préférer « misogynie à « sexisme », car le sexisme, comme le racisme, est réversible ; publier un essai de « féminologie », science des femmes, étude des femmes ; évoquer le « gynocide » ou le « féminicide » constant de ces meurtres de femmes, souvent au moment où elles allaient se libérer d’une relation mortifère, que les media qualifient complaisamment de « drame passionnel ».Ce vocabulaire nomme, qualifie, reconnait .

    Une indépendance politique, philosophique, essentielle : bien qu’ancré à gauche, le MLF n’a jamais été subordonné à aucun parti, et Antoinette Fouque s’est toujours réservé le choix de la critique ou de la distinction ; accueillant pour dialoguer toutes les femmes en voie de libération ;( sauf celles d’extrême-droite dont les idéologies sont incompatibles ; et qui n’ont jamais manifesté aucun désir de rapprochement !).

    Une indépendance vis à vis de ce qu’elle nommait « le féminisme d’Etat », c’est à dire celui qui croit pouvoir promouvoir l’égalité par l’abolition de différences pourtant irréductibles ; et n’est capable de voir dans toute différence que de l’infériorité.

    Celui qui nous incite à croire actuellement que le congé de paternité va avoir un impact sur ce qui se passe dans le corps des femmes, comme si les deux parents avaient le même rapport à la naissance. Celui qui parle d’une laïcité-bulldozer qui ne veut voir que l’apparence des femmes, souhaitée uniforme.

    Pour A. Fouque, le terme « misogynie » désignait le terme-clé de la haine universelle dont les femmes sont l’objet ; une haine pour les capacités de faire qu’ont les femmes : produire, à partir de leurs corps, des êtres vivants et pensants, la première des richesses humaines.

    A être jaloux de cette capacité, ou à la dénier, on peut être un homme ou une femme, l’expression de la misogynie n’a pas de sexe.

    Les capacités des femmes, productrices, créatrices, artistiques, culturelles ; elle n’a eu de cesse de les mettre à l’honneur, nous rendant plus fortes, plus fières de nous-mêmes.

    Plus armées pour tracer notre chemin, en dehors de toutes influences.

    Réfutant l’appellation de « féministe » trop galvaudée, elle mettait les femmes en garde contre « l’universalisme égalitaire » : ceux et celles qui dénient le principe de réalité humaine qui permet la pensée, la différence des sexes ; pour réduire l’Humain au monosexué, au sexe unique, le masculin, comme par hasard…selon cette idéologie pernicieuse « toute femme qui acquiert une gloire, une visibilité, devient un homme » (Il y a Deux Sexes, éd de 2004).

    Je ne souscris pas à son analyse que le christianisme serait un « filiarcat » qui exclurait les femmes.(voir ouvrage ibid) Cependant, elle a dénoncé à juste titre l’androcentrisme des religions, laissant là un champ en partie inexploré dont nous nous sommes saisies ici.

    Aussi, nous pouvons nous sentir ses héritières en ne nous laissant accaparer par aucune sphère d’influence, asséner sans analyse aucun dogme, récupérer par aucun courant de pensée pré-formaté.

    Merci à cette grande dame de nous laisser indépendantes à tout jamais !

     

    Michelle .C. DROUAULT

     

    Antoinette Fouque,

    Petit historique ;  dates-clés du Mouvement des femmes.

    Naissance le 1er Octobre 1936 (née Grugnardi) à Marseille.

    1961/1964 : Etudiante, puis professeure à Paris,(elle écrit sa thèse sous la direction de Roland Barthes). Etudes supérieures de Lettres, doctorat en Sciences Politiques. Ecrit dans la Quinzaine Littéraire.

    1964, naissance de sa fille

    1968 :débute avec deux amies, Monique Wittig et Josiane Chanel, un mouvement non mixte le MLF, mouvement de libération des femmes, car le mouvement étudiant, trop « viriliste »,  laisse peu s’exprimer les femmes.

    Printemps 1970 : premier meeting public du MLF à Vincennes,

    26 Aout 1970 : 9 femmes issues de groupes féministes déposent symboliquement une gerbe à l’Arc de Triomphe sur la tombe de « la femme du soldat inconnu »

    Cette manifestation est souvent considérée à tort comme l’acte fondateur du MLF, mais il déclenche les échanges entre tous les courants féministes et de libération des femmes.

    1973 : création des éditions « Des Femmes », pour promouvoir l’expression artistique et culturelle des femmes,

    3 librairies « Des Femmes » sont ouvertes à Paris, Lyon, Marseille.

    6 Octobre 1979 : marche des femmes pour la liberté de la contraception et de l’IVG, pour le remboursement de l’IVG.

     

    1979 : Antoinette Fouque crée le groupe « Psychanalyse et Politique », qui s’oppose aux « féministes » (dont les « féministes révolutionnaires). Elle estime que celles-ci, dans le sillage de Simone de Beauvoir, dont elle ne conteste pas l’apport essentiel, veulent nier la spécificité féminine.

    « Egalité et différence ne sauraient aller l’une sans l’autre, ou être sacrifiées l’une à l’autre.

    Si on sacrifie égalité à différence, on revient aux positions réactionnaires des sociétés traditionnelles. Si on sacrifie la différence des sexes, avec la richesse dont elle est porteuse, à l’égalité, on stérilise les femmes, on appauvrit l’humanité toute entière ».

    Avec Antoinette Fouque : Hélène Cixous, Annie Leclerc, Luce Irigaray.

    Avec les « féministes révolutionnaires » Christine Delphy, Colette Guillaumin.

    Gisèle Halimi, de son côté, a fondé « Choisir », la cause des femmes.

     

    1980 : avec les femmes du MLF : création de l’hebdomadaire « des femmes en mouvements », puis du mensuel du même nom.

    En même temps, elle a l’idée d’une « bibliothèque des voix », les premiers audio-livres.

    1981 : campagne « d’initiative populaire » pour faire du 8 Mars une journée chômée et payée pour les femmes,

    8 Mars 1982 : grande manifestation pour l’indépendance politique, économique, et érotique des femmes,

    1986 : devient psychanalyste,

     

    1989 : fondation de « l’Alliance des Femmes pour la démocratie »

    1989 : création de l’Observatoire de la misogynie,

    8 Mars 1990 : Mise à l’honneur de 12 femmes exceptionnelles dans le monde, sous l’égide de l’Alliance des Femmes pour la Démocratie : , Doina CORNEA ;Simone ROZES ;Kanitha WICHIENCHAOREN ;Ela BHATT, Charlotte PERRAND ;Marta MESZAROS ;

    Maria Jimena DUZAN ; Molly YARD ; Jeannie LONGO ; Albertina SISULU pour Adélaîde TOMBO ; Yvonne CHOQUET BRUHAT ; ELENA BONNER .

    Au cours de cette cérémonie, sous la présidence d’honneur de Simone Veil, celle- ci plaide que « les femmes ne doivent pas oublier que l’objet de leur lutte est la reconnaissance de ce qu’elles sont ».

     

    1994/ 1999 : Antoine Fouque siège au Parlement Européen ; elle s’y bat, entre autres, contre la normalisation de la prostitution et la traite des femmes en Europe.

    1995 : parution  chez Gallimard de son livre « Il y a deux Sexes », essai de « féminologie », constitué d’articles, de débats et d’interviews publiés entre 1980 et 1995. Cette édition sera revue et augmentée en 2004.

    1995 : Vice-présidente de la Commission des Droits des Femmes ; déléguée de l’Union Européenne à la Conférence mondiale des femmes de Pékin.

    Parallèlement : directrice de recherche à l’Université Paris VIII St Denis,

    2000 : création de l’Observatoire de la parité.

    2007 : soutient la campagne de Ségolène Royal aux présidentielles,

    2013 : dictionnaire des Femmes Créatrices, fruit de 5 ans de travail collectif,

    Mort le 20 Février 2014.

     

    Distinctions : Commandeur de la Légion d’Honneur, grand Officier de l’Ordre National du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres.

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  • Nous terminons la traduction de la conférence que Juan Jose Tamayo a prononcée à l'inauguration d'une faculté consacrée à la théologie féministe au Salvador.

    On peut lire le texte original espagnol sur:http://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=ES&cod=76112  

    et la traduction anglaise sur:

    http://iglesiadescalza.blogspot.fr/2013_06_30_archive.html

    Voici  la traduction française faite par Michelle C.Drouault

     

    CONFÉRENCE PRONONCÉE À L’INAUGURATION DE L’ECOLE DE THÉOLOGIE FÉMINISTE DE L’ASSOCIATION DES FEMMES CATHOLIQUES DU SALVADOR POUR LE DROIT À DÉCIDER

    San Salvador, 28 Juin 2013

     

    LA RÉBELLION DES FEMMES

    Dans les dernières décennies, nous avons assisté à une véritable rébellion des femmes dans la sphère des religions, tant au niveau personnel que collectif ; à l’intérieur des religions comme dans la société.

    -A un niveau personnel, elles ont consciemment transgressé les normes et les orientations en matière de sexualité, de relations de couple, de planification familiale, d’options politiques…

    -A l’intérieur des religions, elles ont créé des mouvements et des associations de femmes, qui exercent leur liberté d’organisation et fonctionnent de manière autonome, en marge des hommes, et se confrontent aux autorités religieuses,

    -Dans la société elles jouent une part activent dans les mouvements féministes et les organisations sociales, comme expression de la convergence des luttes pour l’émancipation des femmes, et comme manière de s’engager dans les secteurs où sont les plus vulnérables de la société.

    LA RÉBELLION DES FEMMES À L’INTÉRIEUR DES RELIGIONS CONSTITUE UN DES FAITS MAJEURS DE L’HISTOIRE DES RELIGIONS, d’une signification profonde, et qui a d’importantes répercussions politiques et sociales.

    Elle suppose une avancée de la lutte pour l’émancipation des femmes, et pour la libération des marginaux et des exclus.

    Par conséquent, la rébellion féministe des femmes croyantes doit compter sur l’appui des collectivités et des personnes religieuses ; mais aussi sur celui de tous les citoyens et citoyennes impliqué-es dans la lutte pour l’émancipation des peuples soumis à différentes formes d’oppression.

    L’INDIGNATION DES FEMMES CROYANTES CORRESPOND À LA SITUATION D’INDIGNITÉ DANS LAQUELLE ELLES SONT MAINTENUES dans la majorité des systèmes de croyance, des religions, et des mouvements spirituels.

    Fruit de cette rébellion, surtout cultivée par les femmes, une nouvelle manière de vivre et de penser la foi religieuse à partir de sa propre subjectivité, a surgi dans les différentes religions :

    LA THÉOLOGIE FÉMINISTE !

    -Elle part de l’expérience de souffrance, de lutte et de résistance des femmes contre la patriarcat et ses différentes manifestations,

    -Elle retrouve la mémoire des anciens qui ont travaillé pour faire avancer l’Histoire vers la liberté des opprimés, et pour l’émancipation des femmes de tout type de discrimination,

    -Elle réécrit l’histoire des religions dans une perspective de genre, en donnant une voix et une présence aux femmes silencieuses dans le patriarcat religieux,

    -Elle utilise les catégories des études sur le genre pour analyser de manière critique les structures patriarcales et les discours androcentriques des religions, et proposer une théologie alternative qui contribue à l’émancipation des femmes dans tous les domaines de leur existence.

    La théologie féministe n’est pas une théologie spécifique qui s’occupe thématiquement des questions relatives aux femmes, ni qui intéresse seulement les femmes, et qui serait élaborée par les femmes seules.

    Il s’agit d’une théologie fondamentale, qui veut donner raison à une foi en Dieu qui ne soit pas soumise à un modèle divin patriarcal, mais à l’enseignement de Jésus, et au mouvement égalitaire des femmes et des hommes qui ont décidé de le suivre.

    C’est une théologie de la libération, qui veut contribuer au salut de tous les opprimés, et à la transformation des structures religieuses hors du domaine masculin.

    C’est une théologie critique, qui recourt aux méthodes historico- critiques et à la théologie féministe, et utilise (ce qu’on peut appeler) « l’herméneutique de la suspicion » pour lire les textes fondateurs des religions dans une perspective de genre.

    L’ »herméneutique de la suspicion » s’étend aussi aux traductions et interprétations ; en majorité effectuées à partir de présupposés andro et anthropologico-centriques.

    Cette théologie reconnaît les femmes comme sujets religieux, moraux, et théologiques ; comme interlocutrices directes avec Dieu sans l’intermédiaire des hommes, et porteuses de grâce et de salut !

    Les théologies féministes se répandent dans la majorité des religions.

    A LA RÉVOLUTION FÉMINISTE, LA PREMIÈRE À CARACTÈRE PACIFIQUE DE TOUTE L’HISTOIRE, LE PATRIARCAT RÉPOND PAR LA VIOLENCE DE GENRE !

    A la théologie inclusive du genre, nombre de religions répondent par l’exclusion des femmes !

    CONCLUSION

    Au XIXème   siècle, les religions ont perdu la classe ouvrière* parce qu’elles se sont placées aux côtés des patrons qui exploitaient les ouvriers, et elles ont condamné les révolutions sociales qui luttaient pour une société plus juste et plus solidaire.

    Les travailleurs ont tourné le dos aux religions parce qu’ils se sont sentis trahis par elles, s’éloignant la plus part du temps du message égalitaire et solidaire des origines.

    Au XXème siècle, les religions ont perdu les jeunes et les intellectuels*, à cause de leurs positions philosophiques et culturelles intégristes, s’éloignant des nouveaux enjeux de la modernité.

    Si elles continuent dans la voie patriarcale dans laquelle elles cheminent actuellement,

    au XXIème  siècle, les religions perdront les femmes, jusqu’à présent leurs meilleures et plus fidèles adeptes.

    Sans la classe ouvrière, sans les jeunes, sans les intellectuels et sans les femmes, les religions seront arrivées à leur fin !

    Elles ne pourront rejeter la culpabilité de leur cuisant échec sur personne.

    Elles se seront fait « harakiri » !

    Pour un approfondissement de ces idées, voir :

    Juan José TAMAYO, «  Une autre théologie est possible, le pluriculturalisme religieux, l’interculturalité, et le féminisme », Barcelone 2012, 2éme édition, et plus spécialement le chapitre : « Une révolution féministe dans la théologie », p. 213 à 265.

     

    Notes de la traductrice :

    *1 Cela nous paraît surtout valable pour le christianisme catholique ; par ailleurs christianisme et islam ont légitimé longtemps l’esclavage.

    Cependant, on peut mettre un bémol avec le clergé catholique irlandais, qui a défendu en sous main les ouvriers irlandais contre l’oppression britannique, le clergé polonais qui a soutenu Solidarnosc.

     

    *2 L’islam chiite en Iran s’est attiré les intellectuels, l’islam sunnite en Algérie les jeunes.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique